Les jeunes et la solidarité : A « consommer » avec modération….






Bon nombre de jeunes font preuve d’altruisme. Ils ont le sens de la solidarité et font de leur mieux pour tendre la main aux personnes en détresse ou dans le besoin. D’autres ne peuvent pas être solidaires avec leurs pairs tant que cela risque de heurter leurs propres intérêts. Et entre les uns et les autres, certains jeunes ne se montrent solidaires qu’avec ceux qui le méritent. Qu’en disent les jeunes ? Sont-ils justement solidaires avec leurs pairs ?


 


Tunis-Le Quotidien


Dans une ruelle au centre ville, une jeune fille crie « au voleur » !  De l’autre côté, un jeune homme court à toute vitesse en zigzagant entre les voitures avec un téléphone portable à la main et…personne n’intervient ! Par ces temps où la matière règne, l’on a souvent tendance à privilégier le chacun pour soi. Il est de plus en plus rare de voir des personnes agir spontanément pour le bien-être d’autrui. Plusieurs scènes de ce genre peuvent avoir lieu quotidiennement. Mais pour ne pas citer que ce sombre scénario, certains agissent aussi avec un grand sens d’altruisme. Ils aident du mieux qu’ils peuvent les personnes en détresse. Ils aiment faire du bien et ne pensent jamais aux risques qu’ils encourent ou à la « rentabilité » de leurs actes. En effet, ce qui prime pour eux, c’est de rendre justice, de venir en aide à autrui. Une preuve de solidarité qui leur permet de se sentir fiers d’eux-mêmes. La solidarité est de mise chez bon nombre de jeunes. Lorsqu’un camarade de classe s’absente, la majorité demande de ses nouvelles. Si l’un de leurs amis tombe malade, ils sont là pour aller à son chevet. Et si un parent décède, des files de camarades se rendent sur les lieux pour faire preuve de compassion envers leur camarade. Plus encore, certains sont prêts à sacrifier une partie de leur argent de poche afin de faire une collecte à un de leurs amis ayant des difficultés financières. Bon nombre de jeunes sont même prêts à tenir tête à un professeur pour soutenir un camarade qui a été injustement sanctionné. Ce genre de personnes ne font aucun calcul de rentabilité. Elles peuvent faire preuve de grande générosité rien que pour voir le sourire se dessiner sur le visage de leurs amis. L’attention prévenante à l’égard des autres prouve du dévouement et une bonté de cœur. Des qualités morales à louer surtout par ces temps où les intérêts priment. Toutefois, cette hauteur d’esprit n’est aucunement un dénominateur commun chez tous. Certains jeunes, ayant une nature égoïste et calculatrice, ne croient qu’au donnant-donnant…


 


Amal, 17 ans, pense qu’il ne faut pas être solidaire avec les personnes qui ne le méritent pas. « Il est très fréquent, de nos jours, de voir quelqu’un à qui on a tendu la main à maintes reprises, nous poignarder sans le moindre remord ! Parfois, on a l’impression d’agir pour le bien de quelqu’un. Et lorsqu’il passe par des difficultés, on fait tout ce qu’on peut pour l’aider à s’en sortir. Mais, malheureusement, il récompense le bien par le mal. Cela dit, je ne peux pas me montrer solidaire avec n’importe qui. Certaines personnes le méritent et je suis prête à tout pour les aider. Mais d’autres, en revanche, peuvent nous mordre la main au moment même où on la tend pour les aider ! Certes, on ne doit pas s’attendre à une récompense lorsqu’on aide quelqu’un mais certains sont tellement ingrats que plus on leur fait du bien, plus ils nous le rendent par le mal. Donc, si je vois quelqu’un de bon en train de souffrir et que je suis en mesure de lui venir en aide, je me montrerai volontiers solidaire avec lui. Mais si la personne est en tort ou qu’elle est vraiment ingrate et mauvaise, je jouerai à la spectatrice ! Notre Prophète nous a incité à récompenser le mal par le bien, mais ce qui se passe en réalité, c’est qu’on récompense souvent hélas le bien par le mal », dit-elle.


 


Salma, 17 ans, se montrera volontiers solidaire avec quelqu’un tant qu’il le mérite. « On ne peut pas être solidaire avec les autres à tous les coups ! Il arrive que quelqu’un soit vraiment dans le tort, qu’il ait commis un délit dont j’étais témoin, je ne peux pas le soutenir même si, dans le cas d’espèce, il s’agit d’un ami ! Si je suis sûre qu’il a tort, je ne l’aiderai pas, sinon je serai complice d’une manière ou d’une autre. Certes, je n’irai sûrement pas jusqu’à le dénoncer, mais si on fait appel à moi pour trancher, je vais m’aligner du côté de ce qui est juste pour avoir le cœur net et la conscience tranquille. Toutefois, je dois dire qu’être solidaire et honnête de nos jours peut vraiment coûter cher. En effet, il y a quelques années une fille a été harcelée par l’un des professeurs et ses camarades de classe en ont été témoin. Lorsqu’elle est allée porter plainte, ses amies étaient prêtes à aller témoigner en sa faveur parce qu’elles ont vu de leurs propres yeux ce professeur à l’œuvre. Malheureusement, c’est le professeur qui a gagné la bataille et toutes ces filles ont été renvoyées injustement. La solidarité peut donc causer du tort de nos jours. Raison pour laquelle on ne voit plus des gens intervenir pour rendre justice. On ne sait jamais comment les choses vont finir et il est très probable qu’on se retrouve avec d’énormes difficultés à cause de notre altruisme. Cela dit, je fais en sorte de bien réfléchir avant de venir en aide des autres. Si je ne risque vraiment rien, je suis prête à le faire surtout s’il s’agit d’une aide financière ou morale sans répercussion. Mais je dois d’abord m’assurer que la personne qui sollicite l’aide le mérite vraiment », dit-elle.


 


Cyrine, 16 ans, partage le même avis. Elle se montre solidaire tant que la situation ne risque pas de se retourner contre elle et tant que la personne en question le mérite réellement. « Parfois, je trouve une dame assez jeune et en parfaite santé en train de mendier. De l’autre côté, un très vieil homme ayant vraiment l’air malade et très pauvre n’ose pas faire la manche. Il est évident que j’aide ce dernier et que je tourne le dos à la première ! Si deux personnes sont en conflit et que c’est ma position qui va trancher, je dois d’abord être sûre qui des deux a tort ou raison. Ce n’est pas parce que l’un des deux est mon ami que je vais le soutenir ! Il faut que je sois honnête et que j’aide la personne qui a subi un préjudice. Autrement je serai complice du tort, chose qui ne me permettra plus de fermer de l’œil. Donc on ne peut pas être solidaire avec tout le monde et à tous les coups! En outre, certaines situations s’avèrent être compliquées et même dangereuses. Je ne peux pas courir au secours de quelqu’un qui se fait violenter si je suis presque sûre qu’on va me faire subir la même chose. Certes j’aimerai tant aider, mais je ne peux pas risquer non plus de me faire balafrer, je ne suis pas une superwoman ! Mais autant que faire se peut, j’essaye d’être le plus solidaire et altruiste possible tant que je suis en mesure de le faire », dit-elle.


 


Ahmed, 16 ans, est du genre très solidaire avec les amis. Toutefois, le jeune homme est même prêt à tricher pour soutenir ses amis proches. « Si je vois un de mes amis en train de se bagarrer, je ne vais pas perdre du temps à chercher qui a tort et qui a raison, je vais illico pour le soutenir. Si l’un de mes amis a besoin d’argent et que je suis en mesure de lui en filer, je ne vais pas chercher les raisons, je le fais, c’est tout ! Si l’un de mes camarades entre aussi en conflit avec un professeur ou un étranger, je vais le soutenir même s’il est dans le tort. Et je suis même prêt à payer avec lui et à courir des risques. Sinon à quoi bon d’être un ami, un vrai ? Je sais que si j’agis de cette manière, mes amis me soutiendront à leur tour que j’aie tort ou raison », dit-il.


 

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com