Les jeunes et le premier amour : Dur, dur de l’oublier !





«Il n’y a d’amour que le premier», dit-on. L’être humain n’aime qu’une seule et unique fois dans sa vie, semble-t-il. Ce constat est-il vrai ? Qu’en disent justement les jeunes ?


 


Tunis-Le Quotidien


Les plus grandes histoires d’amour qui ont inspiré les poètes, les écrivains et les peintres à travers des siècles, ne concernent que l’amour d’un seul homme pour une seule femme et vice versa. On n’a jamais entendu parler d’un deuxième Roméo pour Juliette ou d’une deuxième Leila pour Kaïs. Certains disent que s’il y a amour, il n’y aura qu’un seul durant toute la vie ! D’autres pensent qu’on peut aimer plusieurs fois. Mais le seul amour qui reste gravé dans le cœur et dans la mémoire est le premier vrai amour. Cependant, étant donné qu’on parle de sentiments et de choses abstraites, on ne peut confirmer ou infirmer ces différents avis. L’amour n’est pas une science exacte et les sentiments ne peuvent pas être jugés suivant un barème préétabli ! Les sentiments amoureux ne se commandent pas, ne suivent aucune règle et ne se soumettent à aucune logique. Ce sont des sentiments instinctifs et brusques. L’amour avec fougue est plutôt l’apanage des jeunes dont essentiellement les adolescents. Ces derniers aiment relever le défi et tenir tête aux obstacles. Deux jeunes amoureux pensent donc être capables de tout surmonter en ayant comme unique arme, leur amour intense ! Un être qui est sous l’emprise de l’amour n’est plus maître de lui-même. Il est quasi ensorcelé, hypnotisé et aveuglé. Et il concentre toute sa vie, son énergie et son esprit sur l’être aimé. Il peut aller jusqu’à croire que la vie prendra fin le jour où l’être aimé le quittera. Et ce sentiment ne semble jamais être rassasié. L’amour, le vrai, pousse la personne à vouloir accaparer l’être amoureux, lui donner tout ce qu’il possède et l’avoir à soi et rien que pour soi. C’est seulement lorsque les esprits se calment, que l’effervescence de la passion fougueuse du début commence à s’apaiser que l’on retrouve un peu de lucidité et de sérénité. Selon certains chercheurs, l’amour amoindrit les facultés de l’esprit et peut pousser la personne à commettre des actes insensés. En effet, sous l’emprise de l’amour, nombre de personnes perdent tout bon sens et peuvent aller jusqu’au déraisonnable. Les amoureux sont pris d’une sorte de «folie» qui les jette corps et âme dans l’imprévu, à leurs risques et périls. L’impatience de l’amour et sa vitesse font toute sa force. Mais généralement, ce sont ces mêmes vitesses et impatiences qui conduisent à une fin aussi brusque et peut-être tragique de ce sentiment. L’amoureux peut justement faire des choses totalement absurdes pour gagner le cœur de celui qu’il aime et le garder. Il peut bafouer sa réputation, agir contre ses principes et changer de peau s’il le faut ! Mais lorsque les sentiments s’apaisent et surtout s’il prend conscience que cet amour n’a pas été réciproque ou que la personne aimée n’en valait vraiment pas toute cette peine, il se rend à l’évidence que cela doit cesser… Cela dit, il paraît que ce genre d’amour intense, déraisonnable et insensé que l’on vit comme une maladie incurable, ne nous gagne qu’une seule fois. Une fois guéri, il semble que l’on n’attrape plus jamais cette «maladie». Ou du moins pas de la même manière… Témoignages.


 


Mohamed, 17 ans, confirme que l’on ne peut aimer qu’une seule et unique fois. Même s’il est encore trop jeune pour être aussi formel et qu’il ne sait pas ce que l’avenir peut lui réserver, il est tout de même persuadé qu’il ne revivra jamais le même genre d’amour qui a inauguré son cœur pour la première fois. «J’ai aimé une fille pendant deux années entières et même si aujourd’hui je m’en remets, je sais que je ne pourrai plus jamais aimer une fille de la même manière. Cela a été beaucoup trop intense pour que cela puisse se reproduire encore. Par moment, je sentais mon cœur se déchirer en mille morceaux. C’était comme une maladie incurable et j’ai beau essayer, je ne suis pas parvenu à en guérir. Cette fille est devenue mon souci majeur. Elle accaparait mon esprit, mes pensées et mon cœur et tout passait par elle. Je ne souhaitais rien de la vie plus que je ne la souhaitais elle. C’est la première fois de ma vie que je sentais une aussi immense joie, mais aussi, une aussi grande amertume. C’était plus fort que mes capacités et je suis sûr que cela ne va plus jamais se reproduire. L’amour est une chance… Ou on la saisit et l’on vit heureux pour le restant de nos jours, ou on la rate et on vit comme dépourvu de son âme. C’est ainsi et nul n’y peut rien», dit-il.


Wajdi, 17 ans, partage le même avis. Le jeune homme est persuadé qu’il n’aimera plus jamais une fille comme celle qu’il a aimée la première fois. «Subitement et sans aucun préavis, on a le coup de foudre pour quelqu’un. Et depuis, toute notre existence tourne autour de cette personne. C’est un sentiment qui ne suit aucune logique et aucune raison. On se sent sous l’emprise totale de cet être, voire à sa merci ! Au début, ce sentiment nous donne de la gaieté au cœur. Cela nous permet de rêver, de planer, de bâtir des projets merveilleux. Mais si l’autre ne bronche pas ou même s’il ne partage pas exactement la même intensité de sentiments, cela vire au drame. Cet amour qui nous donnait tant de joie de vivre se transforme en une réelle souffrance. On se sent atteint dans notre dignité, on est fou de rage contre soi-même. On peut s’en vouloir au point de souhaiter la mort parce qu’à chaque fois qu’on va se rappeler combien on a donné à cette personne, combien on l’a aimée et combien on lui a été dévoué et sincère et, qu’en contrepartie, elle ne répondait pas, on se déteste. Je ne crois pas du tout que ce genre de sentiment puisse être vécu une deuxième fois. En tous cas, pas de la même manière ou avec la même intensité ! La première fois est une première. Ensuite, nous sommes comme immunisés et on arrive à gérer les choses sans que les sentiments n’échappent à notre contrôle», dit-il.


Rehouma, 18 ans, ne trouve pas ce constat tellement vrai. Il pense que, sur le tas, une personne amoureuse peut croire qu’elle ne pourra plus jamais revivre ce même sentiment. Mais une fois vraiment «guérie», cela devient très possible. «Prenons un exemple : lorsqu’une femme est en train d’accoucher, elle sent sûrement une douleur immense et en cet instant, elle jure de ne jamais retomber enceinte. Mais une fois ses plaies guéries et que le bébé grandit, son instinct maternel se réveille encore et elle retombe enceinte ! C’est presque la même chose en amour. Lorsqu’on aime avec intensité, que cela marche et qu’on soit avec la personne aimée et qu’elle nous aime à son tour autant, il n’y a aucune raison pour qu’on tombe encore amoureux parce qu’on l’a déjà été une fois. Si on a aimé quelqu’un de toutes nos forces mais qu’il ne partage pas les mêmes sentiments que nous et qu’il nous a fait mal, on se sent tellement lésé et dépité qu’on ne veut plus revivre cela. Sauf, qu’en réalité, il y a des moments où l’on est naturellement prédisposé à aimer. Et d’autres moments, où on ne l’est pas du tout. Ceci peut-être à cause d’une blessure non guérie ou tout simplement parce qu’on n’a pas encore oublié la première personne aimée. Mais je suis sûr que cela passe avec le temps et un jour, on se sentira prêt, voire on aura besoin de revivre ce sentiment intense. Et je parle en connaissance de cause. Et puis, la majorité de ceux qui croient qu’il n’y a d’amour que le premier sont encore très jeunes. Ils ne peuvent pas être aussi catégoriques. Ils parlent d’une chose qu’ils ne connaissent pas parce que personne ne sait ce que demain lui réserve. Je crois qu’il est probable de rester attaché à un seul amour si la personne partageait exactement le même amour intense et que, par la force des choses, ils ont été obligés de se séparer. Le cas échéant, on aimera quelqu’un d’autre tôt ou tard», dit-il.


Chahreddine, 21 ans, pense qu’une personne est capable d’aimer plusieurs fois, mais le premier amour reste, selon lui, gravé dans le cœur. «Le premier amour est toujours spécial. C’est comme toutes les premières fois de quelque chose, c’est toujours fort et cela ne s’oublie pas. Il est probable qu’on arrive à oublier avec le temps. Il est possible qu’on aime encore d’autres, mais jamais de la même manière, jamais avec la même intensité. On se souviendra toujours du premier qu’on a aimé tout en ayant les larmes aux yeux et une nostalgie qui nous chagrine. Les autres amours peuvent être raisonnables et mûrs et donc plus durables. Mais le premier dans son originalité, dans sa folie et dans sa déraison reste spécifique et mémorable pour toujours», dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com