Les jeunes et le temps libre : PC, en attendant mieux





Après toute une longue année d’étude et d’angoisse, les jeunes ont, tout naturellement, droit aux loisirs et aux distractions. Pour ce, et ça va de soi, ils n’ont qu’à planifier leur temps libre et mettre de l’ordre dans leur  programme estival. Or, bon nombre de jeunes, un brin distraits, n’ont encore rien prévu pour meubler leurs interminables jours et nuits. Que comptent-ils faire pour remplir un peu le vide lassant?


Tunis-Le Quotidien


Au sortir des examens de fin d’année et des concours nationaux, les jeunes sont, pour le moment, obnubilés par les résultats. Il n’y a que ça qui les travaille jour et nuit. Et, ils vivent cette attente sur leurs nerfs. Sur les braises. N’empêche qu’ils ont quelques idées en tête pour leurs vacances d’été. Car, il ne fallait pas, non plus, oublier qu’ils sont à la fleur de l’âge et ont toute la vie à mordre à pleines dents. A priori, ces jeunes sont censés meubler leur temps par des activités intéressantes. Surtout qu’ils n’ont encore ni engagements, ni responsabilités ou autres soucis de famille à porter sur le dos. Les vacances d’été sont donc pour eux une occasion d’or afin de pouvoir s’aérer la cervelle, et de se relaxer avant de reprendre les cours et l’école. Les uns se contentent d’avoir à leur côté, un ou une amie qui leur tient compagnie et est souvent à leur écoute. D’autres aiment profiter à fond de la vie. Sans limites. Et à chacun (et chacune) ses délires. D’autres, tout en restant sages, ils donnent libre cours à leur imaginaire créatif. En pratiquant quelques activités artistiques. Et d’autres, dans presque le même sillon, ils affectionnent le Net et autres dérivés. Plus sage encore, mais prise par la paresse, une autre frange de jeunes qui n’a rien à faire de la journée, scotchée, le plus clair du temps, devant le petit écran, zappant d’une chaîne à une autre. Plus abrutissant encore, d’autres filles et garçons profitent pour faire la grasse matinée jusqu’à l’heure de la sieste. Puis la journée de se terminer en errant par- ci et par-là.


Ahmed, 16 ans, passe justement une grande partie de sa journée devant son PC. Il n’a que ça à sa disposition. Sinon, le garçon ne trouve pas d’autre à faire. «Dès mon réveil, j’appuie sur le bouton de mon ordinateur alors que mes yeux sont encore mi-clos. Entre temps, je fais ma toilette, je prends mon petit-déjeuner et je cours dans ma chambre pour me rabattre sur mon ordinateur. Je peux passer deux ou trois heures d’affilée, sans que je me rende compte, plongé dans des jeux  PC. D’ailleurs, je ne vois même pas le temps passer. Je ne m’arrête que lorsque j’ai un creux au  ventre. Je déjeune rapidement puis je reprends la même place. J’y reste jusqu’à l’heure du dîner. Le temps de remplir le ventre et rebelote. Jusqu’au sommeil. Pourquoi tout cet engouement ? Je n’en sais rien ! Mais c’est le plaisir d’entrer avec les personnages et dans les jeux, pour viser, se protéger, attaquer, battre, gagner et d’abattre les autres joueurs. Ceci me donne d’autres sensations. Lorsque je gagne, je sens une joie indescriptible. Ceci m’occupe donc des heures et des heures et j’oublie tous les pépins de la vie. Je suis tellement absorbé par les jeux, que par moments, et je ne vous le cache pas, j’oublie totalement le monde extérieur, toutes les choses qui, en temps normal, me préoccupent et me tracassent. Quand je suis en colère contre quelqu’un ou contraint par quelque chose, je me défoule et déverse mon énervement dans les jeux. Et c’est tant mieux pour moi et pour les autres. A part l’ordinateur, il n’y a rien qui m’accroche. Sauf un peu la télé. Mais pour regarder quoi à la télé puisque j’ai pratiquement vu tous les films qui viennent de sortir en salles. Pour les feuilletons, je les ai tous vus. Et franchement, il n’y a rien à voir. Sortir ! Mais où ? Pour me taper un soleil de plomb ! Non merci. Puis, je ne vois dans les sorties aucun intérêt. Je n’ai donc qu’à me réfugier dans le monde virtuel du jeu en attendant que mes parents prennent  leur congé et qu’on parte en famille au bord de la mer comme chaque été», dit-il.


Selim, 17 ans, passe également son temps entre la télé et l’ordinateur. «Il fait horriblement chaud et si je sors durant la journée, je risque l’insolation. Je préfère donc rester à la maison. Et chez moi, l’éventail des passe-temps est vraiment très limité. Je me rabats donc sur mon PC. Je joue, je regarde quelques films et j’écoute de la musique. Lorsque le soleil se couche, je sors pour une partie de foot avec des jeunes du quartier. Après, je prends une douche et je regagne ma place encore une fois devant mon ordinateur jusqu’à ce que le sommeil me prenne. Je sais que c’est du temps perdu, mais je ne sais vraiment pas quoi faire. Je dois attendre que mes parents nous louent une maison à la Goulette comme d’habitude. Mais en attendant, je me débrouille comme je peux pour «tuer» le temps. C’est bizarre ! En fin d’année scolaire, je compte les jours qui me restent pour accueillir l’été et les vacances et  je m’ennuie à mourir. Le temps semble passer lentement», dit-il.


Saïf, 16 ans, s’ennuie également lorsqu’il est en vacances. «Normalement les vacances devraient être une occasion pour se divertir et passer d’agréables moments.  Malheureusement, je ne trouve rien à faire. Chaque été, je me rends au Kef chez mes grands parents. Là-bas, je peux au moins faire des choses utiles. Le matin, je vais au marché pour vendre du lait. A l’heure de la sieste, je vais chez mes tantes. Et l’après-midi, je joue aux bergers. J’emmène les moutons au pâturage. La vie à la prairie est agréable. Cela me permet d’oublier le stress et de mener une vie calme et de manger enfin «bio». En revanche lorsque je reste ici à Tunis, je ne trouve vraiment rien à faire à part les séances de jeux vidéos sur mon PC», dit-il.


Hédi, 15 ans, meuble également son temps comme il peut, en attendant de partir dans une station balnéaire, comme d’habitude. «A vrai dire, plus le temps passe, plus je me sens moins enthousiaste à l’idée d’être en vacances. C’est ennuyeux à en mourir. Généralement, c’est à moi  qu’on a confié les courses de tous les jours. Je vais au marché et ceci me fait changer d’air. A mon  retour à la maison, je ne trouve absolument rien à faire à part de me planter devant la télé et regarder n’importe quoi, ou de me rabattre sur l’ordinateur et ma Playstation. Mais je prends  ce mal en patience parce que je sais que je vais partir à Bizerte dès le premier Juillet. Une fois à Bizerte, là c’est autre chose. Je trouve mille et une choses à faire. Je suis capable de passer une journée entière sur la plage. Le reste du temps, je vais avec mes cousins et cousines faire un tour. Mais en attendant, je dois composer avec ce qu’il y a», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com