Les jeunes et le sens de la responsabilité : Tout est question d’éducation…





Nombre de jeunes savent appréhender habilement les difficultés de la vie.


Ils se tirent toujours d’affaire avec une grande bravoure. D’autres, en revanche, paniquent très vite. Ils semblent manquer de ressources.


Les jeunes sont-ils justement responsables et débrouillards?


 


Tunis-Le Quotidien


Tous les parents se trouvent souvent face à un dilemme : comment bien élever ses enfants ? Or, en matière d’éducation, il n’existe pas de recette miracle adaptable à tous les enfants. En effet, chaque petit est unique et l’éducation est loin d’être une science exacte. A priori, une bonne éducation doit être basée à la fois sur la liberté et la discipline, les droits et les devoirs, ainsi que  les récompenses et les châtiments. Si l’enfance ne rimait qu’avec ordres et répression, l’enfant aura une condition psychique fragile. Même en grandissant, il se laissera ballotter par la vie et sera généralement victime des tentations. N’empêche qu’une éducation trop libérale aura également des répercussions néfastes sur son mécanisme psychique. Il ne saura pas se poser de limites. Ses pulsions, laissées à l’état brut, peuvent le diriger dans une mauvaise voie. Nous avons donc besoin aussi bien de liberté que de discipline et aussi bien de droits que de responsabilités… Subséquemment, avant qu’un parent ne cherche la méthode «idéale» pour éduquer ses enfants, il faudrait d’abord qu’il sache ce qu’il désire que son enfant soit ? L’éducation est un moyen pour atteindre un objectif précis. Si nous souhaitons que nos enfants soient en bonne santé physique et morale, qu’ils soient heureux, forts, intelligents, autonomes et responsables, nous devons leur préparer le terrain adéquat pour y arriver ! En fait, l’attitude que nous adoptons vis-à-vis de notre enfant dépend entièrement des intentions que nous avons à son égard. Certes, la majorité des parents souhaitent avoir un enfant modèle… Un but louable. Mais à force de s’acharner à protéger cet enfant, à le rendre sage et à le soumettre aux exigences des parents, de la société et de la religion, on risque d’étouffer son ego. Il deviendra très probablement sage, mais il risque aussi d’être quelconque et fragile surtout si on a appliqué une discipline trop stricte pour l’éduquer. Il est indispensable de fixer un niveau moral élevé à l’enfant, mais cela doit se faire tout en préservant le développement de sa personnalité dans son intégrité. Or, bon nombre de parents couvent leurs enfants et les comblent d’amour et d’attention. Croyant bien faire, les géniteurs ne peuvent pas s’empêcher de garder une mainmise sur leurs petits et continuent à les prendre entièrement en charge. Ils craignent qu’un fâcheux incident ne leur arrive. Cette overdose d’attention peut accabler ces enfants. Pourtant, tout en grandissant, ceux-ci ont besoin de prendre des initiatives et de compter sur eux-mêmes et sur leurs propres ressources pour assurer certaines tâches. Cela leur permet d’évoluer, d’aller de l’avant et de gagner confiance en soi. Même si certains adolescents essayent de s’affranchir de cette tutelle, nombre de parents continuent à exercer leur emprise sur eux et à les garder sous leur aile. Cela empêche, hélas, le développement naturel de l’adolescent, le bloque et le rend dépourvu d’intérêts. Un jeune qui a été trop «couvé» ne saura pas s’assumer et trouvera du mal à affronter les difficultés de la vie. Certes, on ne laissera pas un jeune agir à sa guise. Mais nous devons le pousser à penser, à s’exprimer, à prendre des responsabilités, et à agir en solo.


 


Mohamed Achref, 19 ans, pense que la responsabilité est justement une question d’éducation. Le jeune homme trouve que le premier devoir de l’encadrement familial est justement celui de fournir à l’enfant les armes qu’il faut pour qu’il développe ses ressources personnelles et pour qu’il sache faire face à la vie avec courage et bravoure. «Comment peut-on espérer qu’un enfant devienne responsable et débrouillard si on continue à le conduire à l’école et le ramener à la maison comme s’il était infirme ! Comment une mère peut-elle souhaiter voir son fils assumer ses responsabilités de père de famille plus tard si elle continue à lui lacer ses chaussures même à dix ou quinze ans ?! Comment un jeune saura-t-il réussir une bonne carrière professionnelle s’il n’a jamais eu le droit de nouer des relations amicales et sociales en dehors de « l’espionnage » parental ? Je comprends tout à fait que les parents veuillent protéger leurs enfants à tout prix contre les fréquentations intempérantes et les aléas de la vie fatals pour certains. Mais ils doivent également comprendre que trop de précautions nuisent! Il faut qu’un enfant apprenne à compter sur lui-même. On peut commencer par l’initier à prendre en charge de petites tâches et plus il se montrera à la hauteur, plus il aura droit à une plus grande marge de liberté. C’est le seul moyen pour qu’il devienne mûr et responsable. Dieu merci, je suis vraiment débrouillard et c’est bien sûr grâce à mes parents qui m’ont toujours poussé à aller de l’avant et à compter sur moi-même», dit-il.


Hamza, 21 ans, pense qu’on ne doit laisser un enfant assumer des responsabilités qu’une fois qu’il ait fait preuve d’une certaine maturité. «Certes, je ne vais pas dire que je suis contre le fait de rompre le cordon ombilical ! Mais il est impensable, par exemple, d’opter pour une éducation totalement libérale ! Un enfant a besoin de se sentir aimé, protégé, voire même couvé jusqu’à au moins l’âge de sept ans. La petite enfance est basée essentiellement sur l’amour et la protection. On ne peut pas confier une charge à un petit enfant que ni son physique ni son esprit ne peuvent admettre ! Il faut d’abord qu’un enfant soit choyé, aimé, protégé, en totale sécurité jusqu’à ce qu’il atteigne une certaine capacité psychique et physique d’assumer une responsabilité quelconque. Cette attention et cet amour sont nécessaires pour son développement et il sera en mesure de comprendre, par la force des choses, qu’on ne le laissera pas, par exemple, toucher le couteau parce qu’on a peur qu’il se blesse. En revanche, on peut le laisser mettre les cuillères sur la table, ou porter le panier de pain. Plus il grandira, plus ses responsabilités peuvent évoluer. Je pense que c’est plus prudent ainsi. On lui laissera une certaine liberté, mais il faut qu’il fasse ses preuves et qu’il la mérite. De ma part, je pense être quelqu’un de responsable. Et, justement, même si j’étais cajolé à mon enfance, mes parents m’ont initié petit à petit à devenir responsable sans que cela ne crée une rupture brutale dans mon esprit», dit-il.


Maroua, 18 ans, assume rarement des responsabilités. Elle ne se sent d’ailleurs pas prête à assumer de rudes tâches. «Je crois que l’éducation d’une fille diffère de celle d’un garçon. On doit certes pousser un garçon à aller de l’avant et assumer des responsabilités parce que c’est à lui que reviennent les tâches les plus difficiles. En ce qui concerne la fille, il suffit qu’elle apprenne à faire ses devoirs, toute seule, à aller et rentrer de l’école, à faire quelques courses, à assurer quelques tâches ménagères et à préparer quelques plats et l’affaire est faite ! La nature, la société et la religion font que la femme doit être protégée. Certes les choses ont évolué de nos jours et on ne parle quasiment plus de différence entre homme et femme, mais pour le moment j’ai d’autres priorités que d’apprendre à m’assumer entièrement. Que Dieu me garde mes parents, je n’ai jamais eu à me prendre en charge», dit-elle.


Mehdi, 17 ans, est un grand débrouillard est il doit cela à ses parents. «Mes parents m’ont initié, depuis la petite enfance, à assumer des responsabilités. Plus je grandissais, plus je devais assurer des tâches plus difficiles. A un certain moment, cela me contrariait, mais aujourd’hui, je comprends que cela m’a été bénéfique. Je ne me sens jamais dans le pétrin, les situations difficiles ou de blocage, je m’y suis habitué et je devais me casser la tête pour trouver l’issue. Certes, mes géniteurs ont toujours été derrière moi pour m’épauler si j’arrive à une situation vraiment chaotique, mais cela m’a beaucoup servi dans la vie. Responsable? Oh que je le suis!», dit-il, fier.


Mohamed Aziz, 18 ans, s’est initié graduellement à prendre des responsabilités. Le jeune homme pense qu’il se débrouille assez bien sur certains plans, mais il a parfois besoin d’un coup de pouce. «Partant du fait que nous sommes tous financièrement dépendants de nos parents, on ne peut pas se sentir totalement libres et totalement responsables ! Mes parents m’ont appris à compter sur moi-même pour certaines choses lorsque j’ai commencé à mûrir. Cela m’a beaucoup servi, mais je pense que j’ai encore beaucoup à apprendre», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com