«A ciel ouvert» : Pour le plaisir des yeux





Quatre artistes de chez nous ont investi, depuis le 5 avril, les préaux de la Bibliothèque des sciences des religions de la rue Sidi Saber dans la Médina de Tunis. Avec leur lot d’épanouissements, ils ont accroché les regards et les attentions.


 


Sur les cimaises de la cour de l’ancienne et première école des femmes en Tunisie, Chokri Letaïef  a présenté neuf photographies. Son regard s’est fixé sur des portraits. Des femmes et des hommes de toutes les expressions. Les uns  éclatants, les autres vannés. Ainsi que sur des végétations. Un brin d’herbe par-ci et un zeste d’aura par-là. Les feuilles de palmier se sont étalées sous l’objectif du photographe avec grâce. Il ne lui restait que de succomber à leur charme et les saisir pour le plaisir des yeux. En gros plan : les fibres se sont affichées heureuses, vertes, mauves et tous ses dérivés. Des lacis délicatement, finement et anarchiquement torsadés ombragent leur fond de toile ensoleillé. Pour dire avec précision la beauté et la complexité d’une nature éternellement en mouvement.


De son côté, Fedia Lahmar s’est mise à s’amuser avec du linge. Et elle n’a rien à cacher. Dans ses tableaux de peinture, elle a mis en scène une palette de couleurs. Débordant de délire inventif. Elle a orchestré des images à partir de la garde robe de Zohra, de Laazouza (la vieille), de Am Brahim, du célibataire, des affaires de toute la famille et elle a même exhibé quelques fringues des voisins. Entre les cordes de ces linges, l’artiste n’a pas oublié quelques sous et dessous de vêtements intimes qu’elle a pincés dans sa fenêtre. Une belle collection privée d’une discrète et forte passion. Tout un panier de chaussettes, pantalons, chemisiers…, à essorer sous un soleil qui darde sur les peaux tannées.


Sous les autres arcades, au fond de la cour à droite, Imen Mansouri et Mahdi Kriaâ ont déposé leur bagage d’art et de savoir-faire. Elle s’est baladée avec son pinceau dans tous coins et les recoins. Valsant sur les bords d’une surface vierge. Résultat, neuf toiles de divers format qui bavent de tous les côtés. Avec une chose qui ressemble à l’écriture. Une écriture qui ressemble à tout et à rien. C’est ainsi qu’elle écrit et décrit pour respirer. De la gestualité éclatée. Comme des chinoiseries qui tournent en rond et qui envahissent son monde. Notre monde. Quant à lui, il a préféré travailler sur la céramique. Mehdi Kriaâ a mis sa main à l’argile et à la terre et malaxé de la bonne  matière. Son but est de constituer des colonnes vertébrales et de mettre au centre de la cour, des forces tirées du sol. Les unes bien dressées. Les autres courbées et le reste est entre les deux. Dans un dialogue harmonieux entre les générations. C’est ainsi qu’il a philosophé.


Derrière cette exposition signée par ces quatre jeunes de talent, deux hommes. Le premier s’appelle Gilbert Descossy, un artiste plasticien français qui aime notre pays et qui cherche à se faire plaisir dans nos murs. Dans ses heures de paisible retraite, il donne un coup de pouce aux jeunes qui ont de l’art à en revendre. Il le fait bénévolement. Et rien que pour l’amour de l’art.


Le second, c’est Diego Sarrio qui a aujourd’hui 37 ans et il vient de l’Espagne. C’est lui le locataire de cette bibliothèque  diocésaine depuis déjà deux années. Il prête son espace aux plus prometteurs. Un sacré lieu d’art et de culture et pour faire des recherches scientifiques et religieuses. On compte au moins 25.000 volumes sur les étalages répertoriés. Des titres qui parlent des trois religions monothéistes. Le premier titre date de 1948.


Pour rafraîchir la mémoire des intéressés parmi nos historiens, cette bibliothèque a été fondée en 1840. Elle était cette école de jeunes filles aux temps des Beys.


L’espace est doté entre autres d’une chapelle qui sert aujourd’hui à des conférences. La dernière en date sur «La pluralité culturelle et dialogue interreligieux», a été donnée le jeudi 10 avril en fin d’après-midi par Jean-marc Aveline. Ce dernier dirige l’Institut catholique de la Méditerranée à Marseille. Il est aussi enseignant à la Faculté de théologie à Lyon. 


  


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com