Ventres creux…





La Terre est devenue une planète, le moins qu’on puisse dire drôle à tous les points de vue. Mais certainement pas dans le sens trivial du terme, car cette boule bleuâtre perdue dans l’immensité sidérale est secouée régulièrement par des crises virulentes, le plus souvent dûes à la folie des hommes ou les incartades de Dame Nature. La crise alimentaire qui sévit depuis quelque temps et qui a généralisé des émeutes de la faim, dans de nombreux pays, prend résolument une dimension planétaire. Jamais depuis trente ans, on n’aura connu une situation aussi préoccupante dans un registre aussi vital aux enjeux titanesques. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, les stocks  de céréales sont au plus bas et n’assurent plus que 57 jours de nourriture à la population mondiale. La réduction drastique de l’approvisionnement alimentaire a pour origine une succession de mauvaises récoltes y compris dans les principaux pays producteurs, au moment où l’appétit de la planète ne cesse de croître.


Comble d’ironie et de paradoxe, les spécialistes s’accordent à penser que, quand bien même elle serait grevée en partie en raison notamment du réchauffement climatique et de la diminution de la superficie des terres arables pour cause de poussée urbaine, la production alimentaire actuelle permettrait de nourrir correctement le monde si elle était équitablement distribuée. Certes, les habitants des pays riches mangent trop et ceux des pays pauvres pas assez. Mais des quantités énormes de céréales servent également à nourrir les vaches et les... voitures.


Les statistiques révèlent à cet effet que pour produire 2 kg de bœuf, il faut investir 14 kg de céréales. Les véhicules sont devenus un autre sujet de préoccupation depuis que l’on a encouragé la production de carburants verts pour combattre le réchauffement climatique. Une véritable ruée vers le maïs s’est ainsi déclenchée, entre autres, aux Etats-Unis, avec l’utilisation d’une partie de la récolte pour produire un biocarburant, l’éthanol.


En plus des menaces que font peser les guerres et les tensions, les humains courent aussi le risque de ne plus trouver quelque chose à se mettre sous la dent. La caricature est peut-être un peu poussée, mais le nombre des personnes souffrant de la faim à travers le monde - 800 millions actuellement - risque d’atteindre des pics jamais connus auparavant durant les années à venir, si la même tendance venait à persister.


Le prochain sommet des huit nations les plus industrialisées, prévu au Japon en juillet a, de toute évidence, beaucoup de pain sur la planche pour enrayer au plus vite cette terrible crise alimentaire.


Il y va de la paix et de la stabilité dans le monde, partant de l’évidence que ventres creux n’ont pas d’oreilles mais des réflexes existentiels brutaux quand toutes les voies pacifiques de manger à sa faim auront été vainement épuisées...


 


Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com