Les jeunes sous la loupe des jeunes : Frime, matérialisme et mimétisme sur la sellette!






Lorsqu’on se penche sur les comportements juvéniles, on peut constater plusieurs dépassements… Même si les jeunes ont parfois ras-le-bol des discours moralistes et des sermons, il leur arrive de condamner à leur tour certains comportements juvéniles. Que reprochent justement les jeunes à leurs pairs ? 


 


Tunis-Le Quotidien


Le comportement des jeunes gens est continuellement mis sous la loupe des adultes. Leurs actes et leurs attitudes passent au peigne fin. Au moindre faux pas, ils ont droit à des sermons, à des leçons de morale et à des critiques relativement sévères. Les parents, les tuteurs et les enseignants sont les premiers à sermonner les jeunes. Toutefois, les jeunes eux-mêmes peuvent également critiquer leurs pairs. A priori, toute personne éprouvera un certain désagrément lorsqu’elle est sujette aux jugements négatifs, aux remontrances et aux remarques déplaisantes. Mais certains orateurs maîtrisent l’art de la persuasion. Du coup, ils poussent leurs vis-à-vis à les écouter, à accepter leurs remarques et à prendre en considération leurs critiques sans se sentir ébranlés ou que leur amour-propre soit atteint. Il n’y a pas mieux dans ce sens que d’écouter les critiques d’une personne qui vous est égale à tous les niveaux. Même si la nature des jeunes les pousse à désapprouver les discours moralistes, ils acceptent moins mal les reproches lorsque l’intervenant est à son tour une jeune personne… A priori, chaque être humain est capable de commettre des erreurs. Ceux qui ont la conscience éveillée peuvent se remettre en question. Les autres, en revanche, peuvent commettre moult méfaits sans avoir des crises de conscience. Mais il est toujours bénéfique de prendre un temps d’arrêt. Cela permet à la personne de comprendre où elle en est et de savoir si elle est sur la bonne ou la mauvaise voie. Généralement, chacun est redevable, après avoir fait le point, de corriger ses erreurs! En effet, à un âge jeune, l’on n’a pas toutes les facultés qu’il faut pour discerner le bien du mal. Un lot de bêtises et de dérapages peut être commis par les jeunes parce qu’ils considèrent les valeurs et les règlements comme obstacle à la liberté de la personnalité. Certains jeunes n’aiment pas le mimétisme aveugle des Occidentaux chez leurs pairs. D’autres trouvent que les jeunes d’aujourd’hui sont frimeurs et superficiels. Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui sont carrément révoltés par la tendance très matérialiste chez les jeunes de leur génération.


 


Malek, 17 ans, pense qu’on évolue dans une ère marquée par une course après la matière. Il trouve que les jeunes ont contracté une tendance trop matérialiste. «Ce que je trouve vraiment révoltant chez les jeunes de ma génération, c’est qu’ils accordent une très grande importance aux apparences sans jamais aller au fond des choses. Par moment, j’ai l’impression que je ne peux pas faire la différence entre le vrai et le faux tellement la majorité se montre calculatrice et fausse. Tous, ou presque, sont obnubilés par leur intérêt. Et ton meilleur ami est capable de te poignarder dans le dos si cela peut lui apporter un gain quelconque. C’est l’ère de la matière par excellence et j’ai même l’impression qu’il n’ y a plus de place pour les valeurs et la franchise. Les jeunes d’aujourd’hui sont frimeurs et nombre d’entre eux sont menteurs. Cela me chagrine parce que je ne sais vraiment plus à qui faire confiance et qui est vraiment vrai», dit-il.


 


Mohamed Ali, 17 ans, pense que le fait de condamner toute une génération à cause d’un caractère commun chez certains est injuste. Le jeune homme pense que chacun est responsable de ses propres actes. Cela dit, il remarque que le matérialisme et le calcul sont des dénominateurs communs chez la majorité des jeunes. «Frime, calcul et matérialisme sont les premières caractéristiques de la jeunesse d’aujourd’hui et je trouve cela vraiment inquiétant parce qu’on ne sait plus à qui faire confiance. De plus, cela est devenu comme une sorte de mode au point que celui qui, de nos jours, s’attache encore à être naturel, se retrouve banni et marginalisé. Il doit donc choisir entre deux maux : ou bien agir comme les autres, ou bien se renfermer sur lui-même et vivre en marge. Il m’arrive de voir, d’ailleurs, des jeunes commettre de grosses bêtises pour obéir aux «normes juvéniles». Il est capable de tout pour porter des habits griffés et se faire admettre par les autres alors qu’il n’en a pas les moyens. Et si le paraître se transforme en une telle obsession, c’est qu’il y a vraiment un problème», dit-il.


 


Jihène, 17 ans, pense que les jeunes de sa génération ont un autre problème en parallèle avec la tendance frimeuse et matérialiste. La jeune fille trouve que ses pairs ne croient plus aux valeurs. «La frime ou le fait de trop se concentrer sur les apparences ne sont certes pas des choses positives, mais je pense que cela peut prendre fin une fois que l’on approche de la maturité. En revanche, ce qui m’inquiète, c’est d’assister à des comportements malsains et de voir des jeunes très irrespectueux. J’ai l’impression que nombre de jeunes ne s’arrêtent devant rien et qu’ils n’ont pas de modèle à suivre. Ils se montrent arrogants, insolents, balourds et grossiers au vu et au su de tous. Et c’est cela qui reste le plus inquiétant. Sur le plan moral, il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir ! Drague, insolence, voire indécence, certains jeunes s’adonnent en public à leur parade. Cela ne peut que refléter un problème de taille au niveau de l’éducation parce que nombre de jeunes sont tout simplement impolis. Et il y a de quoi s’inquiéter lorsque le problème se pose au niveau de l’éducation», dit-elle.


 


Ahmed, 18 ans, n’est pas très loin de ce que pensent les autres. Le jeune homme est également révolté par la tendance frimeuse et mensongère de ses pairs. «Les jeunes ? J’en fais partie ! Mais lorsqu’il y a un problème, on doit le dire pour réfléchir profondément aux raisons qui en sont à l’origine. C’est le seul moyen pour trouver les solutions adéquates et par conséquent de s’améliorer. Pour revenir à ce que je reproche à mes pairs, je trouve qu’ils sont trop frimeurs, qu’ils sont obsédés par les apparences et qu’ils ne sont mobilisés que par les intérêts. Ton pire ennemi est capable de se transformer en un être si gentil et inoffensif si cela sert ses intérêts. Une sorte d’hypocrisie sordide, tellement basse! Voilà ce qui me révolte vraiment chez les jeunes. Et si, aujourd’hui, nous sommes capables de vendre notre âme au diable pour un petit intérêt que fera-t-on demain lorsqu’on sera adulte et que l’on aura plus de pouvoirs et plus d’argent ? C’est la question qu’il faut se poser», dit-il.


 


Maroua, 16 ans, trouve, selon elle, que le problème numéro un des jeunes est leur manque de repères. La jeune fille pense que ses pairs traversent une crise identitaire qui les pousse à tout recopier d’ailleurs. «La majorité des jeunes ne font que mimer aveuglément tout ce qui vient de l’Occident. Ils ressemblent à des caricatures des jeunes occidentaux. Pourtant nos cultures, notre religion et nos croyances sont différentes. Et ce qui me semble le plus alarmant, c’est que les jeunes Arabes et notamment les Tunisiens imitent les Occidentaux en ce qui concerne les apparences. Mais rares sont ceux qui essayent de marcher sur leurs pas en ce qui concerne le progrès. Ils se contentent d’imiter leur apparence et d’aimer la musique et le cinéma occidental. Ils adhérent également à certaines traditions et habitudes qui ne sont pas de chez nous parce que cela leur procure le sentiment d’être in. Cela les rend sans repères et sans identité et c’est ce qui explique par ailleurs les dépassements dont ils font preuve», dit-elle.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com