Les jeunes et l’entêtement : Je refuse, donc je suis…





Les adolescents ont besoin de se montrer hostiles à tout pour affirmer leur personnalité. «Je refuse, donc je suis», telle est leur devise ! Les jeunes sont-ils justement têtus ? Trouvent-ils cet entêtement justifié ?


Tunis-Le Quotidien


Un jeune veut absolument agir à sa guise. S’il désire se rendre quelque part, il faut qu’il y aille. S’il a envie de faire quelque chose, rien ne doit l’en empêcher. Il ne supporte pas d’être contrarié. De nombreux parents restent, d’ailleurs, perplexes devant l’obstination de leurs enfants. A l’âge de l’adolescence, les jeunes n’en font qu’à leur tête. Tenaces et opiniâtres, ils vont jusqu’au bout de leurs idées et se rebellent contre ceux qui essayent de les en dissuader. Ce qui leur permet de se démarquer par rapport à la dépendance propre à l’enfance. Lorsque des transformations physiques pubères ont lieu chez un adolescent et lorsque son physique se transforme, il se rend compte qu’il a grandi et décide d’en finir avec la soumission. Il n’est plus disposé à se plier aux ordres. Ce qu’il cherche, c’est de prouver qu’il est devenu autonome et qu’il a la faculté de juger par lui-même. Fini le temps de la passivité ! Un jeune veut exprimer toutes ses pulsions qui étaient plus au moins inhibées jusque-là. Une manière de contrôler les choses, d’avoir un impact sur son environnement immédiat et d’avoir le moyen de modeler sa propre existence. Sauf que cet entêtement est parfois poussé à l’extrême. Il peut même prendre une forme agressive. En effet, une jeune personne se montre encore plus obstinée lorsqu’elle se souvient de toutes les fois où elle a dû céder devant l’autorité des parents et des adultes en général. Un enfant, même s’il jugeait cela injuste, ne pouvait pas réagir. Mais une fois adolescent, il se donne le droit d’enfreindre les règles. Toutefois, si certains jeunes tiennent bon, c’est parce qu’ils croient à la cause qu’ils sont en train de défendre. D’autres, en revanche, font preuve d’obstination pour se faire valoir, attirer l’attention et prouver qu’ils ont grandi. Or, un entêtement non justifié ne démontre en fait qu’une immaturité, une irresponsabilité et une tendance égoïste et capricieuse chez les jeunes…


Mahmoud, 16 ans, reconnaît être une vraie tête de mule. Il n’écoute jamais ceux qui lui donnent des ordres et qui lui forcent la main. «Si les autres essayent de me convaincre doucement, je cède sans même m’en rendre compte. Par contre, si on utilise le langage de la force, je m’entête encore plus. Cela devient comme une sorte de défi et je ne cède pas, même s’il s’agit de mes géniteurs. En outre, à mon sens, une personne facilement influençable, qui donne toujours raison aux autres, est une personne qui manque de caractère. Partant de l’évidence que je suis un être qui a des repères fixes, des principes, des croyances et des idées, je suis donc un être humain à part entière et j’ai le droit d’avoir des positions dans la vie. Mes positions émanent de mon éducation, de mes propres convictions et de ma petite culture. Cela dit, personne n’a le droit de s’immiscer parce qu’il touchera à des repères que je garde précieusement au fond de moi-même. En revanche, je peux accepter que l’autre ait une manière différente de voir les choses ou de se comporter. Cela relève des libertés individuelles. Mais il n’a aucunement le droit de m’imposer son avis. Dans ce cas, je m’entête davantage, même s’il s’agit des miens. Toutefois, je peux facilement céder devant mon ami Alaa. D’abord il a mon âge, je lui confie tout et il joue parfois le rôle d’objecteur de conscience. S’il venait me dire que j’avais tort, je l’écoute parce que j’ai confiance en lui et en ses jugements. Et puis surtout, il le fait de manière très subtile et délicate», dit-il.


Nidhal, 16 ans, juge l’entêtement positif. Le jeune homme pense que c’est une preuve que l’on a beaucoup de caractère. «Il faut d’abord faire la différence entre quelqu’un qui tient bon juste pour faire l’intéressant et attirer l’attention et un autre qui tient bon parce qu’il est convaincu de ce qu’il fait. Moi, j’ai un caractère assez «robuste». Je ne me laisse pas faire facilement. Généralement, si je maintiens une position c’est parce que je suis entièrement convaincu que je ne suis pas dans le tort. Mais je ne me comporte jamais de manière enfantine et puérile. Si mon vis-à-vis a les arguments qu’il faut pour me dissuader ou pour me convaincre du contraire, je l’écoute. Il est possible que je change de position ou d’attitude s’il arrive à me persuader. Toutefois, je n’accepte pas les ordres qu’on essaye de m’imposer de manière crue et abrupte! Je n’accepte pas qu’on me prenne pour un petit enfant qui doit exécuter les ordres sans même avoir le droit de comprendre et de discuter. Les personnes qui s’entêtent sans raisons valables n’acceptent même pas qu’on discute avec eux. Ils font semblant d’écouter. Ensuite, ils n’en font qu’à leur tête. Ce n’est pas le cas pour moi. Je suis ouvert d’esprit et j’accepte les critiques si cela se fait avec tact. La preuve, je change parfois d’opinion lorsque Mahmoud, mon meilleur ami, ne convainc que j’ai eu tort. Mais il faut dire qu’il n’utilise jamais la force avec moi. Je ne peux pas accepter qu’on m’oblige à faire quelque chose. Cela sera une preuve qu’on me juge incapable de réfléchir et de comprendre. Avec mon ami, les choses diffèrent. On discute longuement et il arrive à me faire changer d’avis avec sa manière douce de procéder», dit-il.


Nizar, 15 ans, n’est pas têtu. Le jeune homme se plie toujours à la volonté de ses parents. «L’entêtement est avant tout est une question d’éducation. Si les parents ont initié l’enfant à discuter et à s’exprimer, il sera capable d’accepter le dialogue plus tard. En revanche, s’il a été longuement sous la férule des parents, il aura tendance à rester effacé et sans aucun caractère, ce qui veut dire qu’il n’est pas capable de s’entêter. Ou bien au contraire, il sera exagérément têtu pour avoir sa revanche. Moi, je ne m’entête que si je suis convaincu d’être sur la bonne voie. Il n’y a aucune raison pour que je cède si je ne suis pas dans le tort ! C’est une sorte de défi et je ne suis pas prêt à baisser les bras si je ne suis pas convaincu. En revanche, avec mes parents, les choses diffèrent. J’essaye toujours de discuter avec eux et il faut qu’ils soient d’accord avec moi. Le cas échéant, c’est moi qui dois laisser tomber. Je le fais avec gaieté de coeur parce que mes parents ne me contrecarrent que lorsqu’ils sont persuadés que c’est pour mon propre intérêt. Je me fie donc entièrement à leur volonté et j’oublie mon entêtement et mon amour-propre. Je pars toujours de l’évidence que jamais personne ne me voudra autant de bien que mes parents», dit-il.


Hamza, 16 ans, a toujours fait profil bas devant sa mère. Le jeune homme est persuadé qu’elle n’agit que pour son bien. «Chaque être humain a une clé. Le plus intelligent est celui qui sait trouver la bonne clé au bon moment. Chaque être humain peut être leurré et croire qu’il n’a fait qu’à sa tête et que l’idée a émané de lui alors qu’un autre l’a manipulé et l’a poussé à agir ou à penser de la sorte. Et ce, tout en lui faisant croire qu’il garde la situation en main! C’est le cas avec ma mère. C’est une femme intelligente qui sait me pousser dans la direction qu’elle veut. Cela dit, je ne peux pas dire qu’elle me manipule, il s’agit de ma propre mère. Et puis, elle cherche avant tout mon intérêt. Toutefois, si les ordres émanent d’une autre personne, il est rare que je cède», dit-il.


Abir CHEMLI




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com