Marché de l’immobilier : La spirale des prix bat tous les records…





Les prix de l’immobilier augmentent d’environ 8% par an en moyenne et rendent la propriété d’un logement un rêve inaccessible pour beaucoup de Tunisiens appartenant à la classe moyenne.


Tunis - Le Quotidien


Des dizaines de nouveaux quartiers ont jailli du sol, ces dernières années, un peu partout dans le pays qui ressemble plus que jamais à un chantier à ciel ouvert. Fait relativement nouveau: l’irrésistible surchauffe de l’immobilier touche désormais toutes les régions.


Des villes côtières aux communes rurales de charme en passant par les régions enclavées dans le centre et le nord-ouest du pays, plusieurs promoteurs privés et quelques intervenants publics, notamment la Société nationale immobilière de Tunisie (SNIT) et la Société de promotion des logements sociaux (SPROLS), construisent à tour de bras.


C’est que la demande ne faiblit pas, en dépit du fait que le taux des ménages propriétaires de leurs logements en Tunisie avoisine les 80%, selon le dernier recensement de la population.


Les facilités de crédit accordées par les banques et l’attachement des Tunisiens à la propriété de leur logement, synonyme d’une certaine réussite sociale, incitent en effet de plus en plus de nos concitoyens à acquérir des biens immobiliers malgré la hausse continue des prix. “Le secteur est actuellement en plein boom grâce à une demande de plus en plus forte”, indique-t-on à la chambre syndicale des promoteurs privés relevant de l’Union de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, la centrale patronale tunisienne.


Signe qui ne trompe pas sur le boom de l’immobilier: le nombre de promoteurs qui se comptait sur les doigts d’une seule main, il y a seulement une vingtaine d’années, a grimpé à 1460 l’année dernière.


Des records dans le Grand Tunis


Selon les données de la chambre syndicale des promoteurs privés, les prix de l’immobilier enregistrent une augmentation de 8% en moyenne annuellement depuis au moins trois ans. Le prix moyen du mètre carré fini d’un appartement de haut standing est à plus de 1400 dinars à Tunis et dans la majorité des villes côtières du pays.


Dans certains quartiers huppés, dans la périphérie de la capitale comme la cité Ennasr, Sidi Bou Saïd, El Menzah et El Manar, les prix ont pulvérisé tous les records, avec des pics pouvant atteindre 15 % pour le haut standing sur un an. Pis encore, dans les berges du Lac, les prix des terrains se négocient à plus de 2000 dinars le mètre carré. “Les promoteurs jouent souvent la carte du haut standing et multiplient les commodités telles l’ascenseur et le chauffage central pour justifier des prix extrêmement exorbitants”, indique Monêem, un cadre supérieur qui vient d’acheter une “boîte d’allumette” à la cité Ennasr pour 140.000 dinars.


La hausse des prix n’épargne même pas le logement social, notamment dans les régions côtières. “Le prix du mètre carré fini de ce type de logement réservé aux salariés dont le revenu est inférieur à 500 dinars par mois a atteint 800 dinars contre à peine 300 il y a quinze ans”, précise un promoteur privé.


La chambre syndicale des promoteurs privés impute la hausse des prix au manque des réserves foncières ayant provoqué un renchérissement des terrains viabilisés et à la flambée des prix des matériaux de construction qui ont triplé pour certains produits comme l’acier.


Le malheur des uns et le bonheur des autres


De l’autre côté de la barricade, les promoteurs et les banques se frottent les mains. Tel est le paradoxe du marché immobilier : sa surchauffe fait le bonheur des uns et le malheur des autres. La demande reste très forte malgré une conjoncture économique internationale maussade et une offre de plus en plus diversifiée avec le lancement de la construction de trois complexes immobiliers de luxe dans la périphérie de Tunis par des groupes émiratis.


Les délais de commercialisation allant de deux à huit mois au maximum n’ont jamais été aussi courts. “Nous démarrons la construction avec des taux de précommercialisation de près de 90 %, notamment dans la périphérie de la capitale’’, précise un promoteur spécialisé dans le haut standing à Tunis.


Les banques rivalisent, de leur côté, d’offres pour conquérir de nouveaux clients. D’autant plus que le système bancaire continue à assurer à hauteur de 93% l’acquisition de logements neufs ou anciens en Tunisie, selon le dernier rapport annuel de le Banque centrale de Tunisie (BCT).


Même si les taux d’intérêts restent dissuasifs, plusieurs banques ont allongé la durée du remboursement à 25 ans au lieu de 15 auparavant. Le crédit immobilier est une activité très peu risquée même en période d’inflation. Si jamais le client ne parvenait pas à honorer ses engagements, la banque se rembourserait largement sur la vente du bien.


En 2007, les banques tunisiennes ont débloqué près 5 milliards de dinars de crédits logement, provenant essentiellement de la seule Banque de l’Habitat (BH, publique) qui s’est spécialisée dans ce segment.

Walid KHEFIFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com