Les jeunes et les familles monoparentales : Dure, dure, la déchirure…





Lorsque les parents se séparent ou que l’un d’eux décède en laissant derrière lui des enfants, ces derniers réagissent parfois mal à la situation. Il leur est, en effet, difficile de s’adapter à cette nouvelle forme de famille monoparentale… Comment acceptent-ils cette réalité ? La situation d’une famille monoparentale est-elle toujours difficile à vivre ?


Tunis-Le Quotidien


Le modèle classique de la famille unie est normalement fait de deux parents et de leurs enfants. Tous doivent cohabiter pacifiquement sous un même toit dans le respect des liens familiaux sacrés. Mais, aujourd’hui, nombre de couples avec enfants jugent impossible de continuer leur vie commune. Résultat : ils se séparent ! L’enfant est donc non seulement confronté à la séparation, mais il doit aussi apprendre à vivre avec un seul parent. Il se trouve dès lors et dans tous les cas de figure, pris en otage des décisions d’adultes qu’il peut juger injustes… Face à une situation aussi navrante, il se sentira tiraillé entre les deux parents. Généralement, il se révolte et accepte mal le nouveau statut de sa famille. Volontairement ou inconsciemment, l’enfant ne renonce pas à souhaiter la réconciliation de ses parents et continuera à espérer une vie familiale sereine et équilibrée. Et cela est aussi vrai même si le parent avec qui il vit satisfait tous ses caprices et assure parfaitement bien son rôle monoparental. S’agissant d’une mère ou d’un père décédé, l’enfant n’aura certes pas à se sentir tiraillé parce qu’il sait pertinemment bien que nul ne peut rien contre la disparition de ce parent. Cependant, la perte de la mère ou du père reste aussi difficile à accepter. Nonobstant, l’enfant finira par admettre que c’est Dieu qui en a voulu ainsi, que personne ne peut rien y changer et que ce n’est la faute de personne! Décès d’un parent ou divorce cela causera un bouleversement. Ce trouble est encore plus marquant chez les adolescents ! L’ado, en pleine période de rébellion et de mutation, a besoin de se fixer des repères. Or, la vie avec un seul de ses parents lui causera d’une manière ou d’une autre du tort même si ce parent fait de remarquables efforts. Et il peut, en effet, s’acharner contre ce parent avec qui il vit et lui exprimer sa révolte !


Thameur, étudiant, 24 ans, pense que quelles que soient les raisons de la séparation, l’enfant vivra très mal cette déchirure. «Les parents font partie prenante de l’être humain, ils constituent ses origines, ses racines et son identité. Le fait de le séparer de l’un des deux est une sorte de déchirure qui lui brisera le cœur. S’il est vraiment très jeune, il ne s’en apercevra pas d’aussitôt. Mais au fur et à mesure qu’il grandit, il va poser des questions. Si la cause est la mort, il aura moins mal, mais si l’un de ses deux parents est parti, il lui en voudra. Certes le divorce est parfois un mal nécessaire et c’est parfois même un soulagement pour la mère et pour les enfants. Mais cette déchirure l’affectera dans tous les cas. Un ami à moi a vraiment déraillé après le départ de son père. Pourtant, sa mère fait tout pour qu’il ne manque de rien, ce qui n’amoindrit en rien son mal. Il a quitté l’école et s’est mis à suivre des personnes vraiment très louches. Mais je dois dire que cela n’est pas seulement dû au divorce de ses parents. En fait, il vit dans un quartier mal réputé, ils ont des conditions matérielles très difficiles et son entourage n’est pas «clean». Sa mère ne pouvait plus le contrôler et j’ai comme l’impression qu’il fait cela pour punir son père qui l’a quitté», dit-il.


Monôome, étudiant, 23 ans, pense que le décès ou le divorce peuvent ne pas influer si l’enfant a reçu une bonne éducation et s’il a trouvé l’attention qu’il faut. «Je ne peux pas dire qu’une famille monoparentale donne automatiquement naissance à des enfants ratés ! A vrai dire, parfois la disparition d’un parent assainit l’atmosphère parce qu’il était beaucoup plus une source d’ennuis. Et même si ce parent était vraiment bien et qu’il décède, ses enfants peuvent continuer à agir convenablement pour honorer sa mémoire. Mais ce qui reste difficile à gérer, c’est qu’un enfant soit privé de l’un de ses parents alors qu’il était vraiment un bon géniteur. Dans tous les cas, je pense que le fait de vivre avec un seul parent n’est pas toujours une fatalité si ce parent en question sait comment remplir le vide et assumer son rôle convenablement. L’essentiel c’est de faire en sorte de donner une bonne éducation à son petit et veiller à ce que tout son entourage soit sain», dit-il.


Sami, 16 ans, pense aussi qu’une famille monoparentale n’est pas tout à fait une famille totalement normale. «Malgré tout ce qu’un parent fait, il ne peut pas remplir la place de l’autre. Mon ami vit avec sa mère. Il n’est pas équilibré même si sa maman fait tout pour le satisfaire. Il l’aime beaucoup, mais lui en veut parce qu’elle a décidé de divorcer. Il ne comprend pas les raisons. Mais pour lui, peu importe les causes, ils auraient dû faire l’impossible pour dépasser les problèmes de leur couple pour qu’il ait droit à une vie familiale normale, comme tous les autres», dit-il


Myriam, 15 ans, pense que certains divorces peuvent être bénéfiques. La jeune fille pense aussi qu’une vie avec un seul parent reste gérable. «Je vis avec ma mère parce que mes parents sont divorcés depuis des années. Je ne me suis jamais sentie anormale. Au contraire ! Je suis équilibrée, je réussis bien mes études et je dois cela à l’éducation de ma mère. Mais pour être honnête, il m’arrive de me sentir pas comme les autres lorsque je vois mes copines parler de leurs pères et de leurs projets ensemble. Toutefois, cela disparaît rapidement parce que ma maman ne me laisse manquer de rien. Il suffit que je coure pour me blottir dans ses bras pour que j’oublie tout. Ma mère est un baume au cœur. Ce qui me dérange, en fait, ce sont les jours de la visite paternelle. Avec le temps, je sens que mon père m’est devenu quelque part étranger et je deviens très stressée à l’idée de le voir. Cela dure deux jours. Ensuite, je me remets à vivre normalement. Je crois, en revanche, que la disparition de la mère est vraiment une fatalité. Malgré tout ce qu’un père peut faire, il ne pourra jamais remplacer la mère, son affection et sa dévotion pour ses enfants», dit-elle.


Nadine, 15 ans, partage le même avis. La jeune fille pense qu’une famille monoparentale peut réussir tant que ce n’est pas la maman qui a disparu. «Qu’elle soit morte ou que ce soit le père qui a gagné la garde des enfants, la disparition de la mère est vraiment un grave problème. Aucun père ne peut remplacer l’affection maternelle. L’un de mes camarades est vraiment complexé et agressif depuis que sa mère est morte. On dirait qu’il en veut au monde entier et il ne fait plus aucun effort pour réussir dans ses études. Il est gauche et irascible et n’accepte aucune aide extérieure. Franchement, je n’aimerai pas être à sa place ! Un enfant qui perd sa mère devient glacial et essaye de montrer qu’il est fort. En revanche, ceux qui perdent leur père continuent à vivre plus ou moins normalement», dit-elle.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com