Après l’orage… l’embellie






A quelque chose, malheur est bon. Les violences, qui ont secoué la semaine dernière le Liban et qui ont fait craindre le pire, semblent avoir généré un électrochoc salvateur. L’intransigeance qui a marqué les positions des principaux protagonistes de la crise a, en effet, cédé la place à la modération. Le pays du Cèdre, qui a frôlé la catastrophe, renoue ainsi avec le calme et l’optimisme à la faveur de l’accord miracle intervenu, jeudi, entre le bloc parlementaire au pouvoir et l’opposition menée par le Hezbollah, et ce, grâce à une médiation de la Ligue arabe.


Ce dénouement heureux n’a été rendu possible qu’après que le gouvernement du Premier ministre libanais, Siniora, eut rendu caduques ses deux dernières décisions concernant la mise hors la loi du système de télécommunications parallèle du Hezbollah et le limogeage du directeur de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth, proche du mouvement islamiste. Au terme de cet accord en six points, les deux camps rivaux, qui devaient se réunir à Doha, ont accepté de négocier la formation d’un gouvernement d’union nationale et une loi électorale préalable aux élections générales prévues en 2009.


La rapidité avec laquelle a été obtenu cet accord a surpris plus d’un observateur. Il y a eu même, dans la foulée, des volte-face le moins qu’on puisse dire surprenantes comme celui du chef druze Walid Djoumblatt, l’un  des principaux dirigeants de la coalition gouvernementale. D’habitude peu amène et ne mâchant pas ses mots à l’égard de l'opposition, Djoumblatt est revenu en effet et subitement à de meilleurs sentiments en appelant à traiter les dossiers en litige dans le calme à la table des négociations et en invitant toutes les parties à «faire des concessions pour enterrer les querelles».


Pourquoi a-t-on attendu que le pays bascule dans la violence et l’incertitude, pour donner une chance à une solution négociée de la crise ? Telle est la question lancinante qui s’impose aujourd’hui d’elle-même.


En tout état de cause et même si certains analystes considèrent que le recul du gouvernement suscite des interrogations sur le rapport de force entre les deux camps dans les négociations, c’est le Liban qui gagne grandement au change et c’est cela même l’essentiel. Il n’empêche que la crise est loin d’être encore dans le rétroviseur. Raison pour laquelle les différents protagonistes de cette crise doivent  saisir cette chance pour transcender leurs divergences et concrétiser dans les faits un accord durable touchant toutes les questions en suspens.


En fait, les derniers événements ont montré qu’une solution négociée à la crise libanaise, sur la base d’un dialogue constructif, est toujours possible. Le dernier accord confirme, si besoin est, que les concessions objectives et mesurées de part et d’autre ont révélé leur bien-fondé puisqu’elles ont permis d’exorciser les démons d’une nouvelle guerre civile aux conséquences désastreuses pour tous les Libanais.


Quand la raison l’emporte et que la logique de la paix est ainsi consacrée, les Libanais, toutes ethnies et mouvances politiques confondues, sauront tourner définitivement cette triste page de leur histoire et envisager l’avenir de leur pays avec davantage d’optimisme...


Chokri BACCOUCHE




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com