Exorciser les démons de la division





«Les Arabes se sont mis d’accord, pour ne jamais se mettre d’accord». Cet adage populaire, nourri par des décennies de désillusions et profondément ancré dans le subconscient des masses arabes, prend les allures d’une vérité immuable. Une vérité ô combien cruelle et douloureuse et qui se vérifie à travers le remue-ménage de ces derniers jours précédant le Sommet de la Ligue arabe, prévu ce week-end en Syrie. Cette réunion, de la plus haute importance eu égard aux questions qui figurent à son ordre du jour, enregistre en effet des défections en cascade.
Si le Liban a décidé de boycotter purement et simplement le Sommet, d’autres pays arabes - et ils sont plutôt nombreux - ont jugé bon de se faire représenter à un niveau ministériel et même diplomatique. Encore une fois les divergences interarabes l’emportent sur le bon sens et la raison et le dialogue des sourds qui marque bien souvent les relations interarabes gagne ainsi de nouveaux galons. Il ne faut point s’étonner outre mesure d’ailleurs si, dans ces conditions, certains observateurs avertis n’ont pas hésité à remettre en question l’intérêt et l’utilité de ce Sommet. L’unité arabe qui pâtit déjà depuis des lustres en est, bien évidemment, la grande perdante. Elle en sort encore plus amoindrie, à un moment où le monde arabe a, pourtant, cruellement besoin de resserrer ses rangs pour négocier, avec une plus grande chance de succès, les innombrables défis présents et à venir.
Les Etat-Unis qui ont appelé, la semaine dernière, les pays arabes à réfléchir avant de décider de participer à ce Sommet sont en passe d’obtenir gain de cause. Les pressions, exercées par Washington visant à porter l’estocade à ce Sommet, semblent en effet donner leurs fruits. Des fruits acidulés et d’un goût amer et un autre rendez-vous manqué que les pays arabes auraient pu exploiter pour discuter et étaler de manière franche leurs différends en vue de trouver   une solution tangible à leurs problèmes endémiques.
Il faudrait bien se rendre à l’évidence que cette situation intenable du clair-obscur et de fuite en avant dans l’incompréhension interarabe, aussi morbide que tenace, ne sert nullement l’intérêt des causes arabes. Loin s’en faut, la division est la mère nourricière de tous les tares et avatars dans lesquels se débat le monde arabe et le principal obstacle aux aspirations fédératrices légitimes des masses arabes.
A l’heure  des regroupements régionaux, les pays arabes doivent impérativement exorciser les démons de la division, transcender leurs divergences et consacrer leur unité s’ils aspirent réellement donner corps à une action commune et gagner du poids sur l’échiquier mondial. A défaut, les causes arabes seront fatalement condamnées à errer comme des âmes en peine dans les dédales des intérêts des prédateurs du nouvel ordre mondial...


Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com