Par Abdelmajid CHORFI





Catharsis


 


Les Palestiniens, en Occident, ont bon dos. Avoir bon dos, dit le dictionnaire, c’est être indûment allégué comme justification ou comme excuse par quelqu’un qui se dérobe à ses responsabilités. Ainsi, la plupart des Occidentaux se voilent la face devant leur monstrueuse responsabilité dans le malheur des juifs. Non seulement cela révolte, mais encore ils ne ratent pas une occasion pour en incriminer les Arabes en général et les Palestiniens en particulier. Comme pour se décharger totalement et pour l’éternité d’un poids terrible sur la conscience. Alors, bonjour les contrevérités assénées avec une assurance qui frise l’inconscience ! Bonjour les manipulations des informations et la falsification du réel en dépit de toute logique !


La tenue de la foire du livre de Paris, placée sous le signe du soixantième anniversaire de la création d’Israël, a été l’occasion rêvée pour s’adonner à ce funeste exercice de style où la mauvaise foi le dispute à l’ignorance la plus pénible.


Ainsi, profitant de la visite de Shimon Peres, venu honorer de son auguste personne la Foire du livre, le sieur Delanoe, maire de Paris, n’a pas hésité à entonner un cantique dédié aux juifs. Cela aurait été de bonne guerre s’il n’avait pas accompagné ce geste par une déclaration sentant son pesant de haine: «Ce sont les Palestiniens qui ont occupé la terre des Juifs».


Un petit rappel historique: avant l’arrivée des Juifs dans l’antiquité, cette terre était occupée par les Canaanéens, ancêtres avec les Philistins des actuels Palestiniens.


Passe encore qu’une telle démarche fût adoptée par un vulgaire lambda européen ignorant tout de l’Islam et des Musulmans ! Mais, venant d’un homme qui a vécu son enfance en terre arabe et musulmane, la Tunisie, et qui était de ce fait censé être bien informé sur les tenants et aboutissants du drame, voilà qui fait désespérer de la nature humaine. Et que l’on ne nous parle pas de calculs électoralistes avant les municipales. Ce serait trop mesquin !


En fait, on se donne à Israël, dans une sorte d’adhésion mystique où tout sens critique disparaît de la pensée. Israël devient alors le prétexte pour une pseudo-libération des contingences de l’Histoire, débouchant sur un déisme diffus comme l’a été celui des prophètes de l’Ancien Testament. Et du coup, la réalité des faits importait peu; de même les massacres de Gaza, l’enfermement de tout un peuple dans une prison à ciel ouvert…


Tomber à bras raccourcis sur l’engeance palestinienne devient alors une gymnastique cathartique. On se purifie l’âme. Et cela ne coûte pas cher. Bien au contraire, certains font de leur mépris des Palestiniens leur fond de commerce, cet angélisme ne faisant pas la fine bouche devant les espèces sonnantes et trébuchantes.


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Sarkozy et Zapatero


 


On a l’habitude de se référer à Silvio Berlusconi quand on essaie de cerner les contours politiques de Nicolas Sarkozy. On décèle des convergences très marquées entre les deux personnalités.


Par contre, si l’on s’aventurait du côté de l’Espagnol José-Luis Zapatero, l’autre voisin du Sud, là, le jeu des affinités ne serait plus possible. Entre les deux personnalités, les divergences idéologiques, politiques, caractérielles sont trop évidentes. Ils sont quasiment aux antipodes l’un de l’autre.


Et pourtant, il me souvient que, devant le départ en trombe du président français et sa façon de prendre à bras-le-corps les problèmes épineux, les journalistes étaient proprement médusés. Voilà un responsable hyperactif, présent partout où il y a problème, franc et direct dans ses discours. On enviait la France d’être dirigée par un tel homme politique.


C’était l’heureuse époque où Sarkozy semblait surfer sur un nuage, où rien ne lui résistait; ses problèmes matrimoniaux ne lui valaient que sympathie et compréhension. Où on le considérait comme l’oiseau rare devant lequel palissaient les Blair, Merkel et tutti quanti…


Les hommes de plume espagnols s’étaient alors joints au chœur des laudateurs. Ils dressaient souvent, un portrait peu flatteur de leur Premier ministre, le trouvant même assez apathique.


Aujourd’hui, l’équation est totalement inversée. Au moment où la popularité de Sarkozy dégringolait dans les sondages, la réélection de Zapatero, il y a peu, illustrait la justesse de sa démarche basée, au-delà de «ses faux airs ingénus» sur une évidente clairvoyance, sur le sens de la mesure. On s’apercevait au fil des jours, que l’apparente mollesse de son profil cachait en réalité une grande détermination et une farouche volonté d’aller de l’avant pour propulser son pays dans les avant-marches de la modernité.


Aujourd’hui, c’est l’Espagnol qui jubile alors que le Français fait grise mine.


 


A.C.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com