Un réservoir plein, un ventre vide






Depuis quelques semaines, les informations sur la montée des émeutes de faim dans le monde se multiplient. Un peu partout en Asie ou en Afrique, l’augmentation des prix des aliments de base et notamment les céréales accule des populations entières à la famine.


Pourtant, et selon toutes les études faites en la matière, jamais la terre n’a été aussi féconde et la production de blé atteint des sommets jamais égalés C’est du moins ce qu’indique un rapport récent de l’Unesco pour qui la recherche agricole a permis d'améliorer considérablement la productivité depuis une cinquantaine d'années.


On se demande alors pourquoi en sommes nous arrivés là ?


Un élément de réponse vient d’être délivré par le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, qui incrimine la production massive de biocarburants qui seraient, selon lui, la cause principale de l'envolée des prix alimentaires mondiaux.


Ziegler va même jusqu’à dire que «la fabrication de biocarburants est aujourd'hui un crime contre l'humanité».


L’augmentation faramineuse des prix de l’énergie fossile ont poussé ces dernières années certains pays, principalement de l’Occident, gros consommateurs de brut, à essayer de chercher des nouvelles sources d’énergie. Or il s’avère que le blé et ses dérivés en sont un. Un carburant qui, plus est, est bio et non polluant. Autrement dit, un carburant tendance qui connaît de ce fait un engouement sans précédent principalement en Europe où le souci écologique des populations est très marqué.


Or ce biocarburant, aussi écologique soit-il, c’est avant tout du blé. Une denrée alimentaire de base pour une bonne partie de la population mondiale. Cette partie pauvre de la planète qui n’ a cure de l’écologie, et qui d’ailleurs n’a rien à se reprocher dans ce domaine n’étant pas aussi pollueuse que les pays riches et industrialisés. Une partie pauvre qui a plutôt besoin de se nourrir et qui voit, désespérément, les prix des aliments de base s’envoler à cause de la forte demande des riches producteurs de ce biocarburant.


Au fait, et comme le signale le rapporteur spécial des Nations unies, les pays riches sont en train « de remplir leurs réservoirs aux dépens des affamés»


À se demander si on n’est pas en train de punir les plus pauvres d’être précisément des pauvres. Cela est d’autant plus vrai, comme le souligne l’Unesco, qu’on les a déjà démunis de leur tissu agricole. Cela a été le cas dans nombre de pays d’Afrique où l'UE, à travers ses programmes de subvention, finance l'exportation d'excédents alimentaires européens en Afrique au risque de ruiner totalement l'agriculture africaine.


Autrement dit, on les a rendus dépendants, mais le jour où cet excédent est devenu vendable, à de très bons prix, on les a laissés mourir de faim.


On se demande après pourquoi il y a tant de troubles dans le monde et pourquoi l’extrémisme prolifère.


Un ventre vide devant un réservoir plein : l’équation est claire et la réaction ne peut que couler de source.


 


M.A. BEN REJEB




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com