La Directive de tous les paradoxes





Décidément, la mondialisation n’en finit pas de nous révéler ses vices et ses aberrations. Au départ, elle a promis monts et merveilles à l’ensemble de l’humanité, si bien que tous les pays, particulièrement les plus pauvres s’en sont mis à rêvasser en envisageant l’avenir sous les meilleurs auspices. A l’arrivée, tout ce beau monde est resté sur sa faim, dans le sens propre du terme et a découvert la face hideuse du libéralisme à tout crin qui s’est imposé et développé au détriment des populations les plus vulnérables du monde. Les pertes d’emplois en chaînes, les faillites d’entreprises en cascade sont justement les conséquences désastreuses de cette mondialisation à visage inhumain qui souffle, depuis quelques années, le chaud et le froid sur la planète.


Oui, elle est drôlement vicieuse cette globalisation, car les règles qui la régissent, pourtant acceptées et signées par tous les «membres du club», sont pipées, voire bafouées et violées régulièrement notamment par les plus riches au gré de leurs intérêts. Et ce ne sont pas les entorses à répétition aux accords régissant le commerce international qui vont infirmer cette triste vérité.


Une vérité amère, frustrante et révoltante qui nous permet d’affirmer, sans risque de se hasarder que cette mondialisation est, en définitive, un sinistre tissu de mensonges. Elle a beau prôner la libre circulation des personnes, le monde a eu droit à une «bunkarisation» et une fermeture tous azimuts des frontières.


Le Vieux continent qui occupe, dans ce registre, le haut du pavé vient d’effectuer un nouveau tour de vis pour «lutter contre l’immigration indésirable».


La nouvelle loi coercitive de l’U.E. sur l’expulsion des sans-papiers, votée mercredi au Parlement européen, suscite à cet effet des interrogations légitimes sur cette manière peu amène de l’Europe d’appréhender la sacro-sainte question des libertés et des droits de l’homme. La «Directive retour» qui prévoit 18 mois de rétention et un bannissement de 5 ans à l’encontre des candidats en infraction constitue, à bien des égards, une agression caractérisée aux droits des personnes et risque de créer une perception négative de l’immigration. La promulgation de cette nouvelle loi a, en tout cas, provoqué une levée de boucliers et déclenché un sentiment d’injustice et de colère notamment en Amérique latine qui a reçu pendant des siècles des vagues d’immigrés venus du Vieux continent.


Les gouvernements équatorien, bolivien, brésilien, argentin, uruguayen, péruvien ainsi que de nombreuses organisations régionales des droits de l’homme... se sont érigés comme un seul... homme et ont proposé de constituer un front commun pour protester contre «la directive de la honte». Le bouillant président vénézuélien Hugo Chavez, lui, a menacé carrément de mettre fin aux livraisons de pétrole vers les pays européens, si ces derniers appliquent leur «directive» aux étrangers en situation irrégulière.


D’habitude, forte en gueule, lorsqu’il s’agit de défendre les libertés individuelles, l’Europe met à la faveur de cette loi, les pieds dans le plat et passe carrément à côté de la plaque. Elle est prise en flagrant ... délire puisqu’elle fait dans le sélectif de bas étage, en matière de droits de l’homme. Elle commet, pour tout dire, une bourde monumentale car, pour aussi coercitive qu’elle soit, la nouvelle loi ne pourra dissuader les candidats à l’immigration illégale. C’est que dans le village planétaire, l’enfer ce n’est point les autres et le malheur des uns se répercutera fatalement sur ceux qui pensent en être à l’abri...


Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com