Les jeunes et la tentation : La curiosité, mère de tous les méfaits





Les jeunes éprouvent instinctivement un désir impétueux de connaître des sensations fortes. Cette fureur de vivre peut les jeter dans la gueule du loup. En effet, plusieurs tentations les interpellent. S’ils y succombent, ils peuvent facilement basculer dans la dérive. Certains peuvent résister aux tentations. D’autres ne savent pas se prémunir contre les risques qui en découlent…


Tunis-Le Quotidien


Le processus d’apprentissage est inversé chez les jeunes. Théoriquement, un être humain doit apprendre les choses avant de passer à la réalisation. Et c’est grâce à la pratique et à l’action que les ados gagnent en maturité. Ou du moins, c’est ce qu’ils veulent prouver ! L’adolescent a le désir et le besoin d’assumer des responsabilités concrètes très tôt, une manière, pour lui, de mener sa barque dans le monde des adultes. Durant l’adolescence, filles et garçons ont besoin de se démarquer par rapport aux enfants qu’ils étaient. Pour ce faire, ils essayent de démontrer aux adultes qu’ils ont grandi et qu’ils n’ont plus besoin de tutelle. Selon le raisonnement des adolescents, se faire admettre dans le monde des adultes implique rébellion et désobéissance. Ils choisissent donc les situations les plus malaisées et les objectifs les plus difficiles à atteindre. Tout ce qui est inconnu attise leur curiosité. L’adolescent a besoin, également, de «tutoyer» les tentations qui lui ont été carrément interdites depuis l’enfance. Et étant donné qu’il se considère comme un individu à part entière, il peut donc se «permettre» quelques écarts pour se prouver, à lui et aux autres, qu’il est seul maître de ses actes. Il contrecarre ses parents et transgresse les règles. Son attitude vis-à-vis de l’autorité se manifeste donc par une grande rébellion. Alcool, tabac, drogue, école buissonnière, exhibition, fugue, escapade nocturne, relations louches, tout peut y passer et les risques, on ne le dira jamais assez, sont vraiment grands. Toutefois, ces jeunes qui cherchent à provoquer le regard et l’admiration à travers ces comportements à risque, ne gagnent concrètement qu’un «label», celui d’irresponsables et d’immatures.


Cela dit, nombre de jeunes dépassent cette phase sans avoir commis de grandes erreurs. D’autres, en revanche, deviennent aliénés à ce mode de vie où «tout est permis». En effet, entre une seule erreur commise par imprudence et la déchéance morale, il suffit d’un pas. Si on le franchit, il serait vraiment difficile d’y remédier…


Cyrine, 16 ans, ne nie pas avoir été tentée par les interdits. Mais, lucide, elle arrive à s’abstenir. «Etant donné la nature craintive des filles, surtout si elles ont été couvées et pouponnées, je crois qu’elles réfléchiront mille fois avant de succomber à une tentation. Elles savent que si jamais cela s’ébruite, elles seront «cramées» ! Donc, si on ne fait pas certaines choses supposées interdites, ce n’est pas parce qu’on comprend qu’on n’a pas le droit d’y toucher, mais c’est plutôt parce qu’on a peur des conséquences, on a peur que les parents aient vent de nos actes et on a peur d’être discréditées. Mais, au fond, il est vrai qu’il y a cette curiosité qui nous ronge de l’intérieur pour découvrir pourquoi telle chose est tellement taboue et interdite et pourquoi on n’y a pas droit. Surtout si des adultes, eux, peuvent se permettre de le faire sans trop penser aux conséquences. Cela dit, si je sais qu’un truc est vraiment grave, je ne le ferai jamais. Tant pis si je ne dois pas assouvir ma curiosité. Mais si l’interdiction en question est sans conséquence, je peux tenter le coup. Par exemple, si on m’interdit de faire le tour des magasins avec les copines, je sais que je ne risque rien et je pourrai le faire au moins une fois. Mais je pense que les garçons cèdent plus facilement à la tentation. Ils ont tendance cependant à dramatiser les choses. Il suffit d’un tout petit problème pour qu’ils aient l’impression que c’est une catastrophe. Et ils veulent avoir une solution immédiate. Hélas, il y a toujours quelqu’un pour leur proposer une cigarette pour «décompresser», un verre d’alcool pour s’apaiser ou pis encore une soirée arrosée où il y aura les deux à la fois et bien plus encore pour leur permettre carrément de «planer»… S’ils sont dans un mauvais état psychique, il leur est presque impossible de résister à la tentation. Une fois n’est pas coutume, certes. Mais si cela se reproduit, bonjour les dégâts ! Pourtant, il faut bien qu’ils sachent que ce genre de «solution instantanée» est un réel piège qui ruinera toute leur vie», dit-elle.


Malek, 16 ans, partage le même avis. La jeune fille trouve imprudent et dangereux de s’aventurer sur un terrain glissant. «Les tentations ? Il y en a à profusion ! Mais il faut savoir dire non et s’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. En fait, je crois que ce qui rend certaines choses très tentantes, c’est parce qu’elles restent sous le sceau du tabou. On nous dit que c’est interdit, mais on ne nous explique pas trop pourquoi. Au meilleur des cas, on nous dit que c’est un péché et que Dieu nous punira. Bon, cela est peut-être plausible, mais des péchés, nous en commettons tous à longueur de journée ! Donc la tentation reste de mise et il est même très probable qu’on s’y jette et tant pis si l’on a droit à une punition ! Mais il y a toujours un seuil à ne pas franchir, certaines choses ne sont pas seulement interdites, mais carrément scandaleuses ! Et, franchement, cela ne vaut pas le coup. Je ne suis pas du tout prête à m’aventurer à faire un truc qui aura sûrement des conséquences graves pour moi. Et puis je ne pourrai plus jamais regarder mes parents dans les yeux, tout en ayant la conscience tranquille. Pourquoi en arriver là ? Si je dois découvrir ces interdits plus tard, j’attendrai. Après tout, il n’y a pas le feu et puis j’apprendrai à composer avec ma curiosité, mais pas avec des remords», dit-elle.


Hatem, 17ans, ne touche jamais aux choses interdites. L’alcool, le tabac et ce genre de saletés ne l’ont jamais tenté. «Je pense être chanceux. Je n’ai jamais été tenté par ce genre de trucs parce que je suis conscient de leurs méfaits. Mais je peux toujours enfreindre une règle si je suis sûr que les raisons d’interdiction sont non fondées. Je pense que le premier mobile de cet amour du risque chez les jeunes est la curiosité et le besoin de découvrir. Parce qu’ils ont peur pour nous, les parents nous dressent une liste d’interdits et ce depuis l’enfance. Généralement, un petit enfant comprend que c’est interdit, mais il n’arrive pas à admettre pourquoi ça l’est. Il a besoin de comprendre par lui-même pourquoi cette chose que les adultes font normalement lui est interdite à lui ! Donc, il suffit que les géniteurs aient le dos tourné, pour qu’il passe à l’acte. S’il se brûle, se heurte ou se blesse, il admet qu’il n’est pas encore en mesure de transgresser cette loi. Et cette envie de courir des risques s’endort quelques temps pour ressurgir plus tard et de manière plus violente. Le jeune garçon voit sa barbe et ses moustaches pousser, il remarque que sa voix est devenue rauque… le voilà finalement comme papa ! Et puisque ce papa en question peut conduire une voiture, fumer, rentrer tard… il va pouvoir agir de la même manière. Il a envie de prouver qu’il a grandi et c’est un appel implicite aux parents pour qu’ils le reconnaissent et lui donnent une marge plus grande de liberté. Il passe à l’acte et se permet toutes les folies. Sauf que le risque est encore là. Il ne suffit pas de grandir pour le faire, on doit connaître d’abord le pour et le contre et cerner les risques qui en découlent», explique-t-il.


Maroua, 16 ans, ne touche pas aux interdits. Peureuse et sage, la jeune fille ne transgressera pas les règles. «Je pars d’une vérité évidente : personne ne m’aime autant que mes parents. Donc s’ils me disent que telle chose est mal, je dois les croire sur parole parce que je leur fais confiance. Et je sais qu’ils ne me priveront de rien. Je suis donc à la lettre leurs instructions. Peut-être qu’un jour je serai en mesure de «filtrer» moi-même. Mais, pour le moment, je ne suis même pas tentée ou curieuse de découvrir ces…interdits», dit-elle.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com