Les jeunes au volant : Zéro de conduite pour la majorité





Avec ou sans permis de conduire, le fait d’être au volant semble être le dada d’un grand nombre de jeunes. La majorité des jeunes conducteurs n’hésite pas toutefois à céder aux dépassements et aux excès… Pourquoi? Comment expliquer ce délire ? Que cherchent-ils à prouver justement ?


 


Tunis-Le Quotidien


L’adolescent a le désir et le besoin de brûler les étapes pour gagner le monde des adultes. Il aime faire les choses pratiques et qui ont de l’importance. Il est toujours à la recherche de nouvelles expériences et de sensations fortes. Tel un oisillon qui bat des ailes pour essayer de voler prématurément, il choisirait donc délibérément les plus rudes des situations pour les surmonter. C’est une sorte de victoire qui lui procurerait un plaisir inégalable, celui d’être reconnu en tant qu’« adulte » et mature. L’obstination et le sens du défi sont pour lui presque un besoin. Il cherche à triompher, à se surpasser et refuse de s’incliner devant les obstacles pour prouver qu’il n’est plus le petit enfant dépendant et faible qu’il était.


C’est ce qu’un jeune cherche à prouver, entre autres, lorsqu’il est au volant. Il fait ronronner le moteur de sa voiture, le met à plein régime avant de prendre la vitesse. Il fait des démarrages à l’américaine foudroyants pour attirer le regard des passants. Il choisit les rues et les voies les moins commodes pour mettre à l’épreuve sa maîtrise des cascades. Toutefois, en agissant de la sorte et contrairement à ce qu’il peut croire, un jeune peut être considéré justement comme quelqu’un d’irresponsable parce qu’il met en danger sa vie et la vie de tout ceux qui, par malheur, peuvent être sur le même chemin... Certains disent que la conduite anarchique et à grande vitesse chez les jeunes est le fruit d’une certaine frustration et explique un comportement irresponsable et puéril. D’autres pensent que la conduite à grande vitesse n’est pas donnée seulement à ceux qui… maîtrisent le volant ! Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui croient que cette fureur finit par s’éteindre au fur et à mesure qu’un jeune grandit.


 


Hamza, 18 ans, a le permis de conduire. Il ne nie pas que la majorité des jeunes s’adonnent à tous les excès une fois au volant, mais il dit ne pas agir de la même manière. «Le permis de conduire nous permet de maîtriser un véhicule, d’aller faire des courses et de nous faciliter la vie. Or la majorité des jeunes encore immatures, considèrent la conduite comme un jeu d’enfant. Ils croient qu’en appuyant à fond sur le champignon, ils vont prouver à tous qu’ils maîtrisent la conduite. Pis encore, certains considèrent la conduite comme un défi où seuls ceux qui se surpassent le plus et qui violent le code de la route méritent d’être considérés comme des pros du volant ! Ils ont totalement tort parce qu’à mon avis, une conduite anarchique et la violation du code de la route et les excès de vitesse ne peuvent prouver que l’immaturité du conducteur et son irresponsabilité. Pour ma part, je suis très vigilant sur la route. Je fais en sorte de respecter le code et de ne jamais faire d’excès de vitesse. Je n’ai pas besoin de me surpasser pour prouver que j’ai grandi. C’est au contraire mon sens de la responsabilité qui va prouver que je fais partie du monde des adultes», dit-il.


Saber, 18 ans, a également le permis de conduire. Le jeune homme reconnaît, toutefois, se permettre tous les excès lorsqu’il conduit une voiture. «Dimanche dernier, j’ai failli y laisser la vie ! Mais je ne regrette rien. Et si c’était à refaire, je vais conduire toujours et encore de la même manière. Il faut dire que le fait de brûler un feu, de ne pas m’arrêter à un stop, de rouler à toute vitesse et de dépasser toutes les autres voitures sur la route me grise. Par moment, j’ai l’impression que je suis le maître du monde, que personne ne peut rivaliser avec moi et que je…plane! C’est cette sensation qui me pousse à faire des excès de vitesse et à ne pas respecter le code de la route. Il faut dire, également, que j’adore attirer le regard des autres. Lorsqu’on conduit d’une manière aussi…folle, on ne peut pas passer inaperçu et je sais que j’épate mes pairs. Et puis le fait de frôler la mort d’aussi près, et de m’en sortir en fin de compte, me procure un plaisir immense. Ce que je peux dire, c’est que le fait de conduire à grande vitesse me donne l’impression d’être en course et de remporter un challenge. Lorsque je roule vite et que j’arrive à dépasser les autres véhicules, c’est comme si je marquais un but dans un match de football. Je suis conscient toutefois que conduire ainsi met ma vie en danger, mais cela en vaut la peine !».


Maher, 20 ans, a aussi le permis de conduire. Le jeune homme conduit sagement, ne viole pas le code de la route, ne dépasse les autres voitures que s’il y a une raison valable. «La conduite anarchique reflète un état psychologique très déséquilibré. Et comme on dit, il est beaucoup plus facile de faire du mal que de faire du bien. Si l’on veut prouver qu’on est fort, on doit bien faire les choses. Or, ceux qui roulent vite et qui violent le code croient prouver qu’ils sont les plus forts et qu’ils sortent du lot. D’ailleurs, à mon sens, ce genre de personnes souffrent d’un énorme complexe d’infériorité et c’est en faisant les dingues qu’elles essayent d’attirer l’attention. Ces jeunes n’ont sûrement pas d’autres moyens pour prouver qu’ils ont quelque chose dans le ventre. Ils appuient donc sur le champignon et misent sur les coups de volant, parce qu’ils sont limités d’esprit. En tout cas, moi, je suis conscient des risques d’une telle conduite et je ne roule vite que lorsque la vitesse est permise et que je suis sur l’autoroute. De plus, une telle façon folle de conduire peut mettre ma vie et celle des autres en danger. Et franchement, je ne veux pas me suicider et encore moins tuer un être humain ! De plus, la voiture a une durée de vie déterminée. Si on conduit de manière aussi désastreuse, le véhicule s’usera beaucoup plus vite. Donc, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Si l’on veut frimer, autant adopter un comportement vraiment épatant. Mais la conduite anarchique du genre «m’as-tu-vu» ne me dit rien du tout puisque ça ne peut prouver que mon immaturité», dit-il.


Sami, 19 ans, n’a pas de permis de conduire. Le jeune homme fauche toutefois les clés de la voiture de son père et se paye de temps à autre une petite virée clandestine dans le quartier. «Bien que je n’aie pas de permis de conduire et bien que je conduise clandestinement, je ne dépasse jamais les bornes. Lorsque je conduis, je dois faire preuve de lucidité et de sagesse. Il s’agit de ma vie et celle des autres. Je n’ai aucun droit de mettre en péril ces vies. D’ailleurs, je méprise les gens qui agissent de cette manière et qui font des cascades. Ils doivent être vraiment vides et n’ont pas d’autres moyens de s’affirmer que d’agir de la sorte. Cela relève de la frime et d’un profond complexe qu’il soit de supériorité ou d’infériorité. Moi, en tout cas, je ne peux jamais respecter ceux qui agissent ainsi. La frime ou encore les comportements extrêmes sont une preuve irréfutable de la défaillance de la personnalité et de l’incapacité de l’être de se confirmer sur d’autres plans qui en valent la peine. Toutefois, lorsque je roule assez vite, cela me permet de me débarrasser d’une énergie négative qu’il faut absolument évacuer. Mais je reste raisonnable», dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com