Les jeunes et le partage des tâches en couple : «Si Sayyed»… mort et enterré !





Si l’amour est un sentiment merveilleux, la vie en couple n’est pas toujours une sinécure ! Toutefois, si chacun y met du sien, le couple a une forte chance de réussir. Homme et femme doivent s’aimer, se respecter et s’entraider. Ils doivent aussi répartir équitablement les tâches entre eux. Pour ce faire, l’homme est censé se dévêtir de sa «robe phallocrate». Les jeunes envisagent-ils justement le partage équitable des tâches au sein du couple ?


 


Tunis-Le Quotidien 


En moins d’un demi-siècle, les hommes et les femmes ont considérablement changé. Ces deux créatures tendent maintenant à se ressembler en gommant les spécificités. Fini le temps où les filles étaient considérées comme une espèce secondaire. A présent, les droits de la femme sont égaux à ceux de l’homme…Mais cette présumée égalité ne peut pas éradiquer les résidus machistes. En effet, dans une société patriarcale comme la nôtre où la prééminence des hommes est un héritage transmis de père en fils et de génération en génération, il est difficile pour un homme d’accepter qu’une créature de «second rang» puisse rivaliser avec lui … Il a toujours adopté une attitude dominatrice à l’égard de la femme. Autoritaire et phallocrate, il refuse catégoriquement de rendre des comptes à sa partenaire. Il juge indiscret et interdit que sa conjointe s’avise de lui poser des questions. D’ailleurs, celui qui fait part de ses projets à sa partenaire et qui la considère comme une véritable associée est aussitôt jugé indigne et manquant de virilité par ses pairs ! Le fait que l’homme soit l’unique maître dans le couple est pourtant une histoire révolue. A présent, la femme n’occupe plus la seconde position. Elle est de plus en plus considérée comme partenaire à part entière. Faisant partie de la vie active, la femme travaille et subvient aussi bien que l’homme aux besoins de sa famille. Chez les jeunes, l’égalité entre les deux sexes est une vérité qui se confirme de jour en jour. Progressistes, les jeunes savent que la réussite d’un couple est tributaire de l’égalité, de l’équilibre et de l’équivalence. Ce constat est d’autant plus vrai s’agissant de couple dont le statut est encore officieux. Toutefois, dans les subconscients masculins, il est difficile de renoncer à une suprématie qui a tant duré. Nombre de jeunes pensent que les différences et les traitements de faveur n’ont plus lieu d’être. D’autres acceptent de laisser la fille «porter le pantalon» tant qu’il n’y a pas de témoins, mais une fois en public, c’est à lui de reprendre le commandement… D’autres encore, même s’ils renoncent de plein gré à leur autonomie financière et qu’ils sont prêts pour le partage des frais, ne peuvent pas laisser leur conjointe prendre le contrôle…


 


Sana, 17 ans, est pour le partage des tâches. Toutefois, la jeune fille n’acceptera de prendre certaines responsabilités, censées revenir aux mâles, que si son partenaire ne se dérobe pas des tâches normalement…féminines. «Je pense que les mentalités machistes et sexistes n’ont plus lieu d’être aujourd’hui. La femme étudie, va jusqu’au bout de son cursus et trouve un job. Autrefois, les femmes souffraient en silence et se sentaient écartées. Aucune n’osait ouvrir la bouche même si elle subissait le pire des sévices par une gent masculine qui a très mal interprété le rôle de tuteur. Imbus de leurs personnes, les hommes considéraient leurs épouses comme des esclaves parce qu’ils détenaient seuls le pouvoir financier. C’est fini maintenant, les femmes travaillent, contribuent financièrement et subviennent aussi bien que l’homme aux besoins de la famille !. Certaines sont mêmes les seules à assumer ce rôle. S’il y a donc changement dans le statut financier féminin, il faut bien que le reste suive. Il est inconcevable que l’homme accepte que sa conjointe partage avec lui les frais tout en continuant à la dégrader et à la piétiner. Le partage implique compréhension, équité et justice. Certains hommes poussent leur partenaire à travailler, accaparent leur salaire et continuent à jouer aux big boss. Cela relève de la tyrannie ! Dans ce cas, on ne parle plus de couple, mais d’un maître et de son esclave ! Une relation de couple est une union sacrée et il doit y avoir du respect mutuel, une entente et un partage juste de toutes les tâches, sinon la femme finira par craquer et la relation sera un échec tôt ou tard. Je crois, d’ailleurs, que l’homme n’a plus vraiment le choix. La vie coûte vraiment cher. Et à moins qu’il ne soit né avec une cuillère en or dans la bouche, l’homme est incapable d’assumer seul les frais d’une famille. La femme a accepté de bon gré de sortir travailler et de lui venir en aide, alors il doit également accepter de bon gré de la respecter et lui accorder le rôle qu’elle mérite d’avoir : celui d’une partenaire avec qui on partage tout», dit-elle.


Aymen, 20 ans, pense que la conjoncture actuelle exige que la femme travaille et vienne en aide à son partenaire. «Pour être franc, je préfère que ma future femme ne travaille pas et que ce soit moi qui assume seul tous les frais de ma famille. Je ne dis pas cela parce que je regarde la femme de travers, au contraire ! C’est que je pense que Dieu a légué aux hommes cette responsabilité et la femme doit rester chez elle, à l’abri de toutes les agressions extérieures pour pouvoir bien élever ses enfants. Hélas,


l’homme seul ne s’en sortira pas de nos jours. La vie coûte vraiment cher et il faut que les deux partenaires s’entraident et bâtissent ensemble leur vie de couple. Et je pense que le travail de la femme est un sacrifice parce qu’elle est censée rester sous l’aile de son mari pour qu’il subvienne à tous ses besoins. Mais que faire s’il n’y a pas d’autres solutions ? Je dois laisser la femme m’aider financièrement. En contrepartie, j’accepte volontiers de lui faciliter la tâche à la maison et je ne prendrai jamais de décision avant d’en avoir discuté avec elle. N’est-ce pas ma partenaire pour le meilleur comme pour le pire ! Mais si quelqu’un doit mener la barque, c’est bien moi ! Mais ceci reste officieux parce que je ne déciderai de rien tant qu’elle n’est pas d’accord. Sauf qu’en public, je dois bien montrer que je contrôle la situation», dit-il.


Fahd, 17 ans, n’épousera pas une «housewife». Le jeune homme pense que de nos jours, un homme seul n’arrivera pas à s’en sortir. «Le mariage coûte une fortune et cela ne s’arrête pas là. Plus la famille grandit, plus les frais deviennent énormes et il est impossible que je m’en sorte seul. Il faut donc que ma future épouse travaille. Cela dit, si je vais me permettre de lui laisser certaines responsabilités censées être miennes, je suis prêt à renoncer à mon statut de chef suprême et de lui laisser une certaine marge de liberté. Elle peut donner son avis sur les décisions à prendre et il est probable, également, que j’aide de temps à autre dans les tâches ménagères. A condition que cela ne s’ébruite pas !», dit-il avec le sourire.


Haykel, 19 ans, compte également épouser une femme qui travaille. «Soyons réalistes, les femmes n’ont pas besoin d’un tuteur ! Elles se débrouillent peut-être mieux que les hommes ! Il est évident que j’aurai besoin de l’aide financière de ma future épouse ! D’ailleurs les femmes au foyer ne peuvent plus espérer de prétendants de nos jours. La vie est trop chère. Je ne la laisserai pas m’aider à contrecœur, elle doit m’aider si on veut vivre ensemble. En contrepartie, je dois également faire mes adieux à mon machisme. Seul celui qui a l’argent détient le pouvoir. Et si elle partage le pouvoir financier, je dois me résigner à la laisser jouer au «chef». Ou du moins la laisser croire qu’elle partage mon rôle de chef», dit-il en souriant.

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com