Les jeunes et les dérives de fin d’année scolaire : Les raisins de la colère





Cahiers mis en pièces, tabliers en flamme, brouhaha et, pour finir jets… de farine et d’œufs ! Voilà à quoi rime la fin de l’année scolaire chez les lycéens et spécifiquement chez les collégiens.


Pourquoi ? C’est justement la question qui a été posée à certains jeunes.


 


Tunis-Le Quotidien


Passer devant un lycée ou un collège est une mésaventure en cette période de l’année. En fait, l’on risque ou bien de recevoir un œuf en pleine figure ou bien quelques grammes de farine sur la tête. Les plus chanceux auront juste «droit» à des odeurs de brûlé, à des clichés désolants ou encore à écouter des chansonnettes parsemées de quelques mots…très grossiers ! Oui, c’est ainsi que les collégiens fêtent leur fin d’année scolaire. Dès que la période des examens tire à sa fin, on doit s’attendre, chaque année, sans faute, à ce genre d’exhibitions ! Et tout le monde y passe. Passants, vieilles personnes, enfants et dames. Mais la première cible reste les jeunes demoiselles (leurs camarades de classe) et quelques uns des enseignants. Pourquoi ? Eh bien…c’est pour plaisanter ! En effet, bon nombre de jeunes ne savent pas se mettre des limites en matière de plaisanterie et cela prend la plupart du temps une forme cruelle et inacceptable. Les jeunes profitent de la fin de l’année scolaire pour «épicer» et animer l’ambiance. Chez les uns, il s’agit juste d’une façon quasi innocente de passer d’agréables moments et pour finir l’année en beauté. Ils trouvent amusant de ridiculiser les autres ! D’autres font preuve de cruauté dans leurs plaisanteries. Cela dit, la majorité des jeunes adorent plaisanter. Ils ne peuvent pas imaginer leur vie sans blagues, sans taquineries et sans plaisanteries. Rien de mal jusque là sauf que la plupart d’entre eux ne savent pas où et quand s’arrêter. Ils s’adonnent volontiers à des plaisanteries de mauvais goût. Les «victimes» de ces railleries ne réagissent pas toutes de la même manière. La majorité fait semblant de ne rien ressentir. Ils ont peur de riposter parce que cela risque de dégénérer. Pis encore, ils s’efforcent d’en rire juste pour ne pas avoir l’air pitoyables ! D’autres ne se laissent pas faire. Si on les attaque, ils ripostent méchamment. Cela leur garantit une certaine immunité. Personne n’osera plus les ridiculiser. Mais chez certains autres jeunes, ces gestes sont prémédités. Leur victimes ne sont autres que celles qui leur ont causé, à leur avis, du tort. Qu’en disent justement les jeunes? Pourquoi tirent-ils sur tout ce qui bouge?


Mohamed Fadhel, 16 ans, s’acharne sur ses camarades. Primordialement sur les filles. Le jeune homme dit qu’il le fait juste pour…plaisanter. «Durant toute l’année, certaines filles arrogantes se prennent pour le nombril du monde. Elles débarquent avec des habits ostentatoires, des cheveux lissés par un brushing et des visages maquillés. Si elles reçoivent un œuf sur les cheveux ou sur la figure, cela les remet à leur vraie place. C’est une manière de leur dire : «Tu es fausse ! Laves-toi le visage et les cheveux et voyons ensuite si tu vas continuer à faire la fine bouche et à te prendre pour le centre de l’univers !». Cela dit, je ne touche pas les mecs, les professeurs ou encore les passants. C’est une affaire purement juvénile, les adultes n’ont rien à voir là-dedans !  Quant aux chansons, c’est juste un défoulement ! Cela n’a rien de méchant. Et puis, si on déchire nos cahiers, c’est pour dire seulement qu’on est heureux que l’année ait pris fin. On a bien le droit de manifester notre enthousiasme à accueillir les vacances d’été après toute une saison scolaire où nous étions contraints de suivre la discipline de l’école», dit-il !


Amen Allah, 16 ans, tire sur tout ce qui bouge. Le jeune homme veut traduire un certain fed-up à travers ce genre de comportements. «En apparence, cela a l’air d’une plaisanterie. Mais en réalité, nous choisissons nos victimes. Si on jette des œufs sur quelqu’un, il faut croire qu’on lui en veut et qu’on a attendu toute une année pour pouvoir nous «venger» parce qu’au cours de l’année cela pourrait nous coûter cher !  On peut aussi cibler les filles trop molles juste pour qu’elles se décoincent un peu et qu’elles arrêtent d’avoir la grosse tête. Quant aux cahiers déchirés, c’est une manière de manifester notre joie que l’année ait pris fin. Après tout, ces cahiers ne nous servent plus», dit-il.


Wahid, 15 ans, ne fait pas usage d’œufs. Il ne commet pas de choses blâmables et il juge également très impoli d’agir de la sorte. «J’essaye juste d’imaginer qu’un tel enseignant soit mon père ou ma mère. Et j’essaye de considérer une camarade de classe comme ma propre sœur. Serais-je capable de faire cela aux membres de ma famille ? Sûrement pas ! Serais-je heureux de voir l’un d’eux se faire «fusiller» par des œufs ou de la farine ? Evidemment que non ! Si je ne peux pas tolérer qu’on fasse ce genre de choses aux miens, je ne le ferais pas aux autres. Toutefois, il arrive qu’une fille soit tellement impolie et insolente qu’on se dit qu’elle a bien mérité l’œuf qu’elle a reçu.  Certains professeurs également nous font voir de toutes les couleurs. Ils nous ridiculisent, nous disent des mots blessants et n’essayent pas de comprendre nos malaises et n’essayent pas de nous tendre la main. Tout le monde condamne les jeunes et on donne toujours raison aux enseignants. Pourtant ils sont censés être des éducateurs et un éducateur est redevable de nous encadrer. Comment pourrons-nous respecter des enseignants qui nous insultent ! Donc dès que la fin de l’année s’annonce, on lui rend la monnaie de sa pièce à notre manière. En revanche, on  ne jette pas d’œufs sur un professeur qui se respecte et qui nous respecte. Au contraire, on s’arrête pour le saluer», dit-il.


Bilel, 19 ans, est totalement contre ces enfantillages. «J’explique la chose de manière très simple. Ce ne sont que des gamineries ! D’abord, je dois dire que ce genre de comportement n’a pas lieu d’être dans les lycées. C’est l’apanage des collégiens. Et, étant donné leur très jeune âge, je ne peux traduire cela que par le manque de maturité. Ils grandiront et ils vont s’assagir ! De plus, la majorité ne touche jamais aux inconnus et aux passants, ils s’échangent des œufs entre eux juste pour plaisanter et se défouler. En revanche, je suis contre à ce que l’on touche aux enseignants ou aux personnes de passage. Là il s’agit d’une manifestation d’impolitesse pure et simple. Et là, c’est aux parents d’intervenir, de punir les coupables et de leur faire comprendre qu’il s’agit d’un délit», dit-il.


Zied, 15 ans,  tire sur tous ceux qui lui ont fait du mal à un certain moment. «Cette année on quitte le collège, ce sont généralement les élèves de neuvième qui peuvent se permettre de faire ce genre de choses. On va quitter l’âge intermédiaire de la puberté pour rejoindre le lycée. Si on déchire nos cahiers, c’est juste pour nous soulager et pour dire que l’on a vraiment fini avec le collège. On ne touche pas aux inconnus et aux passants. On s’échange des œufs entre nous pour rigoler. Et si on jette un œuf dans la figure d’un enseignant, c’est aussi pour lui transmettre un message de mécontentement. Certains enseignants n’ont jamais été solidaires avec nous, et c’est notre unique chance de leur dire qu’ils ont eu tort. Après tout, un œuf ce n’est pas grave et c’est tellement drôle ! Il suffit de prendre une douche et cela disparaît…», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com