«Mots d’après guerre» de Anouar Brahem : Le Liban raconté par son élite !





Le sourire charmeur, le visage fin, la voix douce et séduisante, Anouar Brahem, comme sa musique, parle à l’âme. Et si son jeu déchaîne les passions, son premier documentaire, projeté en avant-première nationale, « Mots d’après guerre », stimule les neurones et les cœurs. Au cœur d’un Liban qui brûle, il s’est plongé en quête de la vérité…Une vérité qu’il a tirée des bouches des artistes et non des miliciens.


Dans l’urgence, il a débarqué sur cette terre qui a vu ses célèbres cèdres brûlés l’un après l’autre durant cette guerre barbare orchestrée par l’armée israélienne. L’actualité l’a interpellé. Ces images sanglantes ont martyrisé son cœur d’artiste. Le cœur d’un artiste - un vrai-  qui a réussi parce qu’il a su être à l’écoute de son passé et de son histoire et des murmures de l’avenir à la fois. Bouleversé par ces cascades d’informations, de déclarations et de photos diffusées sur les chaînes durant cette guerre atroce contre le Liban, Anouar Brahem a choisi de s’envoler illico vers Beyrouth pour répondre à son appel. «J’étais devant la télé, sur l’Internet, face à ces images atroces, j’ai écouté ce flot de paroles, de larmes, de commentaires et de discours. Les voix des politiciens, des militaires, des experts, des responsables…se sont élevées commentant et analysant la guerre. Toutes les chaînes ont fait parler tout le monde exception faite des artistes. Ça m’a paru étrange et je me suis demandé pourquoi on a mis de côté ou plutôt on a ignoré ces intellectuels et ces artistes qui font les beaux jours pas uniquement du Liban mais du Monde Arabe. Et c’était pour moi le déclic. L’idée de faire un documentaire m’est venue…m’a investit. Je me sentais au cœur de ce feuilleton morose, de cette tragédie…Alors, j’ai décidé de m’y rendre. Des sentiments confus m’ont secoué et il m’a fallu être là-bas» nous a confié notre brillant musicien, lors d’une rencontre très sympathique à Diwan Dar El Jeld. Une rencontre qui a permis aux cinéastes, journalistes et organisateurs de parler en détail de la 3e édition de «Doc à Tunis».



Au cœur des fumées et des ruines !


L’esprit aventurier, Anouar Brahem n’a jamais baissé ses bras et n’a jamais reculé devant une difficulté. Et quand un grand musicien comme lui choisit de passer derrière la caméra, certainement il y a plusieurs histoires à raconter et des secrets à dévoiler surtout lors de cette triste et barbare guerre contre le Liban. Juillet 2006, un souvenir douloureux …qui ne laisse personne indifférent. Un état de choc collectif. Une plaie au cœur et au corps d’un Liban qui cherche à dépasser toutes les anciennes peines et les querelles internes. L’idée a mûri et dès que le cessez-le-feu a été décrété, notre grand luthiste n’a pas tardé à s’envoler vers Beyrouth pour être à l’écoute du paysage artistique libanais. «Il a fallu que je parte immédiatement pour recueillir sur le vif les avis et les témoignages des artistes au lendemain de la guerre qui a dévasté leur pays. J’étais très curieux et j’ai voulu écouter les versions d’une des élites les plus actives et les plus brillantes dans le monde arabe. J’ai cherché à comprendre les causes de ce silence. Je suis parti avec plusieurs noms en tête. Mais en arrivant au Liban et face à ces images atroces, j’ai cherché à récolter le maximum de témoignages des artistes de différentes confessions et de diverses disciplines artistiques. Durant le montage, je me suis posé la question sur l’utilité et l’importance de ce que j’ai ramassé. Il y avait plusieurs courants et différents sons de cloche. Chacun a commenté et a analysé la guerre à sa façon. Mais comme vous savez, pour un documentaire, le grand et important travail se fait sur la table de montage, cela veut dire que le plan détaillé naît dans ces moments. Je me suis vraiment rendu compte à quel point on peut manipuler les gens et leurs propos. J’ai dû faire très attention pour ne pas trahir ces gens qui ont accepté de me parler», nous a avancé notre artiste. Peu bavard, Anouar Brahem sait bien faire l’économie des mots mais jamais des émotions et des idées. Des musulmans sunnites, des chiites, des athées, des chrétiens…des artistes, des intellectuels de tous les horizons parlé et ont décortiqué la guerre. Ils sont journalistes, écrivains, directeurs de théâtre, comédiens, metteurs en scène, cinéastes, écrivains, poètes, chanteurs, compositeurs, stylistes, architectes. Josef Samaha, journaliste, Elias Khoury, romancier, Abbas Baidhoun, poète, Bernard Khoury, architecte, Ghassen Salhab, cinéaste, Nahla Chahal, romancière, Elie Saab, styliste, Hénia M’roué danseuse, Rabiî M’roué, homme de théâtre, Ryma Khechiche, chanteuse, ont parlé de cette guerre gagnée par le Hezbollah au nom du Liban contre l’armée israélienne. Chacun à sa façon a analysé ces victoires et leurs impacts sur la vie sociale au Liban et sur le vécu politique confirmant leur solidarité avec le Hezbollah qui a su intervenir au moment où le destin d’un peuple était en jeu. Pour une première expérience, Anouar Brahem a confirmé son don, sa passion et sa patience surtout que le sujet est aussi délicat et que les enjeux sont majeurs. Dans les paradoxes, notre cinéaste a œuvré pour donner naissance à ce documentaire qui ne manque pas de poésie et d’émotions. Un documentaire qui est à l’image de ce luthiste et de sa musique. «L’expérience m’a beaucoup plu, mais il est temps de retrouver mon premier amour…mon oud m’appelle. J’ai beaucoup  de tournées sur mon agenda et il faut que j’honore mes engagements musicaux», a souligné Anouar Brahem avec un calme olympien. Pour la sortie de ce documentaire, notre artiste nous a assuré que ce sera pour bientôt.


 

Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com