Les jeunes, les relations et l’appartenance sociale : Chassez le naturel, il revient au galop !…





Les jeunes, toutes catégories confondues, étudient ensemble. Ils fréquentent les mêmes endroits. A priori, cela devrait empêcher le cloisonnement entre les classes sociales. Or, l’arrogance est parfois de mise chez les jeunes. L’appartenance sociale est-elle justement un critère de sélection dans les relations juvéniles ?


 


Tunis-Le Quotidien


L’appartenance à une classe sociale spécifique, le fait d’avoir du sang bleu et d’être les descendants d’une famille riche et ayant une grande histoire, implique qu’on obéisse à des principes spécifiques. Aujourd’hui, cette notion de classes, de noblesse de sang et d’héritages des familles n’est plus vraiment de mise. Le brassage dans les écoles et le fait que lycéens et étudiants fréquentent les mêmes endroits, impose une certaine homogénéité dans les relations. Très peu de personnes accordent à présent de l’importance aux noms de famille et aux origines. En revanche, nul ne peut nier que la frime et les comportements ostentatoires chez bon nombre de jeunes reflètent une résurgence de ces phénomènes de «discrimination». D’ailleurs, il suffit qu’un élève issu d’un milieu modeste étudie dans un quartier huppé où tous les élèves débarquent en voiture et mettent des habits griffés, pour qu’il ne se sente pas dans son élément. Plus encore, il peut faire l’objet d’une dérision acharnée qui se répercutera négativement sur son moral. En effet, depuis l’aube des civilisations, l’égalité sociale s’est avérée une aspiration humaine, morale et politique. Mais, en dépit des efforts déployés dans ce domaine, des inégalités sociales continuent d’exister dans les sociétés modernes surtout au niveau de la qualité de vie des personnes et des familles. Les écarts qui existent dans les revenus des différentes catégories sociales impliquent que la société soit divisée en plusieurs rangs. Même si tous les individus ont des droits et devoirs identiques, les mentalités et les rituels qui s’héritent de génération en génération incombent à certaines strates des privilèges prééminents. Certes, ce constat n’est pas valable pour tous, mais le phénomène existe et il est impossible de le méconnaître. Pour comprendre justement les dessous de cet état des faits, c’est aux jeunes eux-mêmes de s’exprimer.


 


Ali Farsi, 18 ans, dit que le niveau social et matériel ne compte pas vraiment dans les relations amicales. En revanche, le jeune homme trouve essentiel qu’il y ait une équivalence à ces niveaux en ce qui concerne les couples. «Je pense que le fait de choisir un ami repose essentiellement sur une sélection morale. Il faut qu’un ami ait un bon caractère. Il faut également qu’il soit issu d’une bonne famille. Et j’entends par bonne famille le fait qu’il ait des principes respectables. Mais qu’il soit riche ou pauvre, qu’il soit du Sud ou du Nord, cela importe peu ! En revanche, les choses diffèrent pour une fille. Si on va choisir une petite amie, qui sera probablement notre future épouse, il faut qu’il y ait un minimum d’équivalence et cela est valable sur plusieurs plans. Elle doit avoir un niveau social, matériel, intellectuel, moral et peut-être même une apparence physique qui soient équivalents aux miens. Le fait qu’il y ait des écarts importants ne pourra qu’envenimer la relation et la vouer à l’échec. On ne peut pas vivre toute notre vie auprès de quelqu’un totalement incompatible avec nous», dit-il.


Saïfeddine Hasnaoui, 18 ans, partage le même avis. Le jeune homme pense qu’on ne doit juger les autres que selon ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils possèdent comme biens. «L’appartenance à une classe sociale était auparavant le seul critère sur lequel on jugeait une personne. Pour pouvoir se marier avec une fille appartenant à une classe sociale noble, il fallait que le prétendant appartienne au même rang et vice-versa. Ce qui était également le premier critère de sélection des amis et de l’entourage. Aujourd’hui, les choses ont changé. Nous avons affaire à une homogénéisation des classes. Mais les différences continuent de poser plusieurs susceptibilités. Le fait de dire que l’on habite dans un quartier huppé et qu’on a une grosse somme d’argent en poche poussera les autres à te regarder d’une manière très différente que si l’on sait que tu habites un quartier populaire et que tu ne possèdes pas un rond sur toi. C’est une évidence ! Toutefois, cela n’est pas vraiment flagrant et l’on trouve plusieurs personnes qui, en dépit de leur aisance matérielle, se comportent de manière très modeste. Il arrive même que des jeunes aisés choisissent leurs amis d’un rang social modeste parce qu’ils aiment apprendre d’eux la modestie et parce qu’ils ont marre de voir les autres agir avec eux avec protocoles et fausseté. Dans tous les cas, je crois qu’une personne peut s’imposer avec d’autres qualités que l’aisance pécuniaire. C’est avec la bravoure, la sincérité et la gentillesse que l’on suscite l’intérêt et le respect des autres. Ceci n’est pas très valable pour celle avec qui l’on va partager notre vie. Il faut qu’il y ait une équivalence si l’on aspire à une vie conjugale réussie et sans discordes», dit-il.


Sofiane, 18 ans, pense qu’un minimum d’équivalence s’impose même pour choisir les amis. «Certaines régions ou encore certaines familles ont leurs propres traditions et leur propre manière de penser et de gérer les choses. Si l’on va côtoyer quelqu’un de très différent de nous, on va se heurter à maintes difficultés. Et je parle en connaissance de cause. Je crois qu’il faut toujours choisir ses amis auprès des personnes qui nous ressemblent. Cela nous évitera les conflits. Cela est encore plus valable pour une fille. Il faut absolument qu’on choisisse une fille qui soit du même niveau social, qui ait un niveau matériel et intellectuel proche du nôtre si l’on ne veut pas que la relation soit condamnée d’avance», dit-il.


Sofiane Dfini, 20 ans, préfère fréquenter des personnes de la même étoffe. Le jeune homme juge l’équivalence comme un garant de la réussite de tout genre de relation. «A mon avis, il est toujours préférable de fréquenter des personnes proches de moi, de mon niveau social, moral et matériel. Cela permettra d’éviter les conflits et ne donnera pas du fil à retordre. Si l’on a des amis très différents de nous, on peut avoir d’énormes difficultés à s’entendre avec eux. Surtout si la différence se fait au niveau moral et éducationnel. Pour une fille, les choses sont encore plus compliquées. Il faut absolument qu’elle soit de la même envergure, sinon bonjour les dégâts ! Il s’agit d’une éventuelle vie commune et non pas d’un jeu», dit-il.


Sofiane M’rad, 19 ans, préfère toujours fréquenter des personnes qui sont proches de lui à tous les niveaux. «Si l’on va choisir des amis différents de nous on va se heurter à des divergences très irritantes. Généralement, l’appartenance socio-culturelle influe sur le caractère de la personne et l’on ne peut pas aspirer à une amitié sans problème si on va prendre comme ami quelqu’un de très différent de nous surtout au niveau de l’éducation. Certains prétendent être modestes et agissent soi-disant humblement, mais au fond, ils restent arrogants. Cela est essentiellement dû à certains flagorneurs qui les poussent à avoir la grosse tête. Malheureusement, même si une personne riche se fait gentille, j’aurais peur d’en faire une amie. Non seulement on risque de me prendre pour un flatteur ou une sangsue, mais je risque également de me réveiller un jour devant une vérité évidente : que j’ai eu tort de viser haut. Il vaut mieux pour moi de m’abstenir de côtoyer les personnes de la «high». Surtout en ce qui concerne le sexe opposé, pour ne pas avoir à essuyer un coup dur. Il faut qu’il y ait une équivalence en couple pour que l’entente soit possible», dit-il.


Rabii Abidi, 19 ans, dit que personne ne peut nier l’existence de ce phénomène. «Certes je suis foncièrement contre le fait de juger les autres selon leur appartenance sociale ou selon la fortune de leur famille, mais c’est une vérité qu’on ne peut nier. Moi, je fais partie de la classe moyenne et je préfère que mes amis proches fassent partie de la même classe. Je ne peux pas tolérer qu’on me regarde avec un air hautain et supérieur. En outre, celui qui est né avec une cuillère en or dans la bouche doit avoir des idées, une éducation, des principes et des habitudes très différents et cela posera problème, tôt ou tard, au niveau de la relation. L’amitié, le mariage et même l’amour doivent répondre à une certaine équivalence. Des interférences entre les personnes ayant des niveaux très différents creuseront un fossé entre eux et la pérennité de la relation est presque impossible», dit-il


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com