Campagne de récolte de pommes de terre : Mieux gérer l’abondance





Les agriculteurs de la région de Bizerte peuvent jubiler en raison des perspectives d’une belle récolte de pommes de terre… Mais l’abondance n’est parfois pas facile à gérer. Reportage


Bizerte-Le Quotidien


La campagne des pommes de terre s’annonce très bonne cette année. Les estimations dépassent les prévisions. Les agriculteurs de la région de Bizerte, réputée pour la qualité de ses pommes de terre, sont depuis quelques jours mobilisés pour la réussite de cette campagne


L’enjeu est de taille car parfois il est difficile de gérer l’abondance surtout si elle est imprévisible. La question mérite une gestion rigoureuse d’autant plus que cette abondance coïncide avec l’importation l’année dernière de 55.000 tonnes de pommes de terre dont une partie n’est pas encore écoulée.


La visite effectuée jeudi par le président de l’UTAP, M. Mabrouk Bahri, accompagné de membres du bureau exécutif, de cadres du secteur et de journalistes, a pour objectif de connaître la réalité sur le terrain et de répondre aux préoccupations des agriculteurs dont certains ne cachent pas leurs inquiétudes en raison de difficultés inhérentes à l’écoulement de leur production.


Beaucoup d’agriculteurs sont en effet habitués à écouler leur produit immédiatement après la récolte et ce pour diverses raisons. Ils sont appelés à faire face aux diverses dépenses liées à l’exploitation de leurs parcelles et au paiement des salaires des ouvriers. Cette année, ils seront contraints de revoir leurs stratégies d’autant plus que les capacités de stockage du Groupement Interprofessionnel des Légumes (GIL) risquent de ne pas satisfaire la demande pressante des agriculteurs


Plus chère qu’un pot de yaourt


Cette réalité est exprimée par M. Hachemi Retimi, agriculteur de la région, spécialisé depuis quelques années dans la plantation de pommes de terre. «Les rendez-vous fixés par le GIL sont éloignés et m’indisposent» dit-il, ajoutant «Je n’ai pas les moyens de stocker ma production d’autant plus que je dois payer les ouvriers chargés de la récolte».


Les techniques de stockage des pommes de terre ne constituent pas une tâche aisée et échappent parfois aux agriculteurs. Ces derniers sont confrontés à des difficultés majeures. Outre les problèmes des coûts de production de plus en plus élevés, ils se plaignent des retours de marchandise en raison de la non-conformité aux critères en vigueur. Hassen Hzami, agriculteur de la région, estime que les centres régionaux de réception des pommes de terre font preuve d’un excès de zèle dans la fixation des seuils de tolérance. «Pour la moindre égratignure, ils refusent la pièce de pomme de terre qui parfois coûte plus cher qu’un pot de yaourt» dit-il en plaisantant. «Parfois le tiers de la production est rejeté» ajoute-t-il.


M. Mabrouk Bahri a affirmé, dans ce contexte, que l’UTAP est consciente des problèmes et difficultés qui gênent le circuit de production des pommes de terre. «Il appartient aux agriculteurs du secteur, notamment les exploitants de petites parcelles, de s’unir et de réfléchir sur les moyens de minimiser les coûts et, pourquoi pas, de créer un centre frigorifique en commun pour stocker le surplus de la production en attendant son écoulement».


Une équation à prendre en considération


Il est sans aucun doute préférable de gérer l’abondance plutôt que de gérer la pénurie. Mais il est évident aussi qu’une abondance mal gérée peut indirectement aboutir, durant les années qui suivent, à une pénurie puisque les agriculteurs, en toute logique, n’auront plus les moyens de rembourser leurs dettes ni d’entamer de nouveau l’exploitation de leurs parcelles s’il n’écoulent pas convenablement leurs productions et n’engrangent pas des bénéfices.


L’équation n’est pas difficile à résoudre si tous les intervenants s’associent pour trouver les solutions adéquates une fois pour toutes.


Lotfi TOUATI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com