La guerre des mots au M.O. : Le salut par la catharsis ?





La guerre des mots au Moyen-Orient se poursuit avec une virulence qui ne dit rien qui vaille. Mais peut-être, une fois vidé leur sac et déversée leur bile, que les protagonistes s’apaiseront d’eux-mêmes. Les vertus de la catharsis opéreraient-elles le miracle ?


Un Iranien accusé d’espionnage au profit d’Israël a été condamné à mort. Les autorités iraniennes n’en sont pas à leur première «prise» dans ce domaine. La République islamique a affirmé à plusieurs reprises par le passé avoir démantelé des réseaux d’espionnage accusant les Etats-Unis et Israël de chercher la destabilisation.


Dans ce genre d’accusation, il est difficile de faire la part des choses et de vérifier la véracité des faits. En général cela est tributaire des relations existantes entre le pays de l’accusé et celui de l’accusateur . Entre l’Iran et Israël, les rapports sont exécrables. Mais il y a un facteur supplémentaire,  condamner un espion qui travaille au profit de l’Etat hébreu, c’est quasiment considéré comme un casus belli. N’oublions pas que les malheurs de Saddam Husseïn avaient commencé le jour où le maître de Bagdad a fait pendre sur une place publique de la capitale des Juifs accusés de collusion avec Israël. Il lui en a coûté cher.


Evidemment, cette affaire ne peut qu’envenimer la guerre des  mots que Téhéran d’une part et Washington et Tel Aviv d’autre part se livrent sur un tempo qui va crescendo.


Crescendo jusqu’à quand ? Après avoir donné la date butoir de mai pour une attaque massive, les analystes ont revu leur copie pour retarder cette échéance pour septembre prochain. C’est-à-dire deux mois avant l’élection présidentielle.


Les Américains auraient-ils jugé  cette période suffisante pour «atomiser» (c’est le cas de le dire) l’Iran et offrir sa dépouille toute fumante comme cadeau de fin «de règne» à leur pays ? Et surtout à John McCain qui sera le plus habilité à perpétuer la mainmise de l’Amérique sur le Moyen-Orient?


Quoi qu’il en soit la guerre des mots fait rage actuellement. Après avoir été pendant longtemps à l’état larvaire, voilà qu’elle se déclare avec une netteté aveuglante. Le déclic en a été une double affirmation. Une menace à peine voilée du ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, laissant entendre que les installations nucléaires (et aussi, pourquoi pas sur la lancée, tout le complexe militaro-industriel) seraient rasés avant même qu’une fusée n’ait pris son envol sur une des plate-formes de lancement iranienne. Au même moment, ou quasiment, Hillary Clinton faisait sonner le glas de ce pays aux racines millénaires. Y aurait-il eu connivence ou n’était-ce que pur hasard ? On ne le sait. Toujours est-il que la fermeté avec laquelle a été affirmée leur volonté à tous deux de «rayer l’Iran de la carte du sol» a fait froid dans le dos de tous ceux qui redoutaient une catastrophe nucléaire et humanitaire.


Le pire des scénarios


La guerre des mots fait donc rage. On a d’un côté Téhéran qui annonce avoir préparé 320.000 tombes pour les ennemis. Brrr ! On en frissonne. Et c’est un général de l’état-major iranien qui a proféré la menace. Et même s’il y a une part de forfanterie dans cette déclaration, on ne peut s’imaginer que cela ait été dit à la légère.


De l’autre côté, Shartaï Shavit, un ancien chef du Mossad confiant au Sunday Telegraph, un journal de poids, «Le pire des scénarios est que Téhéran possède l’arme nucléaire d’ici environ un an. Le temps qui reste encore pour y faire face ne cesse de se réduire». C’est dire que l’option militaire serait incessamment prise. Avant même que Bush ne quitte la Maison-Blanche. On ne sait jamais avec son successeur, surtout il appartient au camp démocrate et qu’il se nomme Barack Obama.


Au même moment, Bush demandait 400 millions de dollars pour déstabiliser l’Iran. Pensait-il utiliser cette coquette somme pour obtenir un changement de gouvernement en Iran, comme certains le disent ? C’est peu probable, Ahmedinejad est solidement implanté dans le pouvoir malgré le réveil des réformateurs.


Ou bien, pensait-il consacrer ce pactole pour développer de par le monde une méga-campagne de manipulation de l’opinion publique mondiale tendant à démontrer que l’agresseur n’est pas ce qu’on croit ?


Bref, on le voit, la guerre des mots se poursuit, plus virulente que jamais. Faut-il espérer que cette virulence apaise les cœurs par une catharsis salutaire. On aurait ainsi déversé toute sa bile jusqu’à épuisement de la colère. Perspective rassurante.


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com