«Cheikh Messaoud» : Zoom sur la vie d’un combattant sudiste





Paru en 2007 aux éditions «Atlas éditions», «Cheikh Messaoud» de Mohamed Lazghab, qui a attiré très vite l’attention des historiens, fascine aussi par l’intérêt du personnage  qu’il présente. Pourtant, ce livre qui donne, à première impression, l’image d’un ouvrage historique, ne semble pas répondre à cette vocation, si l’on en croit certains critiques.


L’auteur de ce livre l’a reconnu d’ailleurs lors de son intervention dernièrement dans une rencontre qui a eu lieu à la Maison des Associations de La Slimania. Bien que Mohamed Lazghab tente de décrypter le parcours de ce personnage, il n’échappe pas cependant à la loi de l’histoire. Il s’était longuement étalé sur la présentation historique de la vie sociale et culturelle des habitants du sud de la Tunisie durant la première moitié du siècle passé. Il s’agit de la période la plus mouvementée (1881 à 1960) au cours de laquelle a vécu Cheikh Messaoud. A défaut d’en faire une vraie alchimie historique, l’auteur tente de transformer la vie de ce cheikh en un ouvrage imaginaire et même en un roman de fiction et non un véritable ouvrage historique. Il s’y appuie sur des sources historiques, cite des dates et situe Cheikh Messaoud dans son contexte sociologique et historique. Objectivement parlant, il adopte dans ce livre une démarche purement historique. En présentant Cheikh Messaoud, il écrit ceci : «C’est le cheikh qui a su braver sans férir une autorité coloniale intertribale et une pression tribale sans pitié pendant plus de trente ans, mais un héros qui ne s’est pas approprié le ciel». Ces propos de l’auteur témoignent en effet de la perspicacité de Cheikh Messaoud.


Nous sommes en 1927 quand il est nommé à la tête des «Cheikhats». A cette époque-là, Ghomrassen couvrait un territoire immense qui regroupait des localités comme Bir Lahmar, située à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Médenine, mais aussi les montagnes de Zaâfaran, de Béni Khédache et jusqu’à la limite des villages berbères. Ce territoire s’étire pour atteindre El Mzar, Toiylat, en direction de Ben Gardane et Zarzis vers la frontière libyenne. Ce territoire avait servi Cheikh Messaoud d’arrière-pays de guerre pour asseoir son hégémonie de chef de tribu et de combattant hostile aux colons. En effet, durant ses trente-trois ans de règne à la tête des «Cheikhats» de Ghomrassen, ce vaillant combattant s’était appuyé à son époque sur des clivages tribaux du sud tunisien pour s’opposer à la colonisation.


Le mouvement national armé


Le livre met aussi un accent sur le rôle du Mouvement national armé du sud tunisien qui était dirigé par le chef de guerre qui a su composer en un moment bien donné avec la réalité coloniale. Outre le rôle de ce mouvement réhabilité, la stratégie de ce chef de guerre a reconduit un système qui remonte à la nuit des temps dans la société arabe. Il s’agit de l’«assabiyya». L’auteur s’est aussi basé sur une démarche qu’avait adoptée le cheikh qui, à un moment donné, s’est appuyé sur les divergences tribales dans la société bédouine. Le cheikh s’était aussi révélé un véritable médiateur pour rallier les tribus de sa région à sa cause. Malgré cette stratégie d’alliance et de contre-alliance, ce chef de guerre n’a pu faire face à lui seul à l’invasion coloniale du sud tunisien. Il compose parfois et malgré lui avec les autorités coloniales.


Selon Mohamed Lazghab, il reçut même la visite du Résident général à Ghomrassen duquel il n’a rien perçu de positif. L’auteur, dans sa longue description de la vie familiale, politique et religieuse du cheikh, braque aussi pleins feux sur les mariages, les circoncisions, bref sur tous les us et coutumes des habitants du sud en général et de Ghomrassen en particulier. Il s’attarde aussi sur les rapports entre les tribus et surtout sur leur complicité ou hostilité avec Cheikh Messaoud ou avec l’autorité coloniale. Ainsi, «Cheikh Messaoud», bien que réfutant sa vocation historique, apporte un témoignage percutant sur la vie de ce cheikh, son parcours de vaillant combattant effacé, mais insoumis vis-à-vis de l’autorité coloniale et du palais beylical du Bardo. L’autorité de ce cheikh s’estompe à la fin de sa vie avec l’accession de la Tunisie à l’indépendance, mais aussi avec son âge avancé puisqu’il avait alors 75 ans. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’outre son aspect romanesque et même son caractère de roman-fiction, l’auteur extrait de l’oubli la vie d’un personnage et le réhabilite dans ce livre petit format de 368 pages. On ne saurait demander plus à un chercheur.


Ousmane WAGUÉ




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com