Les jeunes et le dialogue des civilisations : Un mur d’incompréhension…





Les jeunes de tous bords rêvent d’un monde meilleur et d’une cohabitation heureuse entre les différentes cultures et religions. Les jeunes sont censés parler un même langage : celui de la justice, de la liberté et par-dessus tout de la paix. Le dialogue entre les jeunes de l’Orient et ceux de l’Occident est-il justement possible ? Est-ce que les jeunes Tunisiens ont des problèmes de communication avec leurs pairs occidentaux ? 


 


Tunis-Le Quotidien


A présent, le monde n’est pas dans sa meilleure forme.  Occidentaux et Orientaux ne parlent plus le même langage et la cohabitation entre les deux cultures ne semble pas être facile. Cela dit, la civilisation est un terme qui désigne l'ensemble des croyances, des conventions sociales ainsi que l’ensemble des comportements qui caractérisent une société. Le dénominateur commun à toutes les civilisations est, a priori, le défi qui incite les unes et les autres à sortir de l'ornière de leurs habitudes pour s'élever à un niveau supérieur et pouvoir ainsi s'affirmer. Si l’on aspire à une cohabitation pacifique et pacifiste, il ne faut pas  prendre en considération la couleur de la peau, la nationalité, la langue, ou l’appartenance ethnique et religieuse. Mais étant donné que la société occidentale donne l’image, depuis quelque temps, d’une entité imbue d’elle-même et qui se sent supérieure aux autres sociétés qui l'ont précédée ou aux autres sociétés contemporaines moins avancées, le dialogue entre les cultures ne passera donc pas sans affrontements. Dans ce sens, la société occidentale cherche à mettre en avant ce dont elle est fière : le niveau de sa technologie, le développement de ses connaissances scientifiques, la liberté de ses mœurs... En revanche, les sociétés orientales essayent de combler le retard enregistré au niveau technologique et scientifique, mais elles cherchent par-dessus tout de se faire admettre pour ce qu’elles sont. Par ailleurs, les jeunes continuent à revendiquer un monde ouvert sur les différences, à un échange culturel et à une cohabitation pacifique ente les différents peuples. Cependant, nous avons souvent affaire à des tirs croisés, à des mentalités différentes et à une communication difficile. Cela représente-t-il un obstacle pour que les jeunes de différentes nationalités communiquent ?


Hager, étudiante, 23 ans, a de jeunes amis français et italiens des deux sexes. Etudiante à la faculté d’animation, la jeune fille doit miser sur l’échange culturel. Mais elle se retrouve toujours en train de se plier en quatre pour se justifier. «Pour dire les choses comme elles le sont réellement, je ne vais pas vers les jeunes occidentaux avec une gaieté de cœur. Dans le cadre de mes études, on nous incite à nouer des relations avec des pairs occidentaux et d’effectuer des échanges culturels. Mais cela n’est pas de tout repos ! En fait, les jeunes venant d’autres bords communiquent avec nous tout en gardant fièrement leurs idées stéréotypées qu’ils reçoivent en «héritage» génération après génération. Pour eux, les Arabes sont des personnes sous-développées et sauvages qui ne sont pas civilisées et qui se contentent de les imiter aveuglément. Donc, si l’on reste à l’image de nos ancêtres, nous sommes considérés comme des personnes arriérées, barbares et peut-être même dangereuses. Et si l’on se montre modernes et civilisés, on nous considère déracinés et en train de les imiter sans conscience. Cela dit, au lieu d’échanger avec eux les richesses de notre civilisation arabo-musulmane et de leur faire part de notre culture, je me retrouve à chaque fois dans la case départ assise sur le banc d’accusation et en train de défendre notre cause… Or c’est peine perdue !  Ils sont également tout le temps en train de critiquer nos habitudes et nos traditions. Mais je suis une personne fière de mes racines et je me sens affectée à l’idée de me retrouver obligée à chaque fois de me défendre. L’échange culturel ? Ce n’est pas une partie de plaisir. C’est comme si l’on était au tribunal en train de donner des alibis pour nous disculper ! Toutefois, il m’arrive de tomber sur des Occidentaux sans idées reçues et là, je trouve l’occasion de rectifier les choses. Mais pour y arriver je dois discuter en long et en large avec mes vis-à-vis», dit-elle.


Henda, 18 ans, pense que la communication entre Arabes et Occidentaux peut comprendre des difficultés. Mais elle pense que cela vaut toujours la peine d’essayer. «Malheureusement, certaines propagandes de la politique occidentale et juive ont tissé une image effrayante autour des Arabes. Nombreux sont les Occidentaux qui ont gobé cela et qui considèrent les Arabes comme des personnes inhumaines, barbares et capables de commettre gratuitement des actes terroristes. Cela peut nous mener à devenir rancuniers et à rompre totalement le dialogue avec eux. Mais le silence peut donner à ces fausses accusations aberrantes, une certaine légitimité. L’on ne doit donc pas se laisser faire ! La politique de l’autruche ne peut que compliquer davantage les choses. Nous devons remédier à ce problème. Les jeunes Arabes sont ceux qui détermineront le déroulement des événements futurs. Nous sommes redevables, dans ce sens, de faire une contre-offensive à travers la communication et le dialogue. Plusieurs jeunes Tunisiens ont abordé ce sujet sur les forums de discussions via Internet et ils sont parvenus à convaincre leurs pairs occidentaux et à aplanir le malentendu. Les jeunes Occidentaux, tout comme nous, aspirent à un monde meilleur sans guerre et sans injustice. En communicant ensemble, ils arrivent à comprendre les dessous du problème. Si l’occasion se présente, je n’hésiterais pas à tenir une conversation avec eux et à corriger cette fausse image qu’on essaye de nous coller injustement. Il est toujours possible de communiquer avec une jeune personne et de la convaincre dans la mesure où elle a l’esprit ouvert et qu’elle procède de manière logique», dit-elle.


Mohamed Ali, étudiant, 23 ans, voit les choses d’un autre angle. Le jeune homme a eu quelques discussions avec des filles étrangères. Il a essayé de tenir des discussions avec elles, mais il a fini par laisser tomber l’idée de l’échange culturel. «J’ai fait la connaissance d’un groupe de jeunes filles françaises et anglaises ici même en Tunisie. Lorsque j’ai essayé d’évoquer des discussions de poids, elles ont manifesté ouvertement leur refus. Elles m’ont dit qu’elles ne cherchent pas à savoir qui nous sommes et quelles sont nos richesses culturelles. Tout ce qui les intéressait c’était en fait, de profiter du beau temps, de visiter quelques sites et de se procurer quelques objets traditionnels qu’elles garderont comme souvenirs. Ce black-out m’a révolté d’autant plus qu’elles nous regardent avec un air hautain. Résultat, j’ai coupé court et, depuis, je n’essaye plus de parler aux jeunes Occidentaux», dit-il.


Yosra, 18 ans,  est pour le dialogue entre les cultures. La jeune fille trouve que c’est aux jeunes de franchir ce pas. «Bien que nous ayons une culture différente ou une langue différente, les jeunes ont plusieurs points en commun. Ils peuvent trouver des tendances en commun, des rêves en commun et même de nobles causes à partager comme la paix dans le monde. Toutefois, même si nous, les Arabes, et contrairement à ce qui peut être véhiculé sur nous, sommes pour le dialogue des cultures. Les jeunes Occidentaux peuvent avoir une mentalité différente et peuvent aussi refuser d’engager le dialogue. Certains se croient au-dessus de nous et ma fierté de fille arabe ne me permettra même pas d’essayer de les faire changer d’avis. Je serais prête à essayer, mais, dans ce dessein, il faut d’abord que mon interlocuteur fasse preuve de respect», dit-elle.


Haïfa, 18 ans, pense que la communication peut résoudre tous les conflits. «La tâche ne sera pas facile. Il est difficile de changer toute une mentalité et des convictions. J’aimerais tant savoir comment les jeunes Occidentaux réfléchissent et, même s’ils ont des idées reçues, nous pouvons trouver un terrain d’entente. Sauf que certains obstacles peuvent rendre la communication encore plus difficile comme la langue, la différence des mentalités et la différence des cultures. Mais un dialogue entre les cultures peut toujours rendre la cohabitation plus facile. Toutefois, pour communiquer, il faut être deux. Moi, je fais des efforts sans trouver de répondant de l’autre côté ou bien je laisse tomber», dit-elle. 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com