Les jeunes et les commérages : Une spécialité féminine…





Certains jeunes ont comme meilleur passe-temps l’échange de potins. Ils raffolent des « infos » toutes fraîches à propos d’autrui. Il suffit que quelqu’un ait le dos tourné pour que sa vie soit étalée de la plus malveillante façon qui soit. Pourtant, même si les uns éprouvent un malin plaisir à médire les autres, ils ne seraient sûrement pas contents d’être eux-mêmes sujets à calomnies! Commérage et médisance, quels sont les dessous du phénomène ?


 


Tunis-Le Quotidien


Durant l’enfance, nous commettons tous des bêtises. A l’école, les élèves sont capables de «dévier» même s’ils sont sérieux. Les enseignants, nos respectables éducateurs par intérim, doivent nous secouer de temps en temps pour nous remettre sur les rails. Lorsqu’on voit un proche commettre une erreur, nous avons l’obligation morale de lui dire qu’il a gaffé. Ne dit-on pas que celui qui aime bien châtie bien ? Si l’on part de ce constat, on déduira que seules les personnes qui nous aiment vraiment et qui veulent notre bien vont nous tirer les oreilles si l’on commet un impair. Toutefois, ce genre de réprimande se fait généralement en tête-à-tête et d’une manière qui prouve que l’on ne cherche pas à vexer gratuitement la personne dans le tort. Mais lorsque quelqu’un vient faire en public une remarque désobligeante à une personne sensée avoir commis un tort, sa bonne intention reste à prouver ! Pis encore, certains n’ont même pas l’honnêteté de venir dire à celui qu’ils jugent fautif qu’ils lui en veulent pour telle ou telle chose. C’est lorsqu’il a le dos tourné qu’ils auront le…«courage», de dire des propos discourtois sur son compte. Celui qui médit aspire, avant tout, à ruiner la réputation de sa victime. Mettant tous ses sens en éveil, il se met à capter la moindre information pouvant lui être utile. Il aime fourrer le nez dans les affaires des autres et colporter des cancans et des potins. Spécialiste en matière de racontars, il crée des scénarios de toutes pièces. Bien qu’un tel comportement soit à l’encontre de la morale et de la loi, plusieurs personnes adorent ce jeu et spécialement les jeunes filles! Pourquoi ? Certains pensent que les cancaniers n’ont pas d’autres atouts pour se mettre en vue. Ils se mettent alors à collecter des informations, à inventer des histoires et des scénarios pour créer une polémique. Ce qui leur permettra donc de monter au créneau et de se rendre «utile» pour autrui… Les autres pensent que cela relève de l’envie. La médisance leur sert d’arme pour ruiner la réputation de leurs rivaux. Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui pensent que la médisance est le résultat d’une mauvaise éducation. Selon eux, ce sont les parents qui ont initié leurs enfants à ce genre de comportements! Résultat: des personnes malveillantes courent les rues, des réputations sont bafouées!…


 


Oussama, élève de 17 ans, pense que ce sont les filles qui s’adonnent le plus à la médisance. Pour lui, c’est une question d’éducation et de nature. «A mon sens, si quelqu’un ne supporte pas qu’on dise mal de lui lorsqu’il est absent, il ne doit pas en faire de même. Mais chez les filles, il y a une sorte de jalousie qui les pousse à s’envier les unes les autres. Et si l’on est jaloux de quelqu’un, on va automatiquement faire tout son possible pour le traîner dans la boue. Toutefois, certaines arrivent à s’abstenir et à vaincre cette nature malveillante parce qu’elles ont probablement reçu une bonne éducation. Si dès notre jeune âge on a appris à ne pas dire de méchancetés sur les autres, on va pouvoir retenir notre langue. Mais si une fille a vécu avec des femmes d’un certain âge qui n’ont rien à faire de la journée que de parler des autres et si sa mère alimente des conversations de salon pour parler de la vie privée des autres en présence de sa fille, cette dernière sera prédisposée à devenir à son tour médisante. Je crois que c’est un signe d’impolitesse, de mauvaise éducation, d’envie et d’esprit vraiment très limité», dit-il.


Khalil, 17 ans, pense aussi que la médisance est plutôt une spécialité féminine. Le jeune homme ne nie pas, toutefois, que certains hommes éprouvent un malin plaisir de dire du mal des autres. «Je crois que les filles ont une prédisposition naturelle à ce genre de choses parce qu’elles restent plus à la maison et le premier passe-temps à la maison c’est de parler des autres. De génération en génération, les femmes «héritent» ce travers. Mais ceci n’empêche que même les hommes peuvent y «adhérer». Pourquoi ? Je crois que c’est une question de nature. Si on est hypocrite, on n’aura jamais le courage de dire à quelqu’un, en face, ce qu’on lui reproche. Au contraire, on peut même l’encourager à continuer dans ses erreurs et dès qu’il a le dos tourné, on le met en pièces !. Et je pense que c’est le plus impardonnable des défauts. Partant du fait que la faute est humaine et que nul n’est parfait, il faut savoir tolérer les erreurs des autres ou du moins les aider à s’améliorer. Et puis, nous ne sommes pas là pour juger les autres. Dieu est le seul Juge. Si quelqu’un ne nous plaît pas, on n’a qu’à ne pas le fréquenter».


Azeur, 20 ans, pense aussi que la médisance est l’apanage des filles. «La gent féminine manque naturellement de discernement et a une prédisposition naturelle pour la jalousie, l’envie, les cancans et les commérages. Dieu les a créées ainsi ! Depuis belle lurette, les femmes, après avoir fini leurs tâches ménagères, se réunissent autour d’une tasse de thé pour remplir leur temps libre. Au lieu de discuter de choses constructives (ce qui nécessite un haut niveau d’instruction), elles échangent des cancans. La réputation des autres est donc ravagée de manière quasi obscène pour que les unes et les autres satisfassent leur côté narcissique ! Et en présence de leurs petites fillettes !… qui grandissent ainsi dans un environnement où les commérages sont tolérés. Elles finiront par agir de la même manière. Le problème, c’est que l’on a l’impression de commettre une toute petite erreur. Or, il suffit parfois d’une seule parole malveillante pour détruire des familles entières, voire des vies humaines ! Dieu ne tolère pas ce genre de comportement et la médisance peut être considérée comme un grave péché. N’a-t-il pas dit : «Malheur à tout calomniateur médisant, (…) Il sera certes, jeté dans la Hutamah (…) Le Feu attisé d'Allah qui monte jusqu'aux cœurs» ? Ceux qui disent du mal des autres, que ce soit en leur présence pour les ridiculiser et les blesser ou encore derrière leur dos pour ruiner leur réputation, sont vraiment de viles personnes. On est tous capables de commettre des erreurs. Il vaut mieux s’adresser directement à la personne pour la conseiller si ce qu’elle fait nous dérange tant ! Le cas échéant, on n’a qu’à retenir notre langue».


Saïf, 18 ans, partage le même avis. Il pense que la médisance est un défaut féminin. «Je crois que ce genre de travers est le fruit d’une mauvaise éducation, d’un esprit limité et d’un vide émotionnel qu’on essaye de combler. Et ce genre de chose existe surtout chez les femmes. Les hommes ont d’autres chats à fouetter. Si quelqu’un ne me plaît pas, je n’ai qu’à éviter de le côtoyer et je n’ai nullement le droit de le médire ! Mais s’il m’est proche, je dois aller le voir en face et lui dire de manière délicate et polie que je juge qu’il est dans le tort ! S’il accepte tant mieux. S’il n’accepte pas, il est libre, mais je ne dirai rien de lui parce que chacun a ses propres défauts. Et puis qui sait ? Il est probable que je le juge à tort parce que les apparences sont tellement trompeuses. C’est seul à Dieu qu’on a des comptes à rendre et nul ne peut se mettre à la place du Grand Juge pour condamner ou innocenter les autres».


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com