Les jeunes et les confidences : Cela rime d’abord avec méfiance





Chacun a son petit jardin secret.  Les uns ressentent le besoin de s’épancher sur l’épaule de quelqu’un pour tout lui dévoiler et se sentir…soulagé. Les autres, plutôt méfiants,   dissimulent leurs secrets au plus profond d’eux-mêmes. Ils craignent de se faire avoir s’ils crachent le morceau… Comment justement les jeunes procèdent-ils ?


 


Tunis-Le Quotidien


La franchise, la sincérité et la transparence font partie des piliers essentiels d’une relation et les garants de sa pérennité. Si on aspire donc à une relation durable, il ne doit pas y avoir de secrets. D’ailleurs, si les mensonges et les cachotteries donnent leurs fruits dans les relations de courte durée, cela n’a pas autant de chance à long terme. Au contraire, le vis-à-vis, autrefois séduit par cette image très enjolivée de nous-même, se sentira leurré, trahi et touché dans son amour-propre. Surtout après avoir cru tirer le numéro gagnant de la loterie ! Lorsqu’on a affaire à une nouvelle connaissance, il est légitime qu’on essaye de montrer la meilleure image de soi. L’on dissimule donc certaines tranches de notre vie et l’on cache les actes qui nous rapetissent. Ce sont nos réussites et nos points forts qu’on met au-devant de la scène. Les choses négatives, on les jette aux oubliettes et les informations qu’on véhicule sont très bien…filtrées ! Certes, l’être humain peut commettre des erreurs et il aimerait tant pouvoir enterrer à jamais certains passages sombres de sa vie. Mais nos racines familiales, nos réalisations, nos principes, nos croyances, nos qualités et nos défauts, représentent notre vraie identité : ce que nous sommes vraiment. Les expériences qu’on a vécues et les personnes avec qui l’on a partagé des moments de notre existence représentent la trame de notre vie. Et  même si, au début, certaines cachotteries restent pardonnables, après un certain temps, l’on doit absolument faire preuve d’honnêteté. L’autre a le droit de savoir qui nous sommes vraiment. A un certain moment, la vérité risque d’éclater au grand jour et l’autre découvrira la véritable face de son vis-à-vis… Et là, bas les masques ! Certains sont choqués et cela ne va pas sans laisser des séquelles. Ils ne peuvent pas pardonner qu’on les ait leurrés pendant tout ce temps.  D’autres, plus indulgents, arrivent à tourner la page et à passer l’éponge. Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui ne sont pas du tout prêts à parler à cœur ouvert. Ils optent pour le black-out total parce qu’ils craignent de se livrer aux autres. Ils trouvent que seules les personnes crédules accordent vite leur confiance ! Ils ne peuvent se confier qu’après avoir soumis leur vis-à-vis à une multitude de tests.  


 


Talel, 19 ans, est du genre méfiant. Il ne se confie pas facilement. Loin de lui en tout cas l’idée de mentir ou de tromper l’autre, mais sa discrétion est, selon lui, le meilleur moyen d’éviter les éventuels dangers. «Lorsqu’on connaît quelqu’un, qu’il soit fille ou garçon, on ne peut pas tout lui dévoiler, c’est complètement absurde ! Rien ne m’oblige à tout dire, il s’agit de ma vie et chacun a le droit de garder son jardin secret, c’est élémentaire pour se protéger. Nous évoluons dans un contexte où on ne peut plus distinguer le vrai du faux et le factice du sincère. Si je vais me la jouer sincère et honnête, rien ne peut me garantir que mon vis-à-vis fera de même. Et puis même celui qui peut me sembler aujourd’hui très sincère et dévoué peut se  transformer en ennemi si jamais ses intérêts étaient opposés aux miens. Même deux époux peuvent divorcer et après avoir absolument tout partagé. Ils peuvent se retrouver dans une relation conflictuelle. Ne vaut-il donc pas mieux garder ce qu’on peut garder pour soi ? On ne sait jamais ce que l’avenir peut nous cacher et je pense que c’est une raison valable pour qu’on garde la bouche cousue. D’ailleurs, le fait de jacasser ou d’être silencieux est d’abord une question de nature. Moi, je suis du genre discret et méfiant. Et, comme on dit, il vaut mieux prévenir que guérir. Je ne veux jamais supporter que quelqu’un sache quelque chose d’intime qui me concerne. Cela me donnera l’impression d’être dénudé et à sa merci et je ne me pardonnerai jamais de m’être laissé exposer d’une manière aussi bête… surtout avec une fille», dit-il.


 


Hichem, 19 ans, ne décide jamais de se confier sans connaître son vis-à-vis en profondeur. Le jeune homme instaure les règles selon la nature des personnes et la nature des relations. «Je ne peux pas dire que j’ai une nature bavarde ou discrète. Cela dépend des personnes, de la relation et des choses à dire. Généralement, un garçon n’a pas vraiment des choses à cacher, à moins qu’il ne s’agisse de gros problèmes. Toutefois, chacun a ses petits secrets. Et l’on ne garde pour soi que les choses interdites ou bannies par la société, la morale, la religion, etc. Et comme nous vivons dans une société patriarcale et phallocrate, je crois que l’homme a peu de choses à cacher. Pour revenir à moi-même, je ne dis pas tout depuis le début, mais une fois engagé dans une relation, je ne cache plus rien. Je n’aime pas les calculs, les secrets et les cachotteries. Pour moi, un engagement est total ou ne l’est pas. Je ne cache absolument rien à ma petite amie et elle fait de même. Nous nous aimons mutuellement et cela fait des années que nous sommes ensemble. Il est donc crucial qu’on se dise tout. Pour moi, la transparence est un gage de confiance et je n’aime pas partager la vie de quelqu’un que je ne connais pas à fond. Je peux tout tolérer pourvu que l’autre ait l’honnêteté de me dire toute la vérité. Toutefois, je n’agis pas ainsi avec tout le monde. Je dois d’abord savoir où mettre les pieds avant d’avancer et je ne me dévoile qu’après m’être assuré que mon vis-à-vis sera vraiment à la hauteur de ma confiance», dit-il.


 


Akrem, 20 ans,  dit tout à sa maman et à sa petite amie. Il pense que la meilleure confidente reste sa maman. Il pense aussi qu’il ne devra rien cacher à celle qui partagera sa vie et vice versa. «On a tous besoin parfois de vider notre sac et d’avoir une ouïe attentive qui sache sentir notre inquiétude et notre douleur. Pour le moment, personne ne peut jouer ce rôle mieux qu’une mère. C’est celle qui nous veut le plus de bien possible sur terre. D’ailleurs, il suffit que ma mère me regarde dans les yeux pour qu’elle sache si j’ai quelque chose qui pèse lourd sur mon cœur. Et elle est toujours là pour alléger ma peine et porter le fardeau avec moi. Comment pourrais-je donc ne pas lui confier tout ?! Je peux me confier également à ma petite amie, mais il est encore tôt pour que je me dévoile totalement. Si notre histoire devient officielle, je ne lui cacherai absolument rien et elle doit faire de même. Je pense qu’il est essentiel que deux personnes se partagent tout si elles comptent vivre ensemble pour le meilleur et pour le pire. Sinon, à quoi rime une vie commune. Je dois prêter sermon de la soutenir dans tous les cas et elle aussi. Et si l’on compte vivre ensemble, il va bien falloir qu’on ne se cache pas des choses», dit-il.


 


Chahir, étudiant de 22 ans, ne se confie absolument à personne. Le jeune homme pense que le meilleur moyen de se protéger contre les éventuels problèmes est «le motus et bouche cousue ». «Celui qui se livre à d’autres et qui dévoile ses secrets marche nu et s’expose de plein gré aux problèmes. Personne n’est digne de confiance jusqu’à preuve du contraire. Voilà ma devise ! On ne  sait jamais ce que l’avenir peut nous réserver et je dois porter un masque comme tout le monde. Nul n’est assez à l’abri et celui qui se confie est brûlé et cramé. Pourquoi en arriver là ? N’est-ce pas plus prudent de retenir sa langue ? En tout cas, moi, je suspecte tout le monde et je crois que c’est beaucoup plus prudent de rester silencieux que d’être à la merci des autres», avoue-t-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com