Un dérapage dangereux…





Plongé dans une crise politique sans précédent depuis quelque temps, le Liban a glissé un peu plus, hier, dans les tourments de l’incertitude. La grève d’une journée, observée à l’appel de la principale centrale syndicale pour exiger une revalorisation des salaires, a mis à nu, encore une fois, les profondes divisions qui minent le pays et menacent sa stabilité. Ce qui était censé, au départ, être un simple dérapage visant à renforcer le pouvoir d’achat a tourné, en effet, à la confrontation.


Les heurts violents qui ont opposé à Beyrouth les partisans du parti du Courant du Futur, présidé par le leader antisyrien, le sunnite Saâd Hariri, et ceux des mouvements chiîtes, Hezbollah et Amal, ont remis au goût du jour la querelle politique tenace qui paralyse le pays et ses institutions depuis un bon bout de temps.  Une querelle politique qui prend en fait des allures pathétiques sur fond d’un règlement de compte qui ne prédit rien de bon.


En effet, profitant de cette grève, le Hezbollah a lancé, hier, une campagne de désobéissance contre le gouvernement libanais qui l’avait accusé la veille de porter atteinte à la souveraineté nationale, lui reprochant de gérer son propre réseau de télécommunications et d’avoir installé des caméras de surveillance à l’aéroport de Beyrouth. L’opposition a d’ailleurs fait savoir qu’elle avait l’intention d’étendre cette révolte dans les prochains jours et  de continuer à bloquer les routes, tant que le gouvernement ne serait pas revenu sur les mesures prises à l’encontre du Hezbollah.


Tout laisse à croire que le pays du Cèdre s’apprête à connaître une recrudescence de la tension avec à la clef une exacerbation des rivalités entre les principaux protagonistes de cette crise qui risque d’ailleurs de dégénérer à tout moment. Ce scénario catastrophe est d’autant plus envisageable que les parties en litige campent farouchement sur leurs positions et refusent crânement de lâcher du lest. La situation d’impasse qui prévaut est, en tout cas, annonciatrice de perspectives bien moroses dans un pays, devenu par la force des choses, un enjeu géostratégique majeur, un théâtre où s’exercent les influences de tout acabit et l’arène de confrontations d’intérêts diamétralement opposés. Et c’est là que le bât blesse et où réside le drame du peuple libanais. Un peuple à la croisée des chemins qui cherche aujourd’hui à renouer désespérément avec la paix et la stabilité. Un peuple qui a déjà souffert le martyr et payé chèrement le lourd tribut d’une guerre civile particulièrement sanglante et dévastatrice dont le pays garde encore de profondes séquelles.


Sans président depuis l’expiration du mandat d’Emile Lahoud en novembre, le Liban et les Libanais se passeront certainement d’une nouvelle guerre fratricide aux conséquences très incertaines. Raison pour laquelle les dirigeants libanais, toutes mouvances politiques confondues, ont le devoir moral et historique de donner une chance à la paix et de transcender leurs divergences sur la base d’un dialogue constructif.


Un dialogue qui constitue la seule voix passante pour éviter le pire et chasser le spectre d’une guerre civile où tout le monde sera perdant …


Chokri Baccouche




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com