La démocratie sous la loupe des experts arabes : Un concept en mutation, des questions en suspens





«Le changement démocratique: réalité et perspectives», tel est le thème du colloque organisé hier par le Mouvement des Démocrates Socialistes à l’occasion du trentième anniversaire de la création du parti.


Plusieurs personnalités nationales et arabes ont assisté à ce débat et essayé de mettre le concept de la démocratie dans son cadre environnemental.


Tunis - Le Quotidien


«On ne peut pas parler de démocratie sans revenir aux origines de ce terme, des origines, selon moi, grecques, européennes,  judéo-chrétiennes», a affirmé le Dr. Chedli Ayari, notre ancien ministre, dans son allocution intitulée «Les conditions économiques et sociales pour réaliser le changement démocratique».


Peut-on réaliser la démocratie sans satisfaire certaines conditions économiques et sociales? M. Ayari donne une réponse plutôt mitigée. Selon lui, il y a bien d’autres conditions pour mener le processus démocratique à son bout. «Le choix démocratique est basé surtout sur l’inspiration individuelle de l’être humain, indépendamment des autres facteurs. D’ailleurs, une politique démocratique peut, dans plusieurs cas, ne pas aller de pair avec l’essor économique», a-t-il noté. Et d’ajouter: «Le lien entre la démocratie et le facteur économique n’est pas stable. C’est un lien en perpétuelle mutation, qui varie selon l’espace et le temps. La loi de cause à effet n’est pas toujours  vraie».


Se basant sur une étude  effectuée par l’organisation des Nations-Unies, M. Ayari a pris un échantillon dans les pays en voie de développement qu’il a répertorié en cinq groupes: les pays arabes et proche-orientaux, les pays d’Europe de l’Est, les pays asiatiques, les pays d’Amérique latine et les pays africains sud-sahariens.


Etudiant le processus démocratique dans nombre de pays appartenant à ces cinq groupes, il s’est basé sur les critères du développement, des libertés civiles, des droits politiques, de la liberté de presse et de la liberté d’expression.


En conclusion, il a noté que les groupes asiatique et arabe occupent les derniers rangs sur l’échelle de la démocratie. Ces deux groupes qui se réfèrent aux principes culturels du confucianisme, du bouddhisme et à la culture arabo-musulmane n’accordent pas le même intérêt aux critères de la démocratie, comme c’est le cas dans les autres groupes notamment celui d’Europe de l’Est, influencés par le modèle occidental.


A cela s’ajoutent d’autres entraves au processus démocratique dont la situation géo-politique et le manque de stabilité dû aux menaces terroristes.


M. Ayari appelle, à la fin de son exposé, à ne pas imiter aveuglément le modèle occidental mais à œuvrer à une ouverture qui respecte la culture, la religion et l’environnement de chaque pays.


Les piliers de la démocratie


Pour sa part, M. Taïeb Baccouche, président de l’Institut arabe des Droits de l’Homme, a considéré que les institutions de l’Etat  et les organisations de la société civile constituent les deux piliers de la démocratie. Il a par la suite énuméré les conditions nécessaires à la réalisation de la démocratie évoquant en premier lieu le respect de l’Etat et la sauvegarde des libertés par le biais des organisations.


Il a également évoqué la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice, affirmant que sans ces deux conditions, le citoyen perdra toute confiance dans les institutions de l’Etat.


«La presse constitue également un pilier de la démocratie. C’est un indice important pour déterminer les degrés de progrès de tout processus démocratique», a noté M. Baccouche, citant également la pluralité politique et celle associative comme critères démocratiques.


«La citoyenneté, c’est également l’égalité entre les deux sexes. C’est aussi une culture qui naît dans la famille et dans la société par la suite», a affirmé M Baccouche, avant d’ajouter: «Il ne faut surtout pas réduire la démocratie aux slogans. La démocratie est un concept en mutation qui a besoin de soin. C’est un projet qui ne peut être réalisé qu’en présence de revendication populaire et d’une volonté politique».


Et de conclure par une interrogation: «peut-on parler de démocratie sans évoquer l’environnement et la conjoncture internationale?»... Telle est la question.


Fatma BEN DHAOU OUNAÏS




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com