Un accord et des interrogations





Même si la violence et l’insécurité qui laminaient leur pays déclinent un tantinet depuis quelque temps, les Irakiens ne sont pas pour autant  au bout de leur peine. Il est question, cette fois-ci, du fameux accord sur la présence future, dans l’ancienne Mésopotamie, des troupes américaines.


Cet accord, qui fait l’objet actuellement d’âpres négociations entre Washington et Bagdad, alimente les discussions et fait couler beaucoup d’encre. Il fait surtout jaser les Irakiens qui le considèrent d’emblée et non sans raison comme le prolongement infini de l’occupation étasunienne. Vivement critiqué et décrié par le mouvement chiîte de Moqtada Sadr, cet accord, dans sa  configuration actuelle, n’a pas trouvé grâce même aux yeux du gouvernement Maliki qui évoque d’ailleurs une «vision différente» de celle des Etats-Unis sur ce dossier.


Les appréhensions et les craintes des Irakiens sont en fait largement justifiées. Le futur accord, baptisé Status of Forces Agreement, doit, en effet,  donner des bases légales à la présence des GI’s sur le sol irakien au delà du 31 décembre, à l’expiration d’une résolution de l’ONU régissant cette présence. On parle, à ce propos, d’une cinquantaine de bases militaires que les USA veulent garder en Irak dans le cadre d’un “nouveau pacte” que le président Bush veut faire passer avant la fin de son 2e mandat.


La question semble même prendre une tournure proprement rocambolesque depuis les dernières révélations publiées par le journal The Independent. Selon ce média, les négociateurs américains se servent des réserves financières irakiennes  estimées à 20 milliards de dollars et détenues actuellement dans la Banque de Réserve fédérale de New York pour forcer leurs homologues irakiens à accepter les termes de cette “alliance militaire”.


Une alliance de façade, en fait, comme s’accordent à le penser les observateurs avertis et qui n’est plus ni moins qu’une sorte de protectorat permettant aux Etats-Unis de prendre racine en Irak pour des considérations qui n’échappent à personne. On comprend, d’ailleurs et de fil en aiguille, la réticence du Premier ministre irakien, voire son  embarras aussi bien vis-à-vis de ses concitoyens que de ses voisins. En visite à Téhéran, Nouri Al-Maliki a, en effet, assuré dimanche que son pays “ne servira pas de base pour porter atteinte à la sécurité de l’Iran”.


L’allusion audit accord américano-irakien actuellement en gestation ne fait pas l’ombre d’un doute à ce sujet, même si ces assurances n’engagent, en fait, que leur auteur, et ce, pour des raisons objectives. De par son statut de haut responsable d’un pays sous occupation, Nouri Al-Maliki n’a pas en effet les moyens de ses ambitions politiques pour changer le cours des événements.


En tout état de cause, Washington qui cherche désespérément à “pacifier” l’Irak et accélérer sa “reconstruction”, gagnerait à revoir sa position dans ce registre extrêmement important.


Car, il y a risque, à cet effet, que la situation dégénère si d’aventure Washington envisagerait pour l’Irak un statut similaire à celui de l’Allemagne et du Japon à la fin de la 2e Guerre mondiale. Si c’est le cas, bonjour les dégâts et le chaos à durée indéterminée, non seulement en Irak mais également dans l’ensemble de la région.


Chokri Baccouche




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com