Une «bunkérisation» et après ?





La lutte contre l’immigration indésirable est devenue, depuis quelque temps, le crédo en vogue sur le Vieux continent. L’Union européenne multiplie, à cet effet, les mesures coercitives et donne de plus en plus l’impression de se barricader derrière ses frontières. La “Directive sur le retour” adoptée tout récemment par le Parlement européen s’inscrit dans cette perspective et confirme ce constat. Cette nouvelle loi, qui prévoit notamment 18 mois de détention à l’encontre des immigrés illégaux avant leur expulsion vers leurs pays d’origine, a suscité un tollé parmi les défenseurs des sans-papiers et une véritable levée de boucliers notamment en Amérique latine où les gouvernements de la région se proposent de constituer un front pour dénoncer ce qu’ils appellent une sérieuse atteinte aux libertés individuelles et aux droits de l’homme.


Peine perdue d’avance serait-on tenté de dire, puisque l’U.E. persiste et signe et semble déterminée à aller jusqu’au bout de ses intentions. Un pacte européen sur l’immigration, l’une des priorités de la présidence française de l’Union, devrait être conclu lors du sommet que tiendront les dirigeants européens en octobre prochain.


Largement inspiré de la politique  française d’immigration “choisie”, ce pacte vise notamment à “mieux protéger l’Europe en améliorant les contrôles aux frontières, en systématisant le recours à la biométrie et en établissant un principe de solidarité avec les pays les plus exposés, proches des frontières extérieures de l’U.E.”.


Quelles que soient les motivations des responsables européens, la “bunkérisation” du Vieux continent est devenue un fait bien réel et a toutes les chances de s’accroître durant les années à venir.


La question qui s’impose d’emblée est de savoir si ces nouvelles mesures seront suffisantes pour juguler les flux migratoires venant notamment du Sud. Il y a lieu d’affirmer à cet effet sans risque de se hasarder que les chances de réussite de cette nouvelle stratégie européenne sont bien infimes et ce, pour des raisons objectives. Sans une aide consistante au développement pour ouvrir des fenêtres d’espoir et offrir du travail sur place à ces milliers de candidats à l’immigration, il est à craindre que le statu quo persistera. C’est-à-dire que l’immigration clandestine continuera fatalement à braver les périls de la mer et hanter les côtes européennes. Le fait que des dizaines de “clandestins” aient été interceptés au large de l’île italienne de Lampedusa, moins de 48 heures après l’adoption par le Parlement européen de la “Directive du retour”, se passe à cet effet de tout commentaire et démontre à bien des égards qu’il sera difficile de stopper cette déferlante migratoire du désespoir.


Chassés de leurs pays par la faim, le chômage et l’absence de perspectives, ces nouveaux “damnés de la terre” n’ont à rien à perdre de toute façon.


On ne fait pas la fine bouche, dans ces conditions, même s’il s’agit de croupir dans une prison européenne durant deux ans environ …


Chokri Baccouche




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com