«Chronique d’une guerre d’Orient» : La terre de la discorde





Gilles Kepel a consacré le plus clair de son temps à faire des recherches sur les peuples d’Orient.


Dans sa «Chronique d’une guerre d’Orient» paru chez Gallimard en 2001, le professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris a mis (et remis) l’index sur une plaie, vieille d’au moins 60 ans et forcément remué. Sept ans après, rien n’a changé dans ce monde. Au contraire. C’est de mal en pis. Et la potion magique de la paix peine à venir… sans apporter le moindre accent d’enthousiasme.


En tout cas, ce n’est pas pour demain. Peu importe ce que nous disent les politiques. Peu importe leur discours d’intérêt et de propagande. A l’appui, des notes et des graffitis sur les pierres de l’histoire. Et c’est bien la raison pour laquelle on a repris cet ouvrage de format moyen. Pour le relire avec attention. Avec plus d’attention. C’est un simple caprice de lecture comparative. Ou plutôt de curiosité. Afin de voir s’il y a eu vraiment une quelconque évolution (ou régression).


Notre déception fut grande. Car on découvre avec inquiétude que l’Islam et les Musulmans sont mis sur les bancs des accusés. L’année 2001, on le sait maintenant, est une date tranchante qui a tout remis en question. Et c’est elle qui oriente les gens du monde. Une date liée à ce 11 Septembre qui a ébranlé les Américains et les a affectés jusqu’au tréfonds de leur orgueil. Une date scotchée aux événements les plus atroces qu’a connus l’humanité au seuil de ce XXIe siècle, et qui condamne – à tort ou à raison – tous ceux qui ont, de près ou de loin, un soupçon de lien avec la religion du Prophète  Mohamed et met tous les gens dans le même sac. Le même panier à crabes.


Gilles Kepel est retourné en Orient. «Parcourant des routes maintes fois foulées depuis plus de vingt ans, allant à la rencontre des jeunes et des étudiants, interrogeant les prédicateurs et les imams, les militants islamistes et les responsables politiques, j’ai voulu comprendre le drame du 11 septembre en retournant dans la région même où il s’était noué. Qu’en était-il de la popularité de Ben Laden, du ressentiment contre l’Amérique, de l’exaltation religieuse et d’Al-jazeera, mais aussi de la fascination pour l’Occident, du désespoir face au chômage et de l’envie de partir ? De l’Egypte à la Syrie, du Liban au Qatar et aux Emirats arabes unis, j’ai recueilli à chaud impressions et témoignages, tenant cette Chronique d’une guerre d’Orient, pour voir comment cet ultime avatar du djihad commencé avec l’attaque contre New York avait fini par l’écrasement des Talibans et la traque de Ben Laden, au terme de cent jours qui ébranlèrent le monde, et précipitèrent le déclin politique de l’islamisme….», écrit l’auteur de notamment : «Le Prophète et le pharaon», «Les banlieues de l’Islam», «Intellectuels et militants de l’Islam», «la Revanche  de Dieu : Chrétiens, Juifs et Musulmans à la reconquête du monde», «A l’Ouest d’Allah», «Les Musulmans dans la société française», et autres «Exils et royaumes».


Dans cette Chronique de 130 pages très politiques, l’écrivain n’a ménagé personne. Ce qu’il a fait, on l’a compris, c’est de rapporter la vérité. Telle qu’elle est. Toute crue et aux lecteurs d’avoir, à leur tour, leurs propres jugements. A propos d’une Palestine occupée, l’origine de toute l’incompréhension et de la discorde. Ici, tout est greffé à la terre. Aux Territoires occupés. A l’inégalité dans le partage des richesses, doublée par l’oppression. En deux mots : à l’humiliation et à toutes les  misères et les marécages de sang. Qui continue à couler, à se coaguler, à écrire l’histoire. Une histoire construite sur les os et les macabres de toutes les valeurs, par les politiques les plus acharnés, d’un côté ou de l’autre. «Le maillage de la société et le contrôle des réseaux caritatifs est un enjeu politique crucial à Gaza, où une grande partie de la population vit des aides et des subsides. L’agence spécialisée des Nations Unies (UNRWA) distribue l’aide dans les seuls camps. L’Autorité, à travers le ministère des Affaires sociales, nous explique son titulaire, Mme Intissar al Wazir -veuve d’Abou Jihad, le «numéro deux » de l’OLP tué à Tunis par le Mossad peu après le début de la première Intifada- distribue des aides notamment aux «familles de martyrs» qui touchent une sorte de pension militaire ou civile, modulée sur le grade éventuel, la situation de famille, etc.», ainsi souffle le politique historien. Qui n’aime se baser que sur les faits et pas plus. Une façon de laisser un document non affecté par le virus des médias. Qui soufflent le chaud et le froid et qui racontent ce que veulent les commissaires et dictateurs du monde. D’après le professeur, ce sont eux qui alimentent et attisent les feux de la haine. Des langues qui enflamment et infectent les cieux les plus dissipés. Et qui n’ont pas l’air de s’éteindre dans les jours qui viennent. Il y a toujours le feu. Dans la terre sainte et dans les maisons de Dieu. Sept ans après ce «tournage» avec les mots et les images, on est encore au même point de départ. Sans bouger d’un iota dans les négociations qui ne se terminent jamais et qui voient des politiques venir et partir et défiler avec des idées qui naissent du même cocon. Comme des poupées russes et qui n’ajoutent rien aux processus et n’apportent rien de nouveau aux gens miséreux. Avec son style d’information et de documentaire, Gilles Kepel a démontré les dérapages des politiques. De tous les politiques de tout temps.


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com