Les jeunes et les relations entre frères et sœurs : Les parents, seuls responsables de la bonne entente





Chez certaines familles, ce sont les benjamins qui sont les plus choyés. Chez d’autres, ce sont les aînés qui ont le plus de privilèges. Et entre les uns et les autres, nombre de familles mettent tous leurs enfants sur un pied d’égalité. Le comportement des parents influe-t-il justement sur la nature de la relation entre frangins ?


 


Tunis-Le Quotidien


Une jeune personne a besoin d’une atmosphère familiale saine et stable pour évoluer normalement. Le foyer familial est censé être l’endroit douillet et chaleureux qui nous procure protection, amour et sécurité. Or, même si tout parent partage le même amour pour ses enfants, il arrive qu’il ne les traite pas tous de la même façon. Cela crée des ressentiments et des inimitiés entre frères et sœurs qui croient à tort que la maman préfère «x» ou que le papa a un penchant spécial pour «y». Pourtant, les parents souhaiteraient que tous leurs enfants s'entendent, s'aiment et s'entraident. Mais, comme toujours, il y a un monde entre le rêve et la réalité. Si la fratrie peut être le lieu de l'amour, elle peut être aussi le lieu de la discorde et de la jalousie. D’un point de vue psychologique, au sein de la fratrie, la problématique oedipienne se joue et se rejoue sans cesse. La grande sœur étant le substitut de la mère, le grand frère, celui du père, le petit frère ou la petite sœur est inconsciemment considéré comme l’enfant du grand frère ou de la grande sœur. Mais les grands frères ou les grandes sœurs n'ont pas de mission particulière pour veiller sur leurs jeunes frères ou sœurs. Inversement, les petits n'ont pas vocation à obéir à leurs aînés. Les enfants doivent rester à leur place d'enfant, ce qui n'exclut pas, à l'occasion, qu'un aîné puisse aider aux soins d'un plus petit ou qu'un cadet soit placé momentanément sous la responsabilité du plus grand. Mais cette attitude doit rester occasionnelle. Toute systématisation entraînerait des dérives perturbant les relations des uns et des autres. Quant aux querelles trop violentes entre frères et sœurs, elles renvoient directement à l'ambiance familiale. En tout premier lieu aux relations dans le couple dont elles sont souvent la copie fidèle, étant donné que les enfants s'identifient inconsciemment à leurs parents. Quoi qu'il en soit, c'est du devoir et de la responsabilité de tout parent de veiller à ce que les relations entre frères et sœurs respectent les valeurs fondamentales du respect mutuel, de l'altruisme et de l’amour. Cultiver les différences entre les frères et les sœurs c'est permettre à chacun d'exprimer au mieux ses potentialités en corrigeant au mieux ses faiblesses. Les parents doivent accompagner et encourager les uns ou les autres. Un adolescent étant en période de «construction», les parents doivent l’aider à évoluer dans le bon sens en lui montrant qu'ils ont confiance dans ses capacités. Les parents pourront ainsi voir se réaliser leur souhait le plus cher : Elever tous leurs enfants dans une ambiance d’entente, de respect et d’amour.


 


Nada, 15 ans, pense justement que sa mère a un penchant pour son petit frère âgé de 10 ans. Même si la jeune fille reconnaît être le chouchou de son papa, elle supporte mal que sa mère défende son frangin à toute occasion. «Je dois d’abord dire que j’aime beaucoup mon frère et que je me considère même parfois comme sa tutrice puisqu’il est le plus jeune. Mais quoi qu’il en soit, je n’aime pas le favoritisme dont fait preuve ma mère. Elle le soutient tout le temps sous prétexte qu’il est petit et qu’il ne peut pas se défendre tout seul. Je sais qu’elle nous aime tous les deux pareillement, mais je n’admets pas qu’elle le favorise presque à chaque fois. Il est vrai que mon père me préfère et me défend toujours. Mais je suis devenue une demoiselle et c’est durant cette phase spécialement que j’ai besoin de ma mère, j’ai besoin de sentir sa présence et sa compréhension. Et même si mon père est proche de moi, je ne peux pas lui confier certaines choses d’ordre féminin qu’on ne peut dire qu’à une mère. Cela me pousse à en vouloir à mon frère parfois. J‘ai l’impression qu’il est venu pour me voler une place qui autrefois n’était qu’à moi seule. Ma mère aurait pu m’épargner ce sentiment si elle s’était montrée plus équitable», dit-elle.


Souleima, 15 ans, pense que les parents sont les premiers responsables de la réussite de la relation entre l’ensemble des frères et sœurs. «Selon un dicton, on dit que la fille est le chouchou du papa et que le garçon est le favori de la maman. Je crois qu’il y du vrai dans cet adage. Mais, moi je n’ai pas de frères. Je n’ai qu’une sœur aînée âgée de 21 ans. Elle et moi, sommes de très grandes copines. On se fait mutuellement des confidences, on s’entraide et on ne se cache rien. C’est ma sœur, ma complice et mon amie. Et je crois qu’on doit cela aux parents. Ma mère est très équitable. Je n’ai jamais senti qu’elle traite l’une différemment de l’autre. Elle a toujours tenu à ce qu’on s’aime et se respecte mutuellement. C’est cette justice qui a fait de nous de grandes copines ma sœur et moi. Il est vrai toutefois que mon père me privilégie de temps à autre parce que je suis la benjamine. Mais ma mère intervient immédiatement pour rendre justice à chacune et cela ne fait qu’améliorer ma relation avec ma frangine. Mais il nous arrive de nous chamailler de temps à autre. Normal, nous sommes des êtres humains ! Mais ce n’est pas méchant, on se dispute si l’une chope un vêtement à l’autre mais on se réconcilie très vite», dit-elle.


Fadhel, 17 ans, n’a pas de sœurs. Il a un frère plus jeune et il croit avoir plus de privilèges parce qu’il est l’aîné. «D’abord, je ne peux pas croire que les parents sont capables d’aimer l’un de leurs enfants plus qu’un autre. Qu’il soit garçon ou fille, l’aîné ou le benjamin, chaque enfant a sa propre place dans le cœur de ses parents. Mais si quelqu’un est malade, on le couvre d’attentions. Si l’un a un problème ou qu’il est loin de la famille, on a l’impression qu’il est le plus chouchouté. Or, ceci est occasionnel. Une fois les choses rentrées dans l’ordre, chaque parent va agir équitablement avec tous ses enfants. Mais il est vrai que certains comportements parentaux peuvent donner l’impression à l’un des enfants de ne pas être assez aimé. Moi, je suis l’aîné et mes parents ont toujours incité mon petit frère à me respecter. Ils ne lui permettent pas ses crises de gâteries ou qu’il me manque de respect. Mais cela ne change en rien à nos sentiments. Nous nous aimons mutuellement et c’est grâce aux parents. D’ailleurs, s’il y a un quelconque problème entre frères, c’est aux parents que revient la responsabilité», dit-il.


Farès, 16 ans, partage le même avis. Le jeune homme pense également que seuls les parents sont responsables de la réussite de la relation entre frères. «Je suis le cadet. J’ai un frère plus âgé qui vit à l’étranger et un autre frère plus jeune. Et même si mes parents ne permettent pas à mon petit frère ses caprices et qu’ils lui imposent toujours des règles à suivre, je ne crois pas qu’ils aiment l’un plus que l’autre. D’ailleurs, j’aime beaucoup mon petit frère et je prends soin de lui. On m’a toujours légué la responsabilité de veiller sur lui et cela nous a encore plus rapproché. Je n’ai pas senti que ma place était menacée quand il est venu au monde parce qu’on m’a responsabilisé. Mais lui, il accepte parfois mal ma tutelle. Mais je l’aime tellement qu’il accepte tout de moi. C’est aux parents d’agir équitablement s’ils veulent que leurs enfants s’aiment et se respectent. Le cas échéant, la relation sera pleine d’animosité et de ressentiments», dit-il.


 

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com