Les jeunes et le célibat prolongé : L’argent et la nature des filles sur le banc d’accusation





Nul ne peut le contester : le taux de célibat est en hausse continue !. Révolu le temps où les jeunes convolaient en justes noces à un âge plutôt précoce. La majorité des jeunes d’aujourd’hui se marient lorsqu’ils frôlent la trentaine. Cela nous pousse à déduire que la notion même du mariage s’est métamorphosée… Le célibat prolongé : un choix ou une contrainte ?


 


Tunis - Le Quotidien


Autrefois, très peu de filles avaient le droit de fréquenter l’école. Plusieurs, sinon la majorité d’entre-elles, sont contraintes d’abandonner les études dès l’apparition des signes de puberté pour attendre « bien sagement » qu’un prétendant vienne les sortir de leur…«prison». La bouche à oreille était le seul moyen pour découvrir qu’il y a une demoiselle en âge de mariage (moins de vingt ans) chez la famille telle ou telle. La majorité des jeunes mariés habitaient chez les parents de l’époux. La tutelle de la nouvelle bru est donc automatiquement « léguée » aux beaux-parents. Aussi dépassés et rétros que ces mariages puissent en avoir l’air, mais paradoxalement ils réussissaient et duraient le plus! De nos jours, fini ce genre de mariages! A présent, plus aucune famille ne choisit l’élu(e) pour leurs enfants. Plus aucune fille n’accepte de se faire passer la bague au doigt avant d’atteindre au moins vingt ans. Et les mariés doivent friser la trentaine pour convoler en justes noces. Pourquoi ? D’abord, depuis l’émancipation de la femme, cette dernière a d’autres raisons de vivre que d’attendre impatiemment…un prétendant ! Les jeunes filles vont toutes à l’école et aspirent parvenir au bout de leurs cursus. Un jeune homme aura, à 24 ans (s’il a fait un parcours scolaire et universitaire sans faute), encore du chemin à faire avant de penser au mariage. Les filles, de leur côté, ne peuvent plus admettre l’idée de vivre à la merci de la belle famille ou même de leur éventuel mari (après tout, elles n’ont pas fait tout ce chemin pour rester sous tutelle !). Un couple a donc absolument besoin d’un foyer indépendant pour pouvoir se marier. En outre, il ne suffit pas d’avoir une maison, il faut bien la meubler et l’aménager. De plus, plusieurs choses, considérées autrefois comme secondaires, deviennent aujourd’hui vitales pour une vie de couple…équilibrée ! Cela coûte de l’argent, « beaucoup d’argent ». Et de jeunes diplômés sont incapables d’y parvenir avant d’atteindre (ou plutôt de dépasser) la trentaine ! Par ailleurs, autrefois, l’homme avait peu de chances d’avoir une liaison avec une fille en dehors d’un lien officiel, ce qui le poussait à se marier dans les plus brefs délais. Aujourd’hui, le problème ne se pose presque plus. Filles et garçons se côtoient et les relations « officieuses » sont de plus en plus tolérées. Et il faut ajouter à cela que la liberté féminine a poussé les filles à viser haut. Si elles peuvent être libres et financièrement indépendantes (et si aussi elles peuvent avoir un…petit ami), à quoi bon de se marier vite fait ? Elles cherchent donc un mari qui saura leur être vraiment…utile. De leur côté, les jeunes sont totalement conscients de cette métamorphose féminine et cela les pousse à réfléchir longtemps (un peu trop longtemps) avant de choisir la bonne épouse et la bonne mère pour leurs futurs enfants. Toutes ces raisons et bien d’autres ont contribué au prolongement du célibat… Témoignages.


 


Aymen, étudiant, 26 ans, reconnaît que le mariage ne fait pas partie de ses projets actuels. «Il faut dire qu’il y a un manque de volonté de ma part. Mais le fait que je boude le mariage ne veut pas dire que je préfère mon statut de célibataire. A vrai dire, j’y suis forcé. Je crois qu’il faut d’abord acquérir les notions fondamentales de la famille et de la vie de couple avant de se marier. Cela dit, on ne peut pas nier l’importance du volet matériel pour pouvoir se marier. Toutefois, l’aspect financier reste gérable si l’on trouve la bonne personne. En fait pour se marier, il faut avant tout qu’il y ait deux personnes en parfaite harmonie, il faut qu’il y ait assez d’argent pour couvrir les frais d’un mariage et une volonté réciproque de bâtir ensemble une vie commune et surtout il faut que chacun sache accomplir pleinement son rôle. Or, je m’arrête déjà au premier point. Aussi pessimiste que cala puisse paraître, je ne trouve pas une seule fille digne d’être une bonne épouse, digne d’être la future mère de mes enfants et digne de mériter toute ma confiance. La majorité des filles n’accorde plus autant d’importance à la sacralité du mariage. Pour elles, c’est celui qui a le plus d’argent qui mérite de remporter la…marchandise ! C’est comme si elles se vendaient aux enchères pour celui qui saura mettre le paquet. Elles sont incapables de mener une vie modeste et ne sont pas prêtes à sacrifier pour bâtir petit à petit à côté de leur conjoint. C’est la première raison qui pousse les jeunes à ajourner le mariage à une date non déterminée», dit-il.


 


Ali, étudiant, 21 ans, pense que la seule raison qui pousse les jeunes à reporter le mariage est d’ordre financier. «Je ne crois pas qu’il existe un seul jeune qui ne veut pas se marier. Nous avons tous besoin de mener une vie stable et de fonder une famille. Mais, malheureusement, le mariage est devenu un rêve inaccessible pour la majorité des jeunes . C’est également l’une des raisons de la dégradation des mœurs. Nous sommes tous assez éclairés et la majorité des jeunes ont un niveau universitaire, ils sont au diapason du progrès et ils suivent l’évolution technologique pas à pas. Pour se marier, il faut avoir les moyens de le faire. Nul ne peut aujourd’hui vivre dans l’indigence pour la noble cause qu’est le mariage ! Et même ceux qui croient pouvoir vivre d’amour et d’eau fraîche se trompent sur toute la ligne. D’ailleurs si l’amour rend aveugle, le mariage, lui, rend la vue ! Aucun sentiment ne peut résister à la pauvreté d’autant plus que nous vivons dans une ère…numérique. Il est toujours possible pour un homme d’évoluer. Mais il lui est impossible de reculer ! La vie coûte trop cher et le peu de choses nécessaires pour se marier vaut une fortune. Comment un jeune qui n’a rien, à part un diplôme, peut-il songer à assumer une telle responsabilité ? Personne ne pourra se marier avant au moins quelques années de travail, si d’abord il en trouve un. Voilà pourquoi on se marie tard ou qu’on ne se mariera probablement plus du tout. Couvrez ces frais et je me marierai aujourd’hui même», dit-il amèrement.


 


Jalloul, 18 ans, ne pensera pas au mariage durant au moins les dix années à venir. Le jeune homme est persuadé qu’il a un long chemin à faire avant que l’idée de se marier ne lui effleure l’esprit. « Le célibat prolongé a deux raisons et je ne pense pas qu’il y ait une troisième. D’abord, à moins que l’on ne soit né avec une cuillère en or dans la bouche, il est impossible d’avoir les moyens de se marier de nos jours. En plus, il est de plus en plus difficile de tomber sur la bonne épouse. Celle à qui on peut tout confier : mon nom, mon honneur, ma confiance, mes enfants, tout. Et je crois que le modernisme et l’évolution des mœurs sont les premières causes d’un tel phénomène. Il est très probable que d’ici quelques années, plus aucun couple jeune ne va pouvoir se marier. Seuls les fils de riches pourront le faire. Mais ils restent minoritaires ! En outre, nous assistons à une réelle métamorphose chez la gent féminine. Elles sont matraquées par la publicité, elles voient les clips vidéo et les films qui ne nous distillent que les images de la haute société. Elles sont instruites et elles travaillent, peut-être même avant les hommes. Et elles tiennent à avoir un mode de vie mondain. Avec leur salaire, elles se permettent de mettre de beaux habits, de manger dans les restaurants chics, de mettre un parfum de haut de gamme, quitte à ce qu’elles s’endettent pour y arriver. Et il leur est impossible de se priver de tout cela et de sacrifier pour bâtir leur couple avec leur  jeune conjoint», dit-il.


 


Myriam, 20 ans, dit qu’elle est prête à se marier à un âge précoce si elle trouve la bonne personne et si les moyens financiers existent. «S’il y a l’argent et l’entente, les couples se formeront illico. Mais tout ce temps écoulé en célibat n’est autre que le résultat des difficultés financières et du changement des mœurs. Il est vrai que plusieurs filles ont changé et qu’elles deviennent incontrôlables et un peu trop…ambitieuses, mais les hommes, de leur côté, ont également beaucoup changé et rêvent de facilités factices. A qui la faute ? Je crois que c’est au modernisme et probablement à toute la société et à cette envie de tout acheter...», dit-elle.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com