Les jeunes et le tabagisme : Effet de contagion, vide affectif et stress à l’index





Entre une seule cigarette et la réelle dépendance au tabac, il n’y a qu’un fil ténu. On le franchit et on est aussitôt pris au piège…


Plusieurs jeunes fumeurs profitent des vacances d’été pour essayer de décrocher. Pour d’autres, ces vacances ne sont qu’une occasion pour minimiser les toxines du tabagisme. Mais entre les uns et les autres, ces vacances ne sont qu’un stimulus qui les pousse à doubler la dose… Les jeunes sont-ils justement conscients des méfaits du tabac ? Comptent-ils décrocher ?


Tunis-Le Quotidien


Sur les paquets de cigarettes, dans les slogans de sensibilisation et dans les campagnes anti-tabac dans les médias, on ne cesse de répéter que le tabac nuit à la santé. Les jeunes sont bien conscients des méfaits du tabac et cela ne les dissuade pas de fumer pour autant.


En effet, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), estime que 4 millions de décès chaque année dans le monde, sont imputables au tabac. La proportion de fumeurs atteint son pic vers l’âge de 18 ans.


Une enquête publiée par le bulletin épidémiologique révèle également que plus de 50% des jeunes âgés entre 18 et 19 ans sont des fumeurs. Une seule cigarette comprend 400 composants chimiques. Des expériences scientifiques ont mis en évidence que 40 de ces composants contiennent des substances et des caractères cancérigènes. Les fumeurs passifs qui inhalent la fumée des cigarettes sont aussi bien exposés à ces dangers que les fumeurs réels. Nous ne parlons donc pas seulement de danger mais d’un suicide, pis encore d’un homicide ! Et puisque la majorité des fumeurs ont fumé leur première cigarette pendant leur jeunesse, ce sont donc les jeunes qui sont les plus concernés par le phénomène du tabagisme. Oui, dès qu’ils ouvrent l’œil, nombre de jeunes se gavent de tabac et de café. L’alibi de ces fumeurs endurcis, c’est qu’ils se sentent incapables de se concentrer, de réfléchir et d’avoir tous leurs sens en éveil avant d’avoir eu leur dose de caféine et de nicotine. Les uns, dépendants jusqu’à la moelle, sont incapables de se libérer de la cigarette. Les autres essayent de décrocher. Ils souhaitent tant de pouvoir se libérer du joug de la dépendance et de vivre enfin sans l’emprise de la cigarette.


 


Abdessalem, 18 ans, n’a jamais succombé à la tentation. Le jeune homme dit qu’il tient beaucoup trop à la vie pour qu’il la gâche avec une cigarette. «Tous les jeunes sont confrontés à la tentation de fumer. La volonté et l’ensemble des circonstances font qu’un individu succombe à cette tentation et qu’un autre y résiste. Un jeune qui fréquente souvent les cafés, peut facilement devenir fumeur. De plus, la majorité des jeunes perçoivent la cigarette comme un signe de maturité et de virilité. Au début, personne ne se sent dépendant. On tire quelques bouffées de sa cigarette, juste pour le plaisir ! On peut aussi fumer pour prouver qu’on a grandi… Il fume, donc on doit le considérer comme un… dur ! Sauf qu’au bout de quelque temps, il devient totalement accro et il lui sera difficile de faire marche arrière. Et c’est là où réside le problème ! On a beau dire aux fumeurs débutants de laisser tomber tant qu’il est encore temps, ils n’écoutent pas. Ils se croient capables d'arrêter quand cela leur chante. Mais ils ne se rendent compte des méfaits du tabac qu'une fois vraiment pris au piège», dit-il.


Jihène, 18 ans, n’a jamais fumé une seule cigarette. Elle s’est jurée de ne jamais y toucher. «La vie d’un jeune est loin d’être stable. Et parfois, il prend ses problèmes un peu trop à cœur au point de croire que le monde s’est arrêté de tourner ! Si dans cette période critique, quelqu’un lui propose une cigarette, il cédera à la tentation. Cette première cigarette lui procurera une relaxation. Il pensera que c’est seulement grâce au tabac qu’il va pouvoir se calmer et résoudre ses problèmes. Mais petit à petit, il devient totalement dépendant à la nicotine. Toutefois, s’il décide de décrocher, il pourra y arriver moyennant une forte volonté. Ce n’est pas la même chose pour une fille. La majorité des fumeuses que je connais fument pour combler un vide affectif.


Si elles ont des problèmes familiaux ou si elles ont le cœur brisé, elles vont se mettre à fumer. La cigarette est, pour elles, une sorte de compensation qui leur permet de s’évader. Petit à petit, elles ne deviennent pas seulement dépendantes au tabac, mais elles vont jusqu’à nouer une forte relation intime et de complicité avec leurs cigarettes ! Et plus en essayant de les convaincre de décrocher, plus elles vont s’y attacher parce qu’elles ont l’impression qu’on veut les priver de la seule relation «affective» qui leur reste. Pourtant, les fumeurs, qu’ils soient garçons ou filles, souffrent de l’intérieur et se sentent comme piégés au fond d’un gouffre. Je ne crois pas qu’on doit les condamner, au contraire ! Nous devons les aider à décrocher et à s’en sortir. Et pour ce faire, nous sommes redevables d’agir délicatement mais efficacement», dit-elle.


Moez, 23 ans, fume depuis dix ans. Le jeune homme a essayé de décrocher. Mais il s’est remis à fumer après une année entière sans tabac. «Les non-fumeurs nous regardent de travers et ils pensent que nous manquons de volonté, de foi et de conscience. Ce n’est pas vrai ! Je fume tout en étant croyant et tout en sachant ce que je risque. Au début, je n’avais que 13 ans lorsque j’ai fumé ma première cigarette. C’était sur un coup de tête, juste pour découvrir une nouvelle sensation comme celle d’escalader une montagne ou de rouler à toute vitesse pour la première fois. Cela m’a procuré un plaisir immense. Ensuite, je me mettais à fumer occasionnellement. Lorsque je n’allais pas bien, je noyais ma peine dans les bouffées de fumée que j’inhalais et que j’exhalais. Lorsque je me sens angoissé, j’exorcise ma crainte grâce à la cigarette. Et même lorsque je suis heureux, il fallait que ma cigarette partage mon exaltation ! Et bien sûr, lorsque je travaille, c’était un catalyseur pour intensifier la dose…


Mais brusquement, j’ai senti une douleur à la poitrine et j’ai arrêté de fumer brutalement et sans réfléchir. Toutefois, je suis devenu nerveux et irritable durant une bonne période et je n’arrivais plus à avoir un bon rendement. Alors au premier vrai problème, j’ai fumé une cigarette après une année entière de vie sans tabac.


Et ça repart ! Aujourd’hui, je fume entre 30 et 60 cigarettes par jour… Cela dépend de mon état d’esprit et de mon volume de travail. Je suis conscient des méfaits de la cigarette et des risques que j’encours. Mais l’idée de décrocher ne me tente pas pour l’instant. Je ne suis pas prêt. C’est une décision qui doit être mûrement réfléchie pour ne pas succomber de nouveau. Qui sait ? Peut-être que je dois frôler la mort pour que j’arrête. Mais je ne suis pas du tout fier de cette dépendance», dit-il.


Abdessalem Chaâbène, 17 ans, n’a jamais fumé. «Depuis ma tendre enfance, j’ai vu mon père souffrir d’insuffisance respiratoire parce qu’il est fumeur passif. Son travail est un vrai fumoir. Il m’a toujours averti des méfaits du tabac. De plus, je pratique beaucoup de sport et je ne veux pas sacrifier ma santé pour une misérable cigarette ! Peut-être qu’il est facile pour un non-fumeur de donner des leçons de morale. Les fumeurs, eux, sont embourbés jusqu’au cou et il leur est difficile de s’en sortir. Par ailleurs, dans un environnement jeune, on considère la cigarette comme un signe de virilité. Et comme l’effet de contagion est fréquent chez des jeunes, le tabagisme prend de l’ampleur et devient un vrai fléau difficile à combattre», dit-il.


Selim, 15 ans, ne supporte même pas l’odeur de la fumée des cigarettes. «Lorsque quelqu’un dans mon entourage fume, je suffoque ! Moi, je suis anti-tabac parce que mon père n’arrête jamais de m’expliquer que le tabac peut engendrer comme dégâts. D’ailleurs, cela fait 25 ans qu’il ne fume plus. Toutefois, je crois qu’un jeune fume pour montrer qu’il est devenu mature ! Il veut se faire admettre dans le monde des adultes via les cigarettes ! De plus, certains pensent pouvoir combattre le stress en fumant. D’autres fument juste pour ne pas prendre du poids. Mais ils ont tous tort. L’enjeu est beaucoup plus grand et puis ils ne se font pas seulement du tort, mais ils nuisent aux autres»,


dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com