Les jeunes et le poisson d’avril : Pas drôle du tout !





Les jeunes sont réputés avoir le rire facile. Ils aiment  échanger des blagues et préparer des farces. Ils adorent, semble-t-il, profiter de chaque instant pour faire la bamboula. Aujourd’hui, le premier avril, c’est la journée de la farce. Toutes les plaisanteries seraient donc… permises ! Qu’inspire, justement, le poisson d’avril aux jeunes?


 


Tunis-Le Quotidien


Premier avril, jour où toutes les farces sont permises. La victime de ces farces est dite «idiot d'avril». Cette coutume se perpétue depuis des siècles dans de nombreux pays. De nos jours, presque tous les coins de la terre y adhèrent. Pour mystifier leurs amis ou les membres de leur famille, certains jeunes passent un temps fou à préparer leur tour. D’autres jouent aux comiques. Ils cherchent à divertir ceux qui les entourent en déclenchant leur hilarité... Grand nombre de jeunes apprécient les aspects amusants et insolites de la vie. Il suffit d’un rien pour qu’ils éclatent de rire. Généralement le sens de l’humour est apprécié par l’entourage. Les personnes drôles seraient d’agréable compagnie. Toutefois, certains ne le font pas dans les règles de l’art. La plaisanterie, pour eux, est dénuée de toutes considérations humaines. Il s’agit des adeptes de l’humour noir qui se permettent de rire des malheurs des autres et du caractère triste et tragique de la vie. Le rire innocent et les taquineries inoffensives n’apaisent pas leur excès de zèle. Et étant donné que toutes les plaisanteries, même les plus cruelles, sont en ce premier jour d’avril tolérées, ils peuvent se permettre d’en faire tout un plat. Plus la blague vire à la dérision et aux moqueries sarcastiques, plus ils sont satisfaits. Sous couvert de présumée plaisanterie, les railleurs s’adonnent volontiers, en ce premier avril, à des ironies incisives empreintes de propos narquois pour se payer la tête de leurs victimes. Selon les jeunes, eux-mêmes, seules les personnes complexées, inhumaines et persifleuses agissent avec tant de méchanceté. Ils sont d’ailleurs révoltés de voir leurs pairs mimer toutes les traditions venues des lieux occidentaux, quitte à ce qu’ils agissent à l’encontre de la morale et de toutes les considérations humaines…


 


Chedli, étudiant, 22 ans, dit que le poisson d’avril ne lui dit absolument rien. Le jeune homme pense que les amateurs de rire n’ont pas besoin de mystifier les autres pour…rire! «Franchement, ce genre de « fête » me révolte. Rire ? Pourquoi ne pas le faire quotidiennement ? A-t-on besoin de suivre les pas des Européens et des Occidentaux pour sentir que l’on a vraiment fait un exploit ?! En tout cas, en ce qui me concerne, je pense être quelqu’un de drôle. J’ai toujours su faire rire les copains et les proches. Et je n’ai jamais oublié que pour ce faire, je ne dois jamais briser les règles les plus élémentaires de la morale et de l’humanisme. Je suis contre les plaisanteries que l’on fait pour se payer la tête de quelqu’un. Ce genre d’humour noir n’est pas du tout drôle à mon goût ! Et je refuse catégoriquement d’y participer. La plaisanterie est tout un art dont il faut maîtriser les règles. Chez les uns, il s’agit juste de passer d’agréables moments. Ils n’utilisent que des moyens inoffensifs et innocents pour arracher le sourire aux autres. Et c’est pour moi, la seule manière acceptable de plaisanter. D’autres, en revanche, trouvent amusant de ridiculiser les gens et ils agissent de la sorte pour dominer un certain complexe. En dénonçant le ridicule des  autres sous une forme de plaisanterie, ils se garantissent une certaine…immunité. Personne n’osera plus les critiquer parce qu’on va craindre leurs «revers » gagnants. De plus, en misant sur les plaisanteries, ils vont être considérés comme les être les plus…drôles. Et du coup, on va non seulement aimer leur compagnie, mais en plus leur entourage focalisera beaucoup plus sur ce qu’ils disent que sur ce qu’ils sont réellement. Et ils ne sont, à mon sens, que des êtres vides, superficiels et dénués de tout sens d’humanisme», dit-il.


 


Walid, 21 ans, peut accepter les farces et les plaisanteries tant que cela ne vire pas aux sarcasmes voire aux…drames. «Qu’il s’agit du premier avril ou de n’importe quel autre jour, il y a une limite à ne pas franchir. On peut croire que l’on est drôle et qu’on va arracher le sourire à quelqu’un alors qu’on lui cause une grosse frayeur et certaines personnes sensibles peuvent même y laisser la vie ! Cela dit, la plaisanterie reste tolérable si elle ne dépasse jamais certaines limites. L’an dernier, la petite amie de mon copain lui a fait un mauvais tour. Elle lui a annoncé qu’elle le quittait pour toujours alors qu’ils s’aimaient et que leur histoire est solide. Il n’a pas fait attention à la date et il a gobé cette histoire. Ce qui l’a mis dans un très mauvais état, mais peu de temps après elle lui a dit qu’il s’agissait d’un poisson d’avril. On ne m’a jamais fait ce genre de farce. Dieu merci, parce que je risque vraiment de réagir très mal. Je n’aime pas qu’on se paye ma tranche et je n’aime pas non plus faire subir le même sort à quelqu’un d’autre», dit-il.


 


Marouane, élève, 18 ans, est absolument contre les plaisanteries de mauvais goût auxquelles s’adonnent les autres en ce premier avril. «Le poisson d’avril est, à mon sens, une manière pour que les plus antipathiques aient une chance de jouer aux drôles. Ne serait-ce qu’une seule fois durant l’année. Je ne peux pas croire qu’une personne normalement constituée dresse tout un plan pour faire une farce. Si l’on est sympathique et d’agréable compagnie, on n’a pas besoin de toute cette mise en scène pour faire rire les autres ! Il n’y a pas mieux qu’un sourire que l’on partage tous ensemble dans une atmosphère saine, innocente et de gaieté. Or le poisson d’avril n’est qu’une idiotie parce qu’elle légitime un rire mystificateur et moqueur et donne l’occasion aux plus malicieux de légitimer leurs coups bas, soi-disant que c’était un poisson d’avril et que c’est juste pour rire. Je ne trouve pas cet humour drôle, pas le moins du monde», dit-il.


 


Salman, élève, 19 ans, le poisson d’avril n’est pas une tradition de chez nous, tout comme bon nombre de fêtes que nous célébrons par mimétisme d’ailleurs. «Mais à quoi rime toute cette mascarade que je trouve à la limite, trop bête. Nous sommes de plus en plus déracinés et sans aucun repère !  Tout ce qui nous vient de l’Occident est bon à copier et l’on ressemble de plus en plus à des marionnettes pitoyables! Arrêtons d’avoir ce complexe d’infériorité qui nous pousse tout le temps à s’aligner derrière les Occidentaux! Et puis, c’est quoi cet exploit extraordinaire que tous les pays du monde ont tendance à reproduire ? Une farce ? A-t-on besoin d’une célébration pour faire une farce aux autres ? Et je ne trouve même pas cela drôle puisque c’est aux dépens des autres que cela se joue. Doit-on faire subir un infarctus à quelqu’un pour  passer un bon quart d’heure de rire avant de lui dire : «coucou, c’était juste pour rire, ce n’est qu’un poisson d’avril !» Franchement, je trouve cela débile et trop moche», dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com