Elizabeth Daldoul (éditrice) : «Le lecteur apprécie beaucoup plus les romans d’essais en langue française»





Le secteur de l’édition en Tunisie passe par une période très agitée en raison du recul du lectorat et de la demande en ouvrages en général.


D’autre part, peu d’écrivains francophones se bousculent aujourd’hui aux portes des maisons d’édition pour faire publier leurs ouvrages.


Résultat, le secteur de l’édition vit une crise sans précédent. Editrice,


Elizabeth Daldoul nous parle de cette crise, du recul du lectorat en général et celui francophone en particulier et propose d’autre part des remèdes.


 


Quelles sont les difficultés auxquelles fait face le secteur de l’édition en Tunisie ?


Le secteur de l’édition en Tunisie connaît des problèmes. En ce qui me concerne, je publie uniquement des ouvrages de littérature en langue française. Cette composante ne constitue qu’une part infime du marché du fait  du volume restreint du lectorat  en langue française. Pour ce faire, il va  falloir  donc le chercher dans les universités et dans d’autres milieux culturels et, surtout, animer le geste d’acheter le livre chez le lecteur en général. Une autre difficulté demeure. Le réseau de distribution est concentré seulement dans la capitale et dans quelques grandes villes  de l’intérieur du pays. D’autre part, les 2/ 3 du  lectorat lisent plus en arabe et qu’en français. Ce qui n’est pas de nature à contribuer à l’expansion de notre marché.


Qu’avez-vous pris comme incitative pour  sensibiliser le lecteur sur la nécessité d’un retour à la lecture?


Pour ma part, je tente de sensibiliser les lecteurs  par des rencontres littéraires en invitant chaque fois un écrivain qui animera une rencontre à laquelle seront conviés les étudiants et les hommes de culture en général. Par ailleurs, je fais en sorte que ces rencontres soient médiatisées à une très large échelle auprès des lecteurs et notamment les étudiants et les intellectuels en général.


Quel genre littéraire est apprécié actuellement par le lectorat tunisien?


Je ne suis pas très sûre que les lecteurs tunisiens soient plus attirés par les ouvrages volumineux. Aujourd’hui, et d’après mes constats, je trouve que le lecteur apprécie beaucoup plus les romans d’essais moins volumineux en langue française. Ceci constitue une nouvelle opportunité pour les éditeurs tunisiens. 


Quels sont les auteurs qui éditent beaucoup plus actuellement ?


En Tunisie, il y a beaucoup plus d’écrivains arabophones que francophones. De ce fait, les parutions en arabe sont beaucoup plus nombreuses qu’en français. En ce qui me concerne, comme je l’ai dit au début, j’édite exclusivement des ouvrages en français. Le nombre de livres que nous publions  ne dépasse pas une dizaine par an. Mais d’une manière générale, chez les autres éditeurs, les parutions en arabe sont beaucoup plus nombreuses.


Comment voyez-vous l’avenir de la lecture et du secteur de l’édition  en Tunisie ?


Le lectorat par rapport à la période d’il y a trente ans s’est beaucoup rétréci.  Les gens lisent beaucoup moins qu’il y a trente ans. Plus le lectorat baisse, plus les gens affichent peu d’engouement pour le livre. Actuellement, ce sont la télévision et l’internet ainsi que d’autres supports numériques qui attirent le plus les jeunes générations. La lecture est, de ce fait, reléguée en seconde position chez les jeunes qui sont de nos jours plus passionnés par les loisirs qu’offrent ces moyens de communications. C’est donc aux parents de les orienter vers  le livre.


Que proposez-vous comme solution afin que les jeunes effectuent un retour à la lecture ?


A mon sens, l’engouement des jeunes pour la lecture  relève du rôle des parents  et des enseignants qui doivent leur inculquer le goût pour la lecture avec des moyens très appropriés. Par ailleurs, les auteurs, de leur côté, doivent traiter des thèmes qui  passionnent les jeunes en utilisant des supports très appropriés afin qu’ils soient fascinés par la lecture. La bande dessinée constitue par exemple un genre qui intéresse globalement les jeunes et les moins jeunes à tous niveaux et peut les inciter aussi à la lecture, mais à condition que les thèmes qui y sont traités soient intéressants pour les jeunes. 


On assiste actuellement à un engouement de plus en plus grandissant des jeunes et même des adultes pour les supports numériques. Ce  paramètre ne risque-t-il pas de  nuire à la passion pour le livre ?


A mon sens, je pense que quand on est instruit, on doit pourvoir lire sur tous les supports. Mais je ne crois pas, par contre, qu’on puisse être à l’aise en lisant tout un roman sur un support numérique. Mais tôt ou tard on finira toujours par vouloir lire ce roman sur le papier ; ce qui veut dire que le roman sera  toujours utile.


Face à l’évolution des supports numériques en général, quelle attitude devraient prendre les éditeurs pour faire face, dans l’avenir, aux difficultés  dans leur secteur ?


En Tunisie, comme d’ailleurs à travers le monde, le livre sur écran n’entrera  pas dans les mœurs de façon effective dès demain.  Mais on ne peut  pas non plus  mesurer l’impact de l’évolution du phénomène numérique sur le secteur de l’édition. En Tunisie, du moins pour l’instant, il n’existe pas non plus de dispositif. Cependant, le secteur de l’édition reste un secteur en difficulté. Il sera, dans les années à venir, de l’intérêt des éditeurs d’afficher un engouement pour le livre numérique mais aussi pour toutes les formes de support pour pérenniser la transmission du savoir. De même, un intérêt doit être manifesté pour toutes les formes d’expression littéraire de la part des responsables culturels, partout dans les espaces culturels et au niveau de toutes les instances culturelles.


 


Entretien conduit par


Ousmane WAGUÉ




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com