Le statut des petits amis : Toléré, mais les mamans veillent au grain





Quasiment tous les jeunes hommes ont de petites amies. Les familles de ces garçons, qui légitiment à leurs fils d’avoir des copines, ne tolèrent pas que leurs filles aient une relation affective avec des garçons. Et ces petites amies, alors, ont-elles bien des parents elles aussi? Avec le temps, cependant, certaines familles se sont rendues à cette évidence. Elles ont fini par admettre le statut du petit ami… Vrai ou faux ?


Tunis-Le Quotidien


Autrefois, aucune relation affective n’était permise en dehors d’un lien officiel. Les couples, qui déambulaient dans la rue, étaient toisés par tous les passants si la fille ne portait pas de bague de fiançailles. Plus encore, ces filles, qui se «permettent» d’avoir une relation affective en dehors d’un cadre officiel, étaient même jugées légères. Et même le petit ami pouvait juger mal sa copine juste parce qu’elle a accepté de sortir avec lui. Aujourd’hui, tout cela fait partie de l’histoire ancienne. Plusieurs garçons présentent, en effet, leurs petites copines aux parents et spécialement à la mère. Cette dernière accepte la fille en question et peut même la recevoir dans la maison familiale. Dès lors, elle devient complice dans cette relation. Ceci est valable même si les parents de la jeune fille n’ont pas l’ombre d’un soupçon quant à l’existence de cette relation. En revanche, cette même maman interdit généralement à sa fille d’avoir un petit ami. Pour se justifier, les mamans n’ont pour argument que de dire à leurs filles qu’il est très mal vu d’avoir un copain. Alors qu’elles n’arrêtent pas de vanter les mérites de la petite amie de leurs fils !! Cette contradiction flagrante pousse la soeur à se poser des questions : pourquoi est-elle condamnée alors la copine de son frère est «adulée»? Une équation difficile à résoudre ! Résultat : cette fille en fera de même. Elle se fera à son tour un petit ami à l’insu de ses parents. Toutefois, selon le bruit qui court, de plus en plus de parents commencent, à présent, à admettre l’idée que leurs filles aient des relations affectives. Evolution des mœurs? Probablement ! Mais cela ne semble pas être l’unique raison ! Pratiquement, toutes les filles, ayant atteint un certain âge, auront de petits amis derrière le dos de leurs parents. C’est presque une évidence. Ces derniers préfèrent donc être au courant pour ne pas voir les choses échapper à leur contrôle. Ils admettent, bon gré, mal gré, le statut officieux du petit ami de leur fille…


Dhouha, 19 ans, n’infirme pas le constat. La jeune fille confirme que les mamans sont généralement toutes au courant des relations affectives de leurs enfants qu’ils soient filles ou garçons. «L’existence de relations affectives entre filles et garçons a cessé d’être un tabou. Ce genre de relations est entré dans les mœurs. Et ce sont les jeunes qui n’ont jamais eu de relations avec le sexe opposé qui sont… anormaux ! Autrefois, ce genre de relations n’avait pas raison d’être parce que les couples se mariaient à un âge assez précoce. A présent, on ne peut plus se marier tôt. Et étant donné que filles et garçons se côtoient, il est tout à fait naturel que des affinités naissent entre eux. Parce qu’ils sont jeunes, ils ne peuvent pas passer directement au lien officiel. Et puis, selon ma vision des choses, je crois qu’il est toujours préférable de prendre son temps, de connaître le vis-à-vis, avant d’officialiser les liens. D’ailleurs, même si certaines familles continuent de nier cette évidence, cela ne changera en rien la réalité des faits ! Et puis, la majorité des garçons présentent leurs petites amies à leurs familles. Quant à la famille de la fille, je pense que toutes les mamans sont au courant de l’existence du copain!», dit-elle.


Myriam, 19 ans, partage le même avis. La jeune fille croit que l’existence des petits amis est de plus en plus tolérée chez nous. «Bon nombre de parents se sont connus bien avant le mariage. Certains ont été des petits amis avant de convoler en justes noces. Si eux, ils se sont permis d’avoir des relations officieuses, ils savent pertinemment bien que leurs enfants vont faire de même d’autant plus que le monde évolue continuellement. Certes, nombre de parents continuent à s’opposer à ce genre de relation parce qu’ils refusent de voir la réalité en face. Ils préfèrent donc interdire à leurs enfants, et spécialement à leur fille, d’avoir un petit ami tout en étant rongés par le doute qu’elle ne suivra peut-être pas leurs instructions. D’autres parents, en revanche, agissent de manière plus intelligente. Généralement, le père lègue cette tâche à son épouse. La maman, elle, essaye de connaître le petit ami de sa fille et le soumet à des tests pour savoir si sa fille est entre de bonnes mains. Ainsi, elle ne perd pas le contrôle et peut intervenir immédiatement en cas de pépin. C’est d’ailleurs dans l’intérêt de la fille que l’un de ses parents soit au courant. Le garçon, sachant que cette mère l’a à l’œil, n’osera jamais lui faire de mal», dit-elle.


Houssem, 20 ans, a une petite amie. Les deux mamans respectives sont au courant de cette relation. Le jeune homme pense que c’est dans l’intérêt de tout le monde que les parents soient au courant. «Généralement, ces relations représentent une phase préparatoire aux liens officiels. Filles et garçons ont besoin de se connaître et de s’étudier avant d’officialiser leur lien. La mère de ma copine a demandé à me voir avant de donner son accord. Elle m’a fait comprendre qu’elle me fait confiance et que je dois être à la hauteur. Depuis, je me sens plus responsable. Idem pour ma mère. Elle m’a expliqué comment je dois me comporter pour mériter la confiance de cette fille et de sa famille. Je crois qu’il est dans l’intérêt de tout le monde que les parents soient au courant. Cela nous permet de connaître nos limites et de ne jamais tomber dans l’erreur. Et puis, toutes les filles ou presque, ont des petits amis. Les parents doivent se rendre à cette évidence. Sinon leur fille va tout faire derrière leur dos et c’est là où réside le vrai danger», dit-il.


Zied, étudiant de 22 ans, trouve injuste qu’un garçon ait le droit d’avoir des copines et non pas la fille. «Certes, avant l’âge de 17-18 ans, une fille doit se contenter de relations purement amicales avec le sexe opposé. Mais après avoir atteint une certaine maturité, elle doit absolument connaître l’amour et tenter sa chance. Ces histoires sexistes, qui privent les filles, sont un signe de sous développement. Les parents doivent accepter cette idée parce que la fille en fera à sa tête s’ils refusent. Il vaut donc mieux être au courant. C’est même de leur devoir de rencontrer le garçon en question et de le soumettre à des tests avant de lui confier leur fille. Le cas échéant, elle le fera à leur insu, à ses risques et périls! Moi, je ne sors avec une fille qu’avec l’approbation de ses parents. Et même si je trouve difficile d’admettre que ma propre sœur ait un copain, je dois m’y faire. Si, moi, j’en éprouve le besoin, c’est kif-kif pour elle ! De plus en plus de familles tolèrent, aujourd’hui, le fait et c’est bien mieux pour tout le monde», dit-il.


Mehdi, 22 ans, est également pour la souplesse avec les filles. «Le jeune homme n’interdira pas à sa sœur ce qu’il se permet de faire. La fille avec qui je vais sortir a bien un frère et des parents ! Pourquoi je me permets de nouer une relation avec elle si je vais interdire cela à ma sœur. Je serai non seulement rétro, mais macho et misogyne. Je tiens à ce que les parents le sachent et le tolèrent. Parce qu’ainsi, ils auront toujours le contrôle de la situation! Et puis, cette liberté nous responsabilise encore plus et nous serons incapables de les décevoir. Bien sûr, je ne tolérerais pas à n’importe qui d’être le petit ami de ma sœur, il faut que l’on soit sûrs qu’il s’agit d’un garçon issu d’une bonne famille et de confiance. Lorsque les parents des deux partenaires sont au courant, le couple peut évoluer normalement. En plus, le garçon n’osera pas dépasser ses limites parce qu’il sait qu’il sera le premier à être condamné. Il fera en sorte de protéger cette fille et de prendre la relève de ses parents», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com