La violence dans les stades : Non à la banalisation !





La violence dans les stades. Voilà un sujet qui n’a laissé personne indifférent, ces dernières semaines, et qui a poussé toutes les parties prenantes de notre football à chercher le remède, la panacée même si les spécialistes dans le domaine de la violence estiment que ce phénomène dépasse le cadre du football et touche le volet social et psychologique.



«Dar Al Anwar», pour sa part, a cherché vendredi dernier à apporter sa pierre à l’édifice, à contribuer à la recherche des moyens susceptibles de mettre fin, sinon de limiter au maximum, ce phénomène dangereux qui ruine notre sport. Non à la banalisation de la violence. Un thème qui a constitué sans nul doute, le leitmotiv de la réunion qui a regroupé deux sociologues, Mehdi Mabrouk et Mohamed Douili, le représentant du ministère des Sports, M. Mohamed Zribi, deux animateurs télé, deux représentants des supporters de l’EST et du CA, un entraîneur, Rjeb Essayeh et bien sûr les représentants de la presse, des journaux de «Dar Al Anwar», «Echourouk» et «Le Quotidien» et de la radio privée «Mosaïque», sans oublier la présence du SG du CA, Zinelabidine Oueslati et du membre fédéral Omar Farouk Gharbi. Les débats étaient passionnés et intéressants à plus d’un titre.


Un fait est certain, la victoire ne constitue pas un phénomène nouveau en football. En Tunisie, il suffit de rappeler les événements de 1961 qui ont précipité la dissolution de l’ESS et de 1971 celle de l’EST.


En Europe, la catastrophe du Heysel de Bruxelles, le soir de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, Juventus-Liverpool en 1985 est encore vivace dans les esprits. Alors est-ce que le football provoque la violence ou c’est la société moderne qui devient violente pour plusieurs raisons ?


D’ailleurs, la violence physique et verbale touche aujourd’hui la famille, l’école, la rue, le travail et c’est le plus naturellement du monde qu’elle touche les stades. Ces lieux où les enjeux deviennent de plus en plus importants, où se retrouvent des milliers de gens venus se défouler, oublier le stress, dégager leur énergie etc…


Aux grands maux, les grands remèdes


Le spectateur d’aujourd’hui s’est transformé en véritable acteur. Chez nous, la violence s’est développée ces derniers temps, car il y a aussi une interférence des rôles. Les limites entre les responsabilités ne sont plus respectées. Les joueurs se mettent à juger l’arbitre et leurs entraîneurs, les présidents des clubs défendent leurs protégés exclus pour agressions, les reporters sportifs donnent la parole aux joueurs exclus ou fautifs etc… Il est donc grand temps de mettre fin à cette situation.


Devant pareille situation, les intervenants étaient unanimes à reconnaître qu’il n’y a plus de temps à perdre. Des mesures draconiennes sont nécessaires pour mettre fin à ce fléau. Des solutions adéquates doivent être trouvées et au plus vite pour sauver notre sport.


Changer les lois qui régissent notre football pour dissuader les fauteurs de troubles, les priver d’accès au stade constituerait une bonne solution comme c’est déjà l’usage dans certains pays d’Europe.


Mettre fin à la rage de paraître de certains présidents de clubs qui sont souvent à l’origine des dépassements quand ils font des déclarations tapageuses. Les interdire de banc serait une bonne solution.


Enfin, il appartient aux clubs d’accorder plus d’attention et de moyens pour que les comités de supporters accomplissent leur mission d’encadrement dans de bonnes conditions et d’une manière efficace. Autant de propositions qui contribueraient à l’assainissement de l’ambiance dans nos stades.


Jamel BELHASSEN


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Et pourtant, les solutions sont à portée de main !


 


Cette table ronde, organisée pour débattre du fléau de la violence dans les stades, a été l’occasion propice pour soulever plusieurs problèmes et thèmes souvent ignorés par les institutions chargées de gérer le football et ses aléas.


La présence très diversifiée d’invités et de compétences à cette occasion a permis de toucher à tout ce qui se rapporte à la violence, aussi bien sur les gradins que dans la rue ou devant un écran de télévision. Nous avons eu à entendre l’intervention de deux éminents sociologues qui n’ont pas été avares en explications, analyses ou conclusions…


Un environnement favorable


Pour M. Mohamed Jellali, sociologue, le phénomène n’est pas nouveau et ne concerne pas uniquement le football. Il s’agit d’un fléau qui s’est propagé à travers le monde et même dans les pays hautement développés: «Il y a des explications à cette violence. L’enjeu est devenu plus important avec des intérêts énormes à s’assurer. Il s’agit d’un gâteau à partager et on fait tout pour avoir une grosse part. De même, on constate ces derniers temps le développement chez les jeunes et les moins jeunes aussi de la rage de paraître à travers le sport ou les émissions de la téléréalité qui dévoilent des secrets autrefois inaccessibles. Du coup, un nouveau supporterisme est né où on cherche à s’afficher et à paraître. Lors des incidents d’El Fahs, on a même aperçu un jeune en train de briser la guérite sous les objectifs des caméras. Il était conscient d’être filmé et ça lui donnait une envie particulière de s’illustrer de cette façon. C’est dire que cette violence n’est pas nécessairement liée à l'importance de l’enjeu et qu’elle peut être associée à l’envie de défoulement et de rétablissement de l’ordre de… l’honneur».


Pour sa part, M. Mehdi Mabrouk, sociologue, a axé sur l’environnement du supporter et les conditions dans lesquelles il se trouve en regardant le match. Peut-on dès lors agir sur le supporter de manière positive pour l’éloigner des tentations des actes de violence ? M. Jellali y croit beaucoup: «Nous devons effectuer des études  scientifiques profondes sur le phénomène de la violence dans le sport. Il y a également ce qu’on appelle le fan coaching qui vise à encadrer le supporter, à le diriger et surtout à lui enseigner les bonnes manières d’encourager son équipe sans toucher aux autres. Cette option peut réussir et nous valoir beaucoup de satisfactions à condition que les comités des supporters, les stadiers et autres personnes concernées s’y mettent pour faire réussir une telle orientation. De même, l’existence d’associations sportives ou civiles anti-violence peut contribuer à faire régner une mentalité positive opposée totalement à la violence».


Des choses à revoir


Loin des analyses et constations socio-mentales, M. Mohamed Zribi, Directeur Général des Sports au ministère de la Jeunesse, du Sport et de l’Education physique, venu représenter la tutelle, a tenu à parler d’autres données susceptibles d’atténuer le fléau de la violence: «Je commence par les dirigeants qui, malheureusement, ne sont pas encore conscients des effets de leurs actes condamnables. Ils ont une grande responsabilité à assumer et pas uniquement un rang d’honneur à tenir. Lors des matches de football, ils ont leur place dans une tribune d’honneur et pas sur un banc de remplaçants réservé à ceux qui encadrent quotidiennement l’équipe. Ils doivent tous faire attention et être conscients des dépassements et écarts de conduite. Sur le plan juridique, plusieurs lois et règlements doivent être revisés en tenant compte du danger que présente la recrudescence de la violence. Nous œuvrerons à changer certaines réglementations en ordonnant la tenue d’une Assemblée Générale extraordinaire car ce qui s’est passé cette saison incite à ne plus regarder sans brancher. De même, les médias et les institutions scolaires ont un rôle très important à jouer dans le cadre de la sensibilisation et de l’éducation. La télévision, à titre d’exemple, pourrait être un instrument précieux pour encadrer les supporters et leur permettre de prendre conscience des dangers de la violence. Je vais même plus loin en appelant les imams à en parler et à mettre les gens en garde pour s’opposer à cette violence».


Un problème de communication


Prenant la parole, M. Omar Farouk Gharbi, membre du Bureau Fédéral de la FTF, a insisté sur le fait de développer la communication entre dirigeants et supporters: «Dans beaucoup de situations, le public agit sans avoir en tête certaines réalités. Les dirigeants doivent avoir le courage à faire comprendre aux supporters les réelles ambitions de leur équipe en tenant compte des moyens à sa disposition. Une fois convaincus, ils seront prêts à accepter de meilleure façon une défaite ou une déception. C’est un problème de communication qui leurre les supporters et cause leur colère. Il faut absolument leur parler et ils ne manqueront pas de percevoir le message et d’agir en conséquence».


M. Gharbi a également laissé entendre que la FTF proposera bientôt aux clubs la tenue d’une A.G extraordinaire qui discutera des règlements et lois à changer, surtout ceux qui traitent des actes de violence.


Les deux représentants des comités de supporters du Club Africain (Mohamed «Zidane») et de l’Espérance de Tunis (Khaled «Hallek») ont évoqué les difficultés rencontrées pour encadrer au mieux des supporters de plus en plus enflammés et qui, de par leurs relations et influences, deviennent plus… forts que les dirigeants ou même présidents des clubs.


Pour sa part, M. Rejeb Sayeh qui représentait les entraîneurs à cette occasion, a beaucoup insisté sur le changement de comportement des entraîneurs au bord de la touche et les déclarations à chaud, rappelant la nécessité d’établissement d’un module sur les relations entraîneurs-médias pour éviter de tels écarts.


Ah, ces présidents sur le banc !


Les représentants des médias présents parmi les invités ont été aussi… bavards. Raja Saâdani et Mondher Jebeniani (ERTT) ont évoqué d’autres causes de la violence dans les stades dont la présence des présidents des clubs sur le banc des remplaçants ou les consignes données par les entraîneurs qui appellent leurs joueurs à faire preuve de plus d’agressivité et d’engagement physique, engendrant bien entendu des décisions arbitrales contestées et la colère des supporters sur les gradins. Notre collègue Abdessalem Dhifallah (Radio Mosaïque) a appelé à reviser les méthodes de répression et a incité les dirigeants à mieux connaître les règlements et les lois du jeu pour éviter des gestes gratuits et énervants devant les supporters. Il a recommandé une souhaitable auto-critique au sein des médias de façon à combattre le fléau de la violence de manière plus évidente.


Propositions de solutions


Appelés à proposer des solutions pratiques pour l’éradication du phénomène de la violence dans les stades, les invités de cette table ronde ont beaucoup axé sur les options suivantes:


* Faire preuve, de la part des institutions fédérales et sportives d’une plus grande équité entre les clubs.


* Eviter les déclarations provoquantes et souvent trompeuses allant jusqu’à les… censurer.


* Développer davantage la compétence des arbitres et leur fournir plus de moyens matériels pour faire preuve d’impartialité et d’honnêteté.


* Réviser des lois et règlements ayant trait aux sanctions en cas de violence et leur procurer plus de rigueur et de sévérité.


* Ne plus permettre aux fauteurs de troubles et aux supporters ayant des antécédents dans le domaine de la violence d’entrer dans les stades et lieux de compétition, d’autant plus que les moyens technologiques permettent de les identifier et que cette mesure est appliquée dans plusieurs pays développés en Europe, notamment la Grande Bretagne.


Kamel ZAÏEM


 


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Hommage à nos invités


Ils ont honoré notre invitation et sont venus enrichir ce débat sur la violence dans les stades. Un sujet épineux et qui nécessite beaucoup de savoir-faire et d’audace pour débattre d’un sujet qui hante les esprits des puristes, des amoureux du beau spectacle.


Eux, ce sont Raja Saâdani, Mohamed Zribi, Omar Farouk Gharbi, Maître Zinelabidine Oueslati, Rejeb Essayeh, Mehdi Mabrouk et Mohamed Jouili, ainsi que Khaled (le coiffeur de l’EST) et Lotfi Zidane sans oublier nos collègues Mondher Jebeniani qui a animé et dirigé le débat et Abdessalem Dhifallah toujours aussi badin.


Raja Saâdani(Animatrice de 3e mi-temps)


On ne présente plus Raja désormais habituée de Dar Anouar, elle a encore une fois honoré l’invitation et s’est montrée comme à son habitude très à la page à propos d’un problème qu’on croyait l’exclusivité des... hommes.


Mohamed Zribi (Directeur général du sport)


On ne peut évoquer le problème de la violence dans les stades sans avoir recours à l’autorité de tutelle, en l’occurrence le ministère de la Jeunesse.


C’est donc M. Mohamed Zribi en personne, le directeur général  du sport, qui a répondu présent. Malgré ses multiples engagements, il a donné au débat des dimensions telles que c’était vraiment la cerise sur le gâteau et qu’on ne peut que lui rendre un vibrant hommage.


Omar Farouk Gharbi (Membre fédéral)


Magistrat de métier mais sportif jusqu’au bout des ongles, M. Farouk Gharbi allie rigueur et souplesse et, par conséquent, il jouit de l’estime de tout le monde grâce surtout à son impartialité et ses prises de position très claires. M. Gharbi n’a pas beaucoup parlé mais a beaucoup convaincu.


Zinelabidine Oueslati (S.G. du C.A.)


Peut-on présenter Maître Oueslati qui constitue la cheville ouvrière du C.A. et l’homme qui fait l’unanimité au sein de la grande famille clubiste.


Maître Oueslati a été d’un apport certain au cours du débat et à ce propos on peut lui garantir que la «prochaine» sera meilleure sur le plan organisation.


Rejeb Essayeh (Entraîneur de football)


A l’image de la brave Raja, Rejeb Essayeh est l’ami de «Dar Anouar»; cet entraîneur qui a roulé sa bosse un peu partout n’a pas hésité à mettre en cause l’attitude peu orthodoxe du banc des remplaçants, vecteur  principal de la violence selon lui, bref Rejeb a joué direct cette fois-ci.


Mehdi Mabrouk et Mohamed Jouili (Professeurs en sociologie)


Peut-on évoquer la violence sans avoir recours à d’éminents professeurs en sociologie. Ce fut donc le cas et nos deux éminents professeurs n’ont pas hésité à éclairer notre lanterne à propos de ce sujet qui ne date pas d’hier... bravo donc M. Mabrouk et M. Jouili.


Finalement, on ne peut ne pas rendre hommage aux représentants des supporters Khaled (EST) et Lotfi (CA) aussi célèbres que leurs clubs et qui ont condamné ce fléau.


Pour clore, chapeau bas à notre collègue Cheikh Mondher Jebeniani qui a dirigé les débats de main de maître et bien sûr Abdou le badin.


M.A.F.


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Bilan : Vingt-six sanctions et onze huis clos


 


Le public, les dirigeants, les entraîneurs et les joueurs... personne désormais ne veut perdre, par tous les moyens et peu importe la manière; l’essentiel, c’est la victoire. Et si elle n’arrive pas, c’est  la réaction violente, dure, antisportive, la colère, les protestations, la casse, et ce, peu importe les conséquences qui s’ensuivent.


Les règlements étant clairs et intransigeants à l’envers des fautifs  (gestes violents, obscènes, coups, agressions les sanctions, les  amendes et bien sûr les fermetures de terrains n’ont pas manqué de pleuvoir sur les fautifs et ce sont surtout, comportements dangereux et brutaux des supporters des clubs qui ont été les plus signalés par les arbitres et délégués de matches.


Les jets de bouteilles et de projectiles se comptent par dizaines et les clubs victimes de la colère de leurs publics et les récidivistes aussi voient leur nombre augmenter au fil des journées.


Voici à titre de rappel, les rencontres où il y a eu du grabuge. Propos grossiers, jets de divers projectiles et flammes, etc.


J.S: 12/08/2007 (contre C.A)


EST: 12/08/2007 (contre O.B)


O.B: 12/08/2007 (contre EST)


S.G: 26/08/2007 (contre CAB)


J.S: 2/09/2007 (contre ASM)


CAB: 15/09/2007 (contre C.A)


C.A: 21/10/2007 (contre CSS)


CSS: 21/10/2007 (contre C.A)


USM: 28/10/2007 (contre CSHL)


CSHL: 28/10/2007 (contre USM)


S.G: 11/11/2007 (contre S.T)


C.A: 15/11/2007 (contre ESS)


ESS: 15/11/2007 (contre C.A)


ASM: 2/12/2007 (contre C.A)


EST: 8/12/2007 (contre CSHL)


CSS: 9/12/2007 (contre J.S)


CSS: 29/12/2007 (contre EST)


ESZ: 2/03/2008 (contre J.S)


EST: 2/03/2008 (contre S.T)


ESS: 5/03/2008 (contre S.G)


EST: 9/03/2008 (contre ESS)


ESS: 9/03/2008 (contre EST)


S.G: 12/03/2008 (contre EST)


C.A: 12/03/2008 (contre USM)


EST: 16/04/2008 (contre ASM)


EST: 1/05/2008 (contre C.A)


Cela dit, les sanctions multipliées et aggravées à l’encontre des récidivistes ont contribué à élever encore le nombre des matches à huis clos qui n’ont pas été sans laisser de traces sur les recettes et le budget des clubs sanctionnés.


Les huis clos décrétés jusqu’ici l’ont été lors de:


CAB - EGSG (5e journée)


CAB - USM (7e journée)


CAB - O.B (9e journée)


CSS - O.B (18e journée)


ESS - CSS (19e journée)


EST - EGSG (20e journée)


S.G - J.S (21e journée)


EST - USM (22e journée)


EST - CSHL (25e journée)


En plus des deux matches de la coupe de Tunisie (C.A. - EST et S.G. - EMM).


A.D.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com