Les jeunes et les gadgets : La frime, une marque déposée qui grève les budgets





Fringues, consultations médicales, bouffe, dépenses scolaires et parascolaires et tout le reste, les parents doivent jongler pour couvrir les frais interminables de leurs enfants. Et cerise sur le gâteau: la technologie invente chaque jour un nouvel engin qui appâte les jeunes! Et au grand dam des parents, les enfants craquent pour ces nouveaux gadgets… Comment peut-on expliquer cet engouement et le phénomène qui en découle ?


 


Tunis-Le Quotidien


Bousculades, affluence, coups de coudes, ça fourmille devant un certain lycée… S’agit-il d’une fuite d’un examen, d’un accident scolaire ou d’une bagarre? Eh bien non ! En fait un groupe de jeunes est assemblé autour d’un de leur camarade… Un certain «M. Gadget» réputé être un fils de famille. Il semble mettre encore une fois en orbite son tout nouveau machin ! La semaine dernière, il a débarqué avec sa toute nouvelle bécane grosse cylindrée sous les yeux exorbités des camarades ! Aujourd’hui, c’est au tour de la toute dernière console de jeu… Tous ces lycéens se bousculaient, en fait, pour le simple plaisir d’admirer cette babiole hors pair que seul «Monsieur Gadget» possède. Oui, toute cette hâte n’était en fait que pour ce simple boîtier en plastique bourré de puces ! Et il ne fallait pas manquer la suite…Peu de temps après, ce garçon populaire (bien sûr grâce aux gadgets que son papa lui paye), sort également de sa poche un vrai petit bijou : Le tout nouveau-né de la plus renommée des maisons de cellulaires. Et il se met  à énumérer les qualités de son mobile : «70 gr de poids, bluetooth, Internet, caméra vidéo, MP3, magnéto, etc.», disait-il sous le regard toujours ébahi des autres. Ils en ont l’eau à la bouche ! A priori, l’on dirait tant mieux pour lui et cela s’arrêtera là. Or, comme le phénomène de contagion est automatique chez les jeunes, tous ceux qui regarderont leurs vieux portables archaïques vont lui en vouloir à mourir. Les autres, ceux qui doivent prier «papa» pour leur acheter une Playstation passeront une nuit blanche, le regard fixé au plafond et l’image de ces tant convoités gadgets qui défile en boucle… Quant à ceux qui se sont habitués à se lever à six heures du matin pour courir derrière le bus avec leurs souliers pleins de boue, pour arriver à temps au cours de huit heures, maudiront le jour où ils ne sont pas nés avec une cuillère en or dans la bouche… Et dire que ces jeunes faisaient bien preuve de frugalité avant l’apparition théâtrale de M. Gadget! Il est à rappeler que les objets de toute cette mise en scène demeurent toutefois des engins qu’on apprécie beaucoup plus pour leur ingéniosité et leur nouveauté que pour leur réelle utilité. Mais ce genre d’objets fait un tabac chez les jeunes. Dans l'industrie du divertissement, c'est le secteur des jeux vidéo qui connaît la croissance la plus rapide et la plus profitable. L'avenir de cette industrie semble plus florissant grâce aux percées technologiques qui font des jeux de la dernière génération de vraies merveilles. Se procurer un gadget compte donc tellement pour les jeunes qu’ils peuvent pourrir la vie de leurs parents avec leur jérémiades !


Mohamed Aziz, 16 ans, n’est pas accro de gadgets. Le jeune homme pense que cela relève de la frime et des comportements ostentatoires qui le révoltent. «Je ne me vois pas du tout faire pression sur mes parents pour qu’ils m’achètent l’une de ces inventions technologiques juste pour être comme certains camarades. Je suis conscient que mes parents se donnent déjà beaucoup de mal pour couvrir mes frais. La vie coûte cher et je dois faire preuve de frugalité ! Autrefois, personne ne circulait avec un portable en poche et on vivait normalement sans sentir que quelque chose nous manque. Les jeunes pouvaient aussi inventer des jeux tous seuls et cela les rendaient plus créatifs et alimentait leur imagination. Aujourd’hui, celui qui n’est pas tout le temps connecté et injoignable et qui ne possède pas des outils informatiques est considéré comme une personne rétro et peut-être même non civilisée et complexée ! Certes, certains engins nous sont vraiment utiles. Un téléphone portable est très utile pour les cas d’urgence, mais je n’irai pas à imposer un téléphone très performant qui coûte une fortune juste pour frimer ! Je ne chercherai pas non plus à me procurer des jeux PC ou une Playstation qui risque de me rendre accro. Les choses utiles méritent des sacrifices. Pour le reste, je dois être clément avec mes géniteurs et ne pas leur demander l’un de ces engins?! Et je confirme que je ne me sens pas du tout au-dessous des autres parce que j’ai un téléphone qui pèse 200 gr», dit-il.


Aziz El Bokri, 15 ans, ne voit pas les choses de la même manière. Il se sent très vexé s’il ne peut pas se payer les mêmes trucs que ses amis. «Franchement, lorsque je vois des camarades avec des portables et des jeux vidéo de la dernière génération, je ressens une sorte de ressentiment parce que je me dis pourquoi pas moi ? Et de plus, j’ai l’impression d’être sous-développé et très rétro d’exhiber un téléphone qui ne figure plus sur le marché. Certains peuvent télécharger de la musique à partir de leur cellulaire, ils peuvent prendre des photos et enregistrer des séquences vidéo… Et ce, sans parler des autres gadgets qui nous font vraiment tourner la tête. Il est donc tout à fait compréhensible que cela me vexe. Certes, je vais directement demander aux parents de m’acheter un truc dans le genre, mais je sais aussi qu’ils ont d’énormes frais et cette fougue finit par s’estomper», dit-il.


Emna, 15 ans, est satisfaite de ce qu’elle a. La jeune fille pense que l’imitation chez les jeunes est un vrai fléau auquel il faut tenir tête. «Les jeunes sont de vrais fashion victim’s et s’ils voient un article dans une vitrine, ils peuvent l’apprécier sans vraiment avoir l’envie de l’acheter. Mais s’ils voient l’un de leurs pairs le posséder, ils craquent automatiquement ! Cela veut dire qu’ils ne désirent pas l’objet en lui-même mais mimétisme oblige. Moi, je n’appartiens pas à cette catégorie. Je sais que chacun doit vivre selon ses moyens. Mes parents dépensent déjà beaucoup d’argent pour subvenir à mes besoins. Un minimum de reconnaissance et d’amour de ma part me poussera à fermer l’œil sur ces engins qui coûtent trop cher sans avoir une utilité particulière», dit-il.


Mohamed Fadhel, 17 ans, dit qu’il n’aime pas la frime. Selon Fadhel, les jeunes qui raffolent des derniers gadgets n’ont pas d’autres moyens de se faire remarquer. «Je dois dire d’abord que mes parents ne me privent de rien. La majorité des cas, ils m’achètent tout ce que je veux. Mais je fais en sorte de ne pas tirer trop sur la corde. Or certains jouent au «m’as-tu-vu ?» et font étaler les gadgets qu’ils possèdent juste pour frimer. Pourquoi? C’est simple, ils n’ont aucun autre moyen d’attirer l’attention des autres. Et hélas, cela marche et c’est qui rend le phénomène contagieux», explique-t-il.


Zied, 15 ans, reconnaît se sentir tellement rongé par l’envie qu’il s’en prend parfois à ses parents. «Lorsque je vois d’autres jeunes frimer d’une façon aussi flagrante et lorsque je les vois exhiber des engins à faire tourner la tête, j’en veux à mon père. Je sais qu’il a les moyens de m’acheter des gadgets, mais il ne le fait pas. Or, d’autres parents ne privent leurs enfants de rien et cela me fait mal. J’aimerai tant pouvoir être comme un certain X qui débarque sur une moto merveilleusement belle et puissante ou encore d’avoir un portable de dernière génération. Hélas, mon père me prive de ce plaisir», dit-il.


Abir CHEMLI




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com