L’écosystème marin menacé : Les changements climatiques sont-t-ils les seuls coupables?





L’on est, aujourd’hui, presque certain que la multiplication des catastrophes naturelles est due au réchauffement climatique, ce qui fait que de plus en plus d’espèces naturelles sont menacées d’extinction. Les spécialistes tunisiens, commentant les scénarios les plus pessimistes, préfèrent parler d’incertitudes. Pourtant, des travaux d’exploration, effectués au large des côtes de Tabarka, ont permis aux experts de découvrir un phénomène de mortalité massive du corail rouge…


 


Tunis-Le Quotidien


Les spécialistes considèrent que toute disparition en masse d’espèces de la faune maritime est un signe de vulnérabilité accrue due aux changements du climat. 


Evoquant le cas du corail, mais aussi des éponges et de certains types de crevettes dont la population tend à diminuer dans nos eaux, deux des spécialistes de l’Institut National des Sciences et des Technologies de la Mer (INSTM) de Salammbô ont estimé que les conclusions restent approximatives. Et ce, en attendant les résultats de l’étude sur l’impact du changement climatique sur l’environnement de la Méditerranée qui est actuellement en cours. Le projet en question implique en fait 65 institutions de recherches de 22 pays de la Méditerranée. Ces études sur l’impact des changements climatiques sur la biodiversité devraient se poursuivre jusqu’en 2010. 


MM. Mejdeddine Kraim et Ali Harzallah, deux experts de l’INSTM, ont été en effet invités, vendredi dernier, à la Cité des Sciences à Tunis pour donner une conférence sur l’impact des changements climatiques sur les écosystèmes marins.


Dans les exposés présentés par nos deux spécialistes, l’accent a été mis sur les effets des changements climatiques sur la diversité de la faune aquatique en Tunisie. Et l’on a conclu que le réchauffement du climat est un facteur qui intervient aujourd’hui de façon directe dans la perturbation du cycle de développement dans les milieux aquatiques. «Le réchauffement du climat est un agent qui fait diminuer le volume des eaux dans les zones humides et par conséquent augmente le niveau de salinité. Il est de ce fait à l'origine de la fragilisation, de la dégradation, du déplacement ou de la disparition de certaines espèces, portant ainsi préjudice à leurs biodiversités faunistique et floristique», indique-t-on dans l’un des exposés.


Parlant de l’impact des changements climatiques sur la vulnérabilité des hydrosystèmes, M. Ali Harzallah a indiqué que les régions les plus exposées sont principalement le Golfe de Gabès incluant les plages de Djerba, le littoral de Sousse et les côtes de Tunis. Concernant les conséquences de ces vulnérabilités, le spécialiste a signalé la disparition des petits crustacés des grottes sous-marines de la Méditerranée observée en 1997. Pour la Tunisie, M. Harzallah a mis l’accent sur l’apparition des maladies causées par des bactéries qui se développent sous l’effet des dérèglements des températures, affectant les fonds spongifères tunisiens devenus fortement dépeuplés. «A Tabarka et au Cap Bon, pendant l’été 2000 on a constaté une mortalité massive au niveau des clonies des gorgones et du corail rouge. Et le phénomène continue depuis 2006 avec un taux de disparition allant jusqu’à 80%», indique le spécialiste.


Dans son exposé, M. Mejdeddine Kraim, responsable des laboratoires aquatiques à l’INSTM, a souligné l’effet des changements climatiques sur la répartition géographique des espèces marines. «Avant, il y avait eu une répartition sélective des espèces aquatiques. Maintenant, on observe une certaine banalisation au niveau du peuplement des espèces». Et d’expliquer : «il y a des espèces de poissons qui n’ont jamais vécu dans nos eaux comme le Sigad qu’on trouve aujourd’hui au Marché Central. On a également remarqué l’apparition de nouvelles variétés de crevettes qui rivalisent avec les crevettes royales, qui tendent, quant à elles, à régresser».


Il s’agit, en quelque sorte, d’un nouvel ordre écologique qui est en train de se mettre en place aux fonds de nos eaux. Et les causes ? Les changements climatiques. Mais est-ce vraiment le climat déboussolé qui est le seul responsable des ravages qui tendent à mettre fin à l’existence de certaines espèces marines dans nos côtes ? Tous ces millions de tonnes de phosphogypse déversées quelque part aux larges des côtes du Sud, sans compter les inimaginables déchets toxiques qui trouvent le chemin de la mer, ne risqueraient-t-ils pas d’empoisonner tout ce qui se meut dans nos eaux? La question aura certainement une réponse…


Hassen GHEDIRI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com