Les jeunes et la réputation : On n’a que ce qu’on mérite !





Les jeunes sont parfois capables de tous les excès. A bien observer leur comportement et leur allure, l’on peut déduire qu’une bonne partie d’entre eux agit à sa guise sans vraiment prendre en considération ce qu’on peut dire ou penser d’eux. Les jeunes tiennent-ils justement compte de leur réputation ?


 


Tunis-Le Quotidien


On voit certains jeunes hommes porter fièrement leur boucle à l’oreille, exhiber leurs tatouages sur les biceps et porter des pantalons de très basse taille… Ils profèrent également quelques mots grossiers de temps à autre et ne font aucune attention à leurs fréquentations. De leur côté, plusieurs filles n’éprouvent aucune gêne à circuler la main dans la main avec leurs petits amis. Elles n’hésitent pas à avoir volontiers une allure «suggestive» avec le nombril à l’air, les minijupes et le décolleté généreux. C’est étrangement ce genre de filles qui a le plus de popularité chez la gent masculine. Paradoxalement, cette manière d’être et de paraître suscite une certaine admiration de la part de leurs pairs. On peut croire que ces jeunes-là ne font aucune attention à leur réputation. Ils semblent agir sans avoir conscience qu’ils bafouent certaines règles de bienséance. Partisans de la liberté individuelle, ils pensent n’avoir de compte à rendre à personne tant qu’ils ne piétinent pas le territoire d’autrui. Selon les jeunes, leurs fréquentations, leurs comportements, leurs manières d’agir, de parler, de penser et de paraître feraient partie de leurs choix personnels. Et nul n’a le droit d’y fourrer le nez! «Les chiens aboient, la caravane passe» pensent-ils convaincus. Nombre de jeunes ont même la certitude que nul ne peut jouir d’une réputation totalement irréprochable. Ils agissent comme bon leur semble et laissent jaser les autres. Toutefois, d’autres jeunes ont l’air beaucoup plus vigilants quant à leur réputation. Ils ne supportent pas d’être regardés de travers. Ils calculent leurs moindres gestes pour rester au dessus de tout soupçon. Et entre les uns et les autres, certains se permettent quelques excès de temps à autres, mais savent également qu’il y a certaines frontières qu’il ne faut jamais s’aviser de franchir…


 


Nouha, 18 ans, fait justement partie de ces jeunes qui se montrent soucieux de leur réputation. La jeune fille ne croit pas que l’on peut agir de manière totalement libre tant que l’on vit dans une société qui a ses propres règles. «Je crois à la liberté individuelle, mais il y a des limites à tout ! Je ne peux tout de même pas me trimbaler avec une tenue totalement indécente parce que je crois être libre ! Nous appartenons à une société arabo-musulmane qui a des normes, des croyances, une religion et des coutumes à respecter. Si on offense ces conventions sociales, l’on doit assumer les conséquences de nos actes ! On ne peut pas faire tout ce que bon nous semble! D’abord la nature humaine a une prédisposition naturelle pour les commérages et les cancans. Et parfois on colle injustement une mauvaise étiquette à quelqu’un pour une petite gaffe qu’il s’est aventuré à commettre. Que dire alors de quelqu’un qui dépasse les limites ? ! Et puis, si on veut être respecté par les autres, il faut respecter les autres à son tour. Celles qui ont des comportements indécents en public et qui portent des habits extravagants ne peuvent pas espérer être respectées et ne pas être regardées de travers. Parce que, d’une manière ou une autre, elles ont violé les conventions de la décence et elles doivent assumer le jugement négatif et l’estampille de filles légères que les autres vont leur coller», dit-elle.


Malek, 20 ans, pense que le fait de vivre dans une société patriarcale impose que les filles aient une tenue irréprochable beaucoup plus que les garçons. «Que l’on veuille ou non, les filles ont beaucoup plus de contraintes que les garçons. Un garçon qui fume dans la rue, c’est normal ! Mais une fille qui arbore une cigarette devant les autres, c’est vraiment la honte ! Mais ceci n’empêche que même les garçons ne peuvent pas tout se permettre ! Je ne peux pas, par exemple, prononcer un mot déplacé devant une personne d’un certain âge. Je ne peux pas non plus me permettre d’avoir des amis qui ont une mauvaise réputation ! Même si je peux côtoyer des garçons plutôt louches, je ne dois pas en faire des amis, parce qu’on va automatiquement me coller une aussi mauvaise étiquette. Ne dit-on pas que ceux qui se ressemblent s’assemblent ! J’ai l’obligation morale de ne pas violer les règles de la société, de pas franchir certaines frontières et surtout de respecter les autres pour qu’ils me respectent à leur tour», dit-il.


Khaoula, 19 ans, pense que ceux qui vivent de manière anarchique soi-disant parce qu’ils croient à la liberté individuelle ne peuvent pas s’attendre à une bonne réputation. «Certes les apparences sont parfois trompeuses, mais on ne peut pas forcer les autres à nous respecter si nos comportements et nos apparences sont douteux! Ceux qui veulent agir à leur guise doivent avoir assez de force pour faire face aux mauvaises langues. Tout ce qui sort de l’ordinaire attire l’attention et l’on ne peut tout de même pas s’attendre à être respecté et à vivre en paix si l’on fait tout pour attirer l’attention ! Une fille qui fait de l’exhibitionnisme avec sa manière de se vêtir sera traitée de fille légère même si elle ne l’est pas réellement. Il faut également que l’on choisisse bien nos amis parce que les autres nous jugent tout le temps d’après les personnes que l’on fréquente. Rappelez-vous l’adage « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es» ! dit-elle.


Anis, 19 ans, dit aussi que chacun est responsable de la réputation qu’on lui colle. «Soyons objectifs, on ne peut pas demander aux autres de nous considérer comme quelqu’un de bien et de nous respecter si on ne se fixe aucune limite ! Il est évident que les autres vont jaser. Nul ne peut obliger les autres à se taire ! Et puis, si l’on est vraiment musulman, on doit savoir que l’islam est la religion de la décence et du respect. Celui qui n’a pas honte de s’exhiber devant les autres et de se montrer arrogant ne va récolter qu’une mauvaise étiquette. Certes, c’est plus compliqué pour les filles mais les garçons à leur tour doivent faire attention à leurs fréquentations et à ce qu’ils font en public», dit-il


Jihed, 19 ans, pense aussi que la réputation est un capital à préserver. «Les autres ne peuvent pas deviner qui nous sommes. Ils nous jugent d’après ce qu’ils voient et c’est ce qui fait l’importance des apparences. Chacun est tenu d’avoir une conduite irréprochable s’il aspire à être respecté par les autres. Cela dit, je pense que nous sommes responsables de l’étiquette qu’on nous colle. Il faut avoir une conduite au-dessus de tout soupçon, bien choisir ses amis et ses fréquentations, respecter les autres et surtout ne pas dépasser les limites de la décence. Le cas échéant, et si on se montre indécent et arrogant, on n’aura que ce qu’on mérite», dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com