Les jeunes filles et la dot : Autres temps, autres mœurs…





La dot est l’ensemble des biens que l’épouse apporte au moment du mariage. Cette tradition semble disparaître peu à peu. Les jeunes filles n’accordent plus un grand intérêt à la dot, semble-t-il.


Elles se contentent d’acheter le minimum quelque temps avant le jour «j». Vrai ou faux ?


Tunis-Le Quotidien


La tradition en Tunisie veut que l’homme ait une maison avant de se marier. En ce qui concerne les meubles et tout le reste, c’est partagé entre les deux futurs époux. Cela se fait conformément aux habitudes des régions et selon une convention commune entre les deux familles nouvellement alliées. L’homme, qui désire se marier, fournissait autrefois à ses futurs beaux-parents ou bien du bétail, ou bien des bijoux ou encore de l’argent pour mériter la main de sa future épouse. Le sens de cette prestation se comprend si on analyse le mariage comme une alliance entre deux familles où l’une d’entre-elles «perdra» sa fille. La dot devient alors une sorte de «compensation» donnée par la famille de la jeune fille pour «indemniser» cette «perte». Mais toute cette pratique s’est émoussée. Aujourd’hui, la dot est une coutume presque désuète. Seulement quelques familles en font une condition obligatoire à la validation du mariage. De plus, le mariage ne se décide plus par les familles alliées. C’est aux deux partenaires que revient la décision. La participation de l’un et de l’autre se fait en fonction d’un accord commun entre les deux futurs époux. Généralement, l’homme ne donne plus de présents à ses beaux-parents. Il se contente de fournir les biens essentiels pour subvenir aux besoins de sa future famille. Toutefois, les jeunes ne semblent pas accorder un grand intérêt à la dot. Les parents payent les études, les habits et les frais immédiats qui permettent à leurs filles de vivre comme leurs pairs. Après les fiançailles, les deux partenaires seraient prêts à tout préparer collectivement sans se plier à une tradition spécifique. La majorité des filles s’engagent d’ailleurs dans une promesse solennelle de mariage tout en étant dépourvues d’une dot…


Nozha, 21 ans, pense que le mariage est une responsabilité commune. La jeune fille trouve essentiel que les deux partenaires s’entraident afin que le mariage réussisse. «Le mariage est une union entre deux personnes. Il faut qu’elles se partagent tout : les frais, les responsabilités, les tâches… Si un couple commence à faire des calculs de rentabilité, c’est un faux départ et tout ce qui va suivre, va boiter ! Il faut absolument que chacun assume ses responsabilités après un accord commun et que des efforts soient équitablement déployés de part et d’autre pour que cette relation soit bénie. En outre, on peut évoluer, avoir un mode de vie moderne, sans que cela ne touche aux traditions. Certaines traditions doivent absolument être préservées et transmises de génération en génération. Elles font notre identité. Et la dot en fait partie. Certes, mes parents ne m’achètent pas des éléments pour la dot, ils ont bien d’autres frais plus urgents comme les études ou les habits, mais je suis sûre qu’ils le feront une fois que je serai officiellement fiancée. Cela dit, on ne peut pas leur demander le beurre et l’argent du beurre ! C’est déjà grâce à eux que j’ai pu poursuivre mes études. Actuellement, je travaille et je suis en train de mettre de l’argent de côté justement pour la dot», dit-elle.


Mohamed, 18 ans, pense qu’il est essentiel que les deux partenaires s’entraident. Cela dit, le jeune homme considère la dot nécessaire. «La vie coûte cher et une fille ne peut pas demander aux parents de lui fournir la dot alors qu’ils couvrent ses autres dépenses. Cela leur coûte déjà les yeux de la tête. Autrefois, les parents réservaient une partie de leurs revenus pour la dot de leurs filles parce que la majorité des filles n’allaient pas à l’école. Aujourd’hui, elles suivent toutes des études et cela coûte de l’argent. Il ne faut donc pas exiger des parents de s’endetter pour fournir une dot. D’ailleurs, la majorité des jeunes filles dans mon entourage demandent à leurs parents d’oublier par moments le souci de la dot. Elles veulent juste étudier. Une fois qu’elles auront un emploi, elles s’en chargeront toutes seules. D’ailleurs, ceci est l’une des raisons qui explique pourquoi l’on se marie de plus en plus tardivement. Cela dit, la cherté de la vie implique aujourd’hui qu’homme et femme se partagent les frais. L’époux n’est plus en mesure d’assumer seul les charges de son ménage. Si j’avais de l’argent, il est évident que je prendrai tout en charge. Mais dans le cas contraire, je serai contraint d’accepter que ma future femme me vienne en aide et qu’elle participe aux frais du mariage», dit-il.


Oussama, 18 ans, partage le même avis. Le jeune homme souhaiterait devenir riche parce qu’il veut subvenir seul aux besoins de sa future famille. «Je ne crois pas qu’il existe un seul homme sur terre qui soit heureux de dépendre de l’argent de sa femme. A moins qu’il ne soit vraiment indigne et calculateur! Mais ce sont les conditions et la cherté de la vie qui nous poussent à le faire. La dot de la future épouse devient donc essentielle parce que l’on ne peut arriver, nous les hommes, à couvrir seuls les frais du mariage. Il faut que les parents aident un peu de leur côté. D’ailleurs, moi je n’ai pas de sœur, mais ma mère est en train d’aider sa nièce à constituer sa dot. Pourtant ma cousine n’est pas encore fiancée. Mais dans notre famille, nous nous aidons les uns les autres pour alléger les frais de celui ou celle qui veut se marier», dit-il.


Myriam, 18 ans, n’accorde aucun intérêt à la dot pour le moment. La jeune fille préfère que ses parents couvrent les frais de ses études et de ses autres dépenses plus urgentes. «La vie coûte cher et mes parents ne peuvent pas concilier entre les frais de mes études et la dot. Toutefois, ils comptent le faire. Ils m’ont dit qu’ils vont m’acheter des choses dès que j’aurais vingt ans. Je trouve que c’est très important que l’on fournisse la dot à ses filles. Cela n’est pas seulement un rituel, c’est essentiel pour qu’un mariage puisse réussir. Il est impossible que l’homme seul assume tout. Un mariage, ça chiffre ! Et nul ne peut y parvenir seul. Cette union nécessite que les deux partenaires et les deux familles s’entraident sinon l’union sera difficile à réaliser ou encore difficile à perdurer. Mais je pense que ce qui va aider les partenaires à réussir leur vie de couple, c’est d’avoir la volonté de bâtir ensemble, d’être honnêtes, altruistes et d’avoir le sens de la frugalité», dit-elle.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com