Les jeunes et les dérives langagières : La société, au banc des accusés …






Lorsqu’on passe à côté de jeunes, on est presque sûr d’entendre un mot injurieux ou déplacé. Le langage juvénile est émaillé de termes vulgaires. C’est un langage disparate et grossier. L’on remarque, également, une recrudescence de la violence verbale et gestuelle chez les jeunes. Lorsqu’il y a explosion d’obscénités et de propos injurieux, il faut se poser des questions ! Comment justement peut-on expliquer ce phénomène ?


 


Tunis-Le Quotidien


De nouveaux mots, de nouvelles expressions et un nouveau lexique fleurissent tous les jours chez les jeunes. Rien de mal si l’expression verbale se limite au convenable. Mais lorsque des mots inconvenants et choquants sont introduits dans quasiment chaque phrase, il y a hic ! Certaines locutions propres aux jeunes donnent naissance à un langage «bâtard», grossier et vulgaire. Toutefois, certains jeunes respectent les normes. Leur langage est dénué de toute forme de vulgarité et de discordance. Mais bon nombre de jeunes (au masculin) se laissent aller à des dérives langagières. Au vu et au su de tous, certains débitent des séries de mots injurieux et grossiers sans avoir froid aux yeux. Devant les femmes, les vieilles personnes de passage, ils s’adonnent volontiers à leurs discours inconvenants. D’aucuns condamnent la famille. Ils pensent qu’un jeune adopte toujours le comportement qui reflète l’image de ses parents et de l’éducation qu’il a reçue. S’il y a donc un problème, c’est à la source qu’il faut revenir ! D’autres pensent que la société tout entière est responsable. Les jeunes peuvent avoir une éducation sans défaillance, mais sont également enclins à acquérir de mauvais réflexes lorsqu’ils sont en dehors du cadre familial. Normal, si l’on voit des élèves, en pleine phase d’imitation et de recherche d’identité, livrés durant les heures creuses à la…rue ! Et entre les uns et les autres, certains pensent que les jeunes sont les premiers à blâmer. Tapis derrière la carapace d’adolescents rebelles, ils s’adonnent à tout ce qui est banni pour créer m’as-tu vu. Toutefois, il est essentiel de comprendre les origines de cette brutalité langagière. La crise d’adolescence est loin d’être l’unique raison de l’agressivité et de la violence verbale et gestuelle. La démission parentale, les difficultés financières, l’influence de l’entourage, etc. sont, également, des raisons à prendre en considération. Mais ce qui est encore plus important c’est la carence en matière d’éducation. Toutefois, condamner certains parents, ou mener uniquement une politique répressive contre ces ados ne va pas résoudre le problème. Il est urgent de réfléchir concrètement aux attentes des parents, des encadreurs et aux demandes des ados, pour intervenir en amont et tenter d’apporter des solutions efficaces.


 


* Naila, 15 ans, pense que les raisons d’un tel phénomène sont difficiles à cerner. «Bien que je ne veuille pas disculper les jeunes, étant donné qu’ils sont auteurs de violence verbale, je dois tout de même dire qu’ils ne sont pas les premiers responsables. Un enfant naît à l’état brut. Tout ce qu’il fait en grandissant, c’est le fruit de ce qu’il acquiert en cours de route. Je ne pense pas qu’un petit enfant sache frapper si on ne lui a pas donné quelques baffles ou s’il n’a pas vu quelqu’un d’autre à l’œuvre. Je ne pense pas non plus qu’un enfant sache dire des mots grossiers s’il ne les a pas entendus quelque part ! C’est évident ! L’enfant se met à imiter tout ce qu’il voit et tout ce qu’il entend. S’il naît dans une atmosphère saine, il y a de faibles risques pour qu’il apprenne de mauvais comportements. Mais un enfant ne vit pas dans un cocon. Un jour, il va atteindre l’âge de rejoindre l’école. Cela le pousse à avoir des relations interpersonnelles en dehors de la sphère familiale. Il va donc apprendre de nouvelles choses qui peuvent être aussi bonnes que mauvaises. C’est aux parents d’être très attentifs aux changements comportementaux de leurs enfants et de leur apprendre le sens du discernement, de leur apprendre aussi à filtrer les informations et à ne retenir que les bonnes choses et rejeter le reste. Ceci doit se faire de manière délicate parce que l’enfant n’a pas l’aptitude qu’il faut pour juger de lui-même. Et s’il a proféré un mot déplacé ou qu’il s’est montré agressif, c’est qu’il est en train de mimer innocemment ce qu’il a vu ou entendu. Le cas échéant, il risque de ne pas comprendre pourquoi on l’a puni de manière aussi sévère pour un mot ou un geste. Mais il ne faut pas non plus faire la sourde oreille et ne pas l’arrêter. Si c’est le cas, il va se transformer en un jeune rebelle, arrogant, insolent et très grossier», dit-elle.


 


* Ghada, 15 ans, est persuadée que nous sommes tous responsables d’une manière ou d’une autre. «Tout comme l’a dit mon amie, un enfant ne naît pas grossier ou violent. C’est son entourage ou la rue qui fait de lui ce qu’il va devenir. Une mère râleuse, qui traite ses enfants de tous les noms d’oiseaux lorsqu’ils commettent des bêtises, va les inciter à mémoriser ces mots inconvenables ! Un père grossier et impoli qui se permet de dire des grossièretés devant ses enfants est totalement responsable de leur éventuelle impolitesse et grossièreté ! Certains pères débarquent chez eux totalement saouls et se mettent à débiter une série d’injures et de mots déplacés et à violenter leurs épouses et leurs petits. Quel exemple vont-ils donner à leurs enfants ? Il est tout à fait normal qu’ils donneront naissance à des petits «délinquants» ! Ce ne sont pas les jeunes qu’on doit condamner, mais ceux qui ont fait d’eux ce qu’ils sont. L’entourage est totalement responsable. Et même si les parents sont corrects, qu’ils ne disent pas de mots déplacés ou qu’ils ne commettent pas des actes de violence, il y aura toujours quelqu’un pour faire ce sale boulot. Les voisins, les gens habitant le même quartier ou encore les personnes de passage dans la rue. Donc les jeunes, filles et garçons, ne font que refléter une défaillance au niveau des valeurs de la majorité», dit-elle.


 


* Ahmed, 17 ans, reconnaît dire de temps à autre des mots… scabreux. Toutefois, le jeune homme essaye de s’abstenir de le faire devant les filles et les personnes adultes. «Lorsque je m’énerve quelques mots m’échappent. Bien que cela me procure une sorte de soulagement et apaise ma nervosité, je le regrette illico. Je ne suis pas impoli et je ne veux pas agir de manière contraire aux bonnes mœurs. Mais j’ai appris ce genre de lexique depuis l’âge de six ans. Je ne me souviens plus de ceux qui ont dit ce genre de choses devant moi, mais ce qui est sûr ce n’étaient pas mes parents. Donc la famille est d’emblée non responsable de ces dérives. Mais une fois dehors, nous avons affaire aussi bien à des personnes polies qu’à d’autres moins polies. Et puisque l’effet de contagion est très courant dans le milieu des jeunes, il est tout à fait normal que l’on soit influencé. Si nous n’adoptons pas le même comportement, nous allons être marginalisés et considérés par certains impolis manquant de virilité et d’hardiesse. Entre deux maux, il faut toujours choisir le moindre. Donc les mecs préfèrent dire des grossièretés plutôt que d’être ridiculisés par les autres qui, croyez-moi, sont majoritaires ! Cela dit, je tiens à préciser que les jeunes ne sont pas les seuls ni les premiers à avoir créé ce genre de langage inconvenant. J’entends des personnes d’un certain âge dire des mots aussi inconvenants. Donc, les jeunes ne font que reproduire ce que d’autres sont en train de dire au su et au vu de tous», dit-il.


 


* Ahmed B. 17 ans, pense que tout est une question d’éducation et de fréquentation. «Nous sommes tous le fruit d’un ensemble de facteurs exogènes et endogènes: l’éducation, les conditions, l’entourage, les fréquentations… Un jeune a été, dans un passé récent, un enfant qui est incapable de dire des grossièretés s’il ne les pas entendues de la bouche de quelqu’un! Les premiers à dire des mots grossiers sont les jeunes hommes, donc, c’est aux pères que revient la première responsabilité. Les pères, qui ne savent pas donner le bon exemple à leurs fils et qui ne sont pas là pour leur apprendre à faire la différence entre le bien et le mal, ne méritent pas d’avoir des enfants. Si un garçon voit son père parler de cette manière avec les «potes» ou même à la maison, il en fera de même ! De plus, même si l’entourage familial est sain, les jeunes sont la majorité du temps dehors. Et lors des heures creuses entre deux cours, ils sont livrés à la rue, ce qui les expose à une multitude de risques. Ils y apprennent des grossièretés de plusieurs genres et ne font qu’imiter. Donc les jeunes sont loin d’être les premiers à blâmer», dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com