Sana Fathalla Ghenima (éditrice dans le numérique) : «Le livre et les supports numériques n’ont fait que se compléter»





Au tout début de son parcours, le secteur de l’édition des supports numériques destinés aux jeunes enfants se cherche sur le marché de l’édition en général. Pourtant, cette nouvelle industrie littéraire numérique destinée aux jeunes semble avoir de beaux jours devant elle du fait


de l’engouement, surtout des enfants, pour cette composante de l’information. Sana Fathalla Ghenima brosse l’état des lieux de ce secteur et parle de ses problèmes et de ses  rapports avec d’autres productions littéraires.


 


Pouvez-vous établir l’état des lieux du secteur de l’édition des supports numériques destinés aux jeunes ?


Cette industrie est au tout début de son parcours. Il n’y a pas assez d’opérateurs dans le secteur ni de grands marchés. Le secteur compte à ma connaissance 4 sociétés seulement. Aujourd’hui, certains disent que les supports  numériques menacent le papier. Ce n’est pas le cas pour l’instant. Le livre et les supports numériques n’ont fait que se compléter jusque-là. Le support numérique offre certes beaucoup plus de potentialité intellectuelle que le livre. Reste que chaque support a ses usages. Mais le livre, sur un autre plan, dispose d’un usage beaucoup plus grand du fait qu’il  suffit d’avoir un peu de moyens pour y avoir accès d’autant plus qu’on peut l’utiliser dans n’importe quel endroit.


 


Les enfants tunisiens sont actuellement beaucoup plus obnubilés  par les supports numériques. Cet engouement n’est-il pas à l’origine du recul de la lecture  chez ces jeunes enfants ?


Il est vrai qu’aujourd’hui nos enfants sont de plus en plus fascinés par le produit numérique. Il y a eu une politique assez clairvoyante pour la construction de la société de l’information. Les enfants sont devenus, de ce fait, beaucoup plus attirés  par les supports multimédias avec tous leurs accessoires de jeux interactifs et de vidéos. Il faut reconnaître, tout de même, que le livre nécessite beaucoup plus d’efforts, tant pour l’enfant que pour l’adulte. C’est d’ailleurs ce qui explique l’engouement des enfants pour le numérique. Mais c’est aux parents de savoir doser entre ces deux supports et donner aux enfants une consommation équilibrée qui tient compte des potentialités offertes à la fois par le livre et les supports multimédias.  


 


D’aucuns prétendent aujourd’hui que l’engouement  pour les supports numériques est à l’origine du recul de la lecture et de la culture chez les jeunes. Partagez-vous cet avis ? 


Pour moi, la culture ou la lecture n’est pas liée à un seul support. C’est une association d’un ensemble de moyens à savoir les jeux vidéo, le livre, la télévision et toutes sortes de composantes de loisirs qui sont de nature à éclairer les enfants, comme d’ailleurs les adultes. Il faut savoir choisir le support le plus approprié. L’important ce sont la valeur et le contenu numérique du produit culturel pour lequel nous optons. Il faut que le produit soit porteur d’un  message très approprié qui incite à l’ouverture de l’esprit et l’éloigne de toute sorte de violence.


 


On dit souvent que le contenu proposé dans les supports numériques ne favorise pas l’émergence des langues et de la littérature classiques. Êtes-vous de cet avis ?


Le numérique utilise un langage littéraire très approprié. Je ne pense pas que le contenu soit en train de nuire au langage parlé et écrit. Je ne crois pas non plus que le problème du langage soit lié au support, ni d’ailleurs à celui de la lecture. Le problème de la lecture et du lectorat est une question d’approche socio-culturelle. Celle-ci consiste à rapprocher les enfants beaucoup plus du produit littéraire au sein de la famille. Il est tout à fait normal quand on est né dans une famille où les parents lisent beaucoup, qu’on soit aussi un lecteur. A mon sens, tout dépend aussi de l’environnement familial.  


 


Propos recueillis par


Ousmane WAGUE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com