Santé et sécurité professionnelle – Agriculture et pêche : les métiers de tous les dangers… !





Des statistiques de la CNAM, communiquées mardi au cours d’un colloque sur la promotion de la santé et de la sécurité professionnelle dans le secteur agricole et de la pêche, montrent que les risques auxquels s’exposent les travailleurs dans ces milieux sont plus graves que dans le reste des secteurs.


 


Tunis-Le Quotidien


Comme le veut la tradition, en ouvrant les travaux de ce colloque,  M. Ali Chaouch, ministre des Affaires sociales, de la Solidarité et des Tunisiens à l’étranger, s’est attaché à mettre en exergue les indicateurs du progrès du secteur de l’agriculture et de la pêche tout en soulignant l’amélioration des conditions du travail dans lesquelles opèrent aujourd’hui les salariés des deux filières. Néanmoins, sur ce dernier point, qui concerne la santé et la sécurité professionnelle dans le secteur de l’agriculture et de la pêche, le ministre à bien mis l’accent sur la spécificité des accidents enregistrés dans les deux secteurs par rapport aux autres activités économiques. Les statistiques relatives à la santé professionnelle dans l’agriculture et la pêche, qui montrent que les employés y sont exposés à moins d’accidents en comparaison avec les autres secteurs, n’avaient pas empêché le ministre de mettre l’accent sur la nature des accidents.


Il souligne dans ce cadre que «les accidents sont généralement plus graves, ce qui finit par faire augmenter le taux d’absentéisme et les jours de travail perdus».


D’après les indicateurs portant sur la santé de travail dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche durant la période 2005-2007, fournis par la CNAM, le nombre des maladies du secteur agricole n’est que de 15 cas du total des Maladies Professionnelles (MP) déclarées à la CNAM, soit près de 1%. «Les mêmes statistiques montrent également que le nombre des accidents de travail enregistrés durant la même période n’est pas très élevé. Ce nombre se situe entre 1200 et 1500 AT par an, soit près de 3% de la totalité des accidents du travail déclarés par an», note, par ailleurs, M. H. Nouaigui, spécialiste de l’Institut de Santé et de Sécurité au Travail (ISST). Tendant à devenir de plus en plus graves, ces accidents entraînent, par contre, plus de jours de travail perdus. «L’indice de fréquence des jours de travail perdus est plus élevé dans l’agriculture et la pêche que celui dans les autres secteurs économiques».


Le spécialiste de l’ISST a expliqué ce phénomène par le développement de la mécanisation des travaux agricoles et l’utilisation de produits chimiques variés, tels que les pesticides et les engrais. Il estime, dans ce cadre, qu’ «en plus du fait que les travailleurs agricoles soient exposés à des risques professionnels variés dus à des agents chimiques, physiques et biologiques, la prédominance d’exploitations agricoles familiales (plus de 98% des cas) combinée à une main-d’œuvre à majorité saisonnière, souvent peu qualifiée et qui n’est pas soumise à la surveillance médicale, sont tous des facteurs qui font que la prévention soit faible».


Ce facteur d’insuffisance s’illustre par le taux de couverture des travailleurs agricoles par les groupements de médecine du travail. «Cette couverture ne touche que 3,5% des effectifs des salariés couverts en 2007», précise-t-il.


Au cours de la communication qu’il a consacrée à la prévention des risques infectieux en milieu agricole et de pêche, le professeur Fayçal Ben Salah, de l’hôpital Charles Nicolle de Tunis, a souligné que «le risque infectieux dans ce secteur est réel». Il note, dans ce même cadre, que les 550.000 salariés, âgés de 15 à 70 ans, opérant dans ces secteurs et dont la couverture médicale reste actuellement faible, sont directement exposés à plusieurs risques. «Ces risques sont notamment liés au contact avec les animaux et les milieux souillés». Et d’ajouter que «ces risques se traduisent par des affections bactériennes (brucellose, tuberculose, tétanos, leptospiroses…), virales (HVA, rage, grippe aviaire…), parasitaires ou mycosiques.»


La main-d’œuvre dans le domaine de la pêche, comme il a été signalé plus haut, n’est point à l’abri de risques graves. Le professeur Abdelmajid Ben Jemâa, de l’Hôpital la Rabta, a évoqué le cas de la pêche sous marine. «Bien qu’elle représente une proportion limitée du secteur de la pêche, cette activité constitue toujours un risque professionnel majeur au vu des accidents graves qu’elle peut engendrer» affirme-t-il. Il fait remarquer ensuite que les accidents enregistrés dans cette branche de la pêche sont remarquables par leur caractère dramatique, avec un lourd tribut socio-économique. «Il s’avère désormais plus que nécessaire d’achever les textes réglementaires spécifiques régissant ce secteur et de mettre en place des protocoles de surveillance de l’aptitude médicale et de contrôle technique basés sur des critères bien définis, susceptibles de réduire le risque», a-t-il notamment recommandé.


Enfin, et concernant les risques liés à l’usage des pesticides, le Pr. Dékhil, de l’Agence Nationale de Contrôle Sanitaire et Environnemental des Produits (ANCSEP), a passé en revue les principales conclusions de l’étude effectuée par l’ANCSEP en vue d’estimer la présence des résidus de pesticides dans les produits alimentaires, dans le but de définir leur impact sur les produits alimentaires. «Cette étude avait pour objectif de vérifier le respect des normes nationales et internationales de sécurité sanitaire des aliments», précise le conférencier.


L’étude a consisté, en effet, à recueillir 247 échantillons auprès de trois catégories de commerce (marché de gros, grandes surfaces et stations de conditionnement), pour identifier la présence de 19 matières actives. Le spécialiste, qui a tenu à préciser que l’analyse des échantillons a été confiée à un laboratoire indépendant, a surtout assuré que les résultats n’étaient pas très alarmants. «Ils sont du même ordre que ceux publiés dans d’autres pays», devrait-t-il affirmer. Il note, cependant, que les résultats ont révélé qu’il y a un mesurage assez courant des pesticides, révélé par les matières actives retrouvées dans des produits agricoles.


C’est pour cela qu’il a considéré qu’il est primordial «d’activer l’élaboration de guides de bonnes pratiques concernant l’utilisation, le transport, le stockage et la gestion des pesticides et de leurs emballages ainsi que l’élaboration d’un plan de surveillance national des résidus de pesticides et sa mise en œuvre en collaboration avec le ministère de l’Agriculture»…


Hassen GHEDIRI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com