Sortie à Tunis de « Bab’Aziz » : Voyage dans les arcanes de l’âme





Sensations et frissons avérés, c’est ce que nous garantit le film de Nacer Khemir. Une œuvre d’une rare beauté, «Bab’Aziz, le Prince qui contemplait son âme», sort à Tunis le 7 avril au CinémAfricArt, après un passage et non des moindres aux Etats-Unis et en Espagne.


 


Le réalisateur nous invite à respirer à pleins poumons l’air du Sahara, guidés par une fillette, Ishtar, et son grand-père qui arpentent le pays «de tous les temps», celui aussi des grandes étendues de terre les plus reculées pour se rendre à la grande réunion des derviches.


Le film retrace le grand voyage des derviches qui se rencontrent une fois tous les trente ans. On se fait voyageur immobile pour se régaler d’un paysage où le silence résonne et donne à s’enivrer du parfum des mots d’un poème visuel sans pareil et des étonnantes croisées de chemins de différents destins. En cours de route, on retrouve Osmane qui cherche un palais chimérique en plein désert, Zaid dont le chant a charmé une femme d’une beauté à couper le souffle et qu’il a perdue de vue. Hussein, un jeune homme en quête d’un monde meilleur. Et surtout, il y a aussi l’histoire du prince qui «contemple son âme». Le prince abandonne son royaume pour devenir à son tour derviche. A ce propos, le réalisateur explique : «Ce prince qui regarde son reflet dans l’eau ne voit pas son propre visage comme Narcisse, mais contemple l’invisible, son âme». Nacer Khemir affine cette idée en avançant : «Le film, par sa construction, essaie d’aider le spectateur à oublier son propre ego, à l’effacer pour mieux s’ouvrir à la réalité du monde». Bab’Aziz nous convie ainsi à une profonde réflexion sur le monde qui nous entoure et par là même à nous donner une image de l’Islam hors sentiers battus. C'est-à-dire loin des préjugés et du confort des idées qui font couler l’Islam et les Musulmans dans des moules préfabriqués. Le film, qui a été projeté au cours de la section «Portes ouvertes» lors du Festival international du film à Locarno et a suscité la réaction du directeur de «Cinémathèque Suisse», un partenaire de ce festival qui lui écrit entre autres : «Ce film apporte un éclairage serein et saisissant sur la civilisation islamique ancienne qui vient trancher sur la perception caricaturale que l’Europe s’en fait après les tristes événements politiques de ces dernières années». Effectivement, Nacer Khemir a apporté une vision nouvelle et différente de la culture musulmane tolérante et hospitalière suite au climat d’hystérie post 11 septembre 2001.


Le film est sorti, et ce n’est pas donné, aux Etats-Unis et en Espagne en plus de son passage dans plusieurs festivals depuis sa création en 2005.  Nacer Khemir s’est forgé en fait l’image d’un grand artiste polymorphe dont le parcours dans les domaines de la peinture, la sculpture, la calligraphie, l’écriture et le cinéma font de lui un homme aussi respectable que respectueux. Pour ce qui est du cinéma, Nacer Khemir a à son actif «Histoire du pays du Bon Dieu», passé sur Antenne 2 en 1975, «Les Baliseurs du désert», qui a reçu le grand prix du Festival des Trois Continents à Nantes et le prix de la 1ère œuvre au Festival de Carthage, la Palme d’or et le prix de la critique de la Mostra de Valence. «Le collier perdu de la Colombe» a reçu le prix spécial du jury du festival francophone de Saint Martin. En 1991, il tourne pour F3 «A la recherche des Mille et Une Nuits». Bab’Aziz  se place, selon le réalisateur, dans la continuité d’une trilogie comportant «Les Baliseurs du désert» et «Le Collier perdu de la Colombe». Dans ces trois films, Nacer Khemir donne sa propre conception du désert qui est pour lui un personnage à part entière. Il souligne dans ce sens  «Il y a un proverbe targui qui dit : qu’il y a des pays pleins d’eau pour le bien-être des corps et il y a des pays pleins de sable pour le bien-être des âmes. C’est un des rares lieux où se réunissent à la fois l’infiniment petit, un grain de sable et l’infiniment grand, des milliards de grains de sable». Thème de réflexion.


 


Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com