La démission du général Cuche tourne à l’affaire politique : Malaise dans l’armée française





Annoncée avant-hier par la présidence de la République, la démission du général d'armée Bruno Cuche, chef d'état-major de l'armée de terre, a brusquement fait passer la fusillade de Carcassonne, dimanche 29 juin, du statut de fait divers particulièrement dramatique à celui d'affaire beaucoup plus politique : elle est de nature à alimenter le malaise grandissant au sein de l'institution militaire depuis la publication du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale.


Le Quotidien-Agences


Le général Cuche, 60 ans, avait déjà envisagé son départ dimanche soir. Les propos très durs tenus à son encontre et envers l'institution militaire par Nicolas Sarkozy ont achevé de le convaincre. En se rendant  à Carcassonne pour rencontrer les victimes et leurs familles, le chef de l'Etat, manifestement exaspéré, a montré du doigt le chef d'état-major de l'armée de terre et les officiers qui l'accompagnaient, en déclarant, selon plusieurs témoins : "Vous êtes tous des amateurs, pas des professionnels !"


Cette apostrophe a été très mal ressentie par le général Cuche, explique son entourage. L'intéressé a cependant précisé, que sa décision n'est pas liée au Livre blanc sur la défense mais aux "dysfonctionnements" que révèle selon lui le drame de Carcassonne. L'annonce de son départ a provoqué des remous, à un moment où les réformes en cours sont durement ressenties. Elles se traduisent en effet par des réductions drastiques d'effectifs (54 000 postes supprimés) et des fermetures de régiments.


Les termes du communiqué de l'Elysée annonçant la démission du général Cuche ont accentué le trouble. Nicolas Sarkozy, est-il indiqué, "entend que les armées tirent toutes les conséquences (du drame de Carcassonne) quant à leur organisation et leur fonctionnement".Simultanément, le ministre de la défense, Hervé Morin, a annoncé avoir demandé au chef d'état-major de l'armée de terre, "sans attendre les conclusions des enquêtes judiciaire et de commandement (sur la fusillade), de lui proposer, à titre conservatoire, des sanctions immédiates pour les responsables impliqués dans les dysfonctionnements constatés".


Etat d’esprit dominant


Reflétant les conversations téléphoniques entre officiers et sous-officiers, un général résume ce qu'il croit être un état d'esprit dominant : "Comment peut-on, à partir d'une grave faute individuelle aux conséquences dramatiques, jeter ainsi l'opprobre sur toute une collectivité ? Faut-il comprendre que les 350 000 militaires sont une bande de branquignols qui font n'importe quoi ? Les gens se sentent insultés par cette mise au pilori collective. Comment voulez-vous, après cela, expliquer aux militaires que le président a raison sur le Livre blanc ?"


Si personne ne conteste que des sanctions devaient être prises après l'affaire de Carcassonne, les propos présidentiels sont apparus comme une provocation, et la démission du général Cuche - une sanction déguisée, puisqu'elle a été acceptée par Nicolas Sarkozy -, comme une mesure disproportionnée. Les députés de la commission défense de l'Assemblée nationale, présidée par l'UMP Guy Tessier, ont rendu hommage au "courage" du général.


Les réactions à la décision du ministre de la défense de demander des têtes avant le résultat des enquêtes internes sont tout aussi vives. "C'est un coup de menton, une surenchère d'Hervé Morin pour ne pas apparaître laxiste aux yeux de l'Elysée, décrypte un colonel de l'armée de terre, mais à la base, les gens risquent d'être écœurés par ces méthodes."


Plusieurs responsables militaires mettent en garde en privé contre les risques d'une escalade dans la dégradation des relations entre le pouvoir politique et l'armée. Le Livre blanc avait déjà provoqué de vives tensions ; un groupe d'officiers généraux avait, le 19 juin, publié un article critique dans Le Figaro, sous le pseudonyme de "Surcouf".


Le chef de l'Etat avait très mal pris ces commentaires - pourtant modérés -, et le ministre de la défense avait ordonné une enquête interne pour découvrir l'identité des "coupables", vite assimilée à une chasse aux sorcières. Sarkozy avait alors décidé d'observer ce qu'un général qualifie de "grève des signatures", autrement dit de ne signer ni les promotions dans l'ordre de la Légion d'honneur à l'occasion du 14 juillet, ni les nominations au sein des armées prévues au conseil des ministres de mercredi 2 juillet.


Volte-face


Sur les conseils de son entourage, il a finalement renoncé à ce geste de mauvaise humeur qui risquait d'être ressenti comme une véritable insulte par les militaires : le général Elrick Irastorza, actuel major général (numéro deux) de l'armée de terre, devrait donc bien être confirmé comme le successeur du général Cuche. Il est cependant probable que ce dernier n'obtiendra pas le poste prestigieux de gouverneur des Invalides, qui devait lui être attribué après sa retraite, fin août.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com