Les jeunes et les jeux vidéo : Totalement accros





Les jeux vidéo ne représentent qu'une activité de loisirs pour la plupart des jeunes. N’empêche, certains joueurs passent des nuits blanches devant leur écran. Violence, addiction, isolement : les jeux vidéo sont accusés de plusieurs maux. Face à ce péril de ces jeunes captifs de leurs écrans, il y a de quoi s’inquiéter. Les jeux vidéo sont-ils dangereux ou, au contraire, permettent-ils aux jeunes de passer un moment de détente et de défoulement ?


Tunis-Le Quotidien


Fiction, circuits de course de voiture, aventures, mondes virtuels où règne la terreur... sont le lot quotidien de bon nombre de jeunes. Qui n’a pas entendu parler de joueurs qui passent des nuits blanches à essayer d’atteindre un certain niveau d’un jeu d’aventure ? Il existe de véritables « addicts » à cette machine à délivrer des sensations fortes. Des percées technologiques (avec des images numériques et sophistiquées similaires à celles retrouvées dans les films), ont réussi à créer un véritable besoin de jouer chez les jeunes. Face à cet attrait, parents et éducateurs se sentent désemparés. Ils savent très peu sur l'effet potentiel des jeux vidéo sur la santé, sur le développement et sur la socialisation des enfants et des adolescents. La nature violente de certains jeux les effraie. Le basculement des jeunes « players » vers la dépendance morbide les angoisse. Et ils redoutent plus que tout la « désocialisation » d'un enfant qui n'aurait plus pour seul interlocuteur que son écran. Il reste scotché devant son poste des heures d’affilée sans même sentir le temps passer. On peut légitimement s’en inquiéter ! Ces gros consommateurs de distractions électroniques sont essentiellement des adolescents solitaires. Certes, aujourd’hui, il est clair que les jeux vidéo sont devenus un phénomène de société. Avec des millions d’exemplaires vendus dans le monde, la Playstation et les logiciels de jeu ont d’ailleurs largement contribué à ce phénomène, élargissant la cible au-delà des habituels adolescents pour atteindre les moins jeunes et même les adultes. Cet engouement a entraîné des comportements excessifs : incapacité de s’arrêter, retentissement dans les études, insomnie… Les jeunes qui abusent des jeux vidéo ressentent une forme de dépendance et sont généralement troublés par le manque de contrôle sur leur comportement. Ils se déconnectent totalement du monde extérieur lorsqu'ils se plongent dans ce monde virtuel. Et plusieurs parents s’en inquiètent. Ils considèrent que ces jeunes pourraient profiter de ce temps (écoulé en vain) à exercer des activités sportives ou à pratiquer des passe-temps plus créatifs… Qu’en disent justement les jeunes ?


Ramzi, 22 ans, est un véritable accro des jeux vidéo! Le jeune homme est allé jusqu’à passer quotidiennement quatre heures d’affilée devant son PC… « Le fait de gagner et d’abattre l’adversaire me fait énormément plaisir. Lorsque je gagne, je sens une joie immense. Le jeu me permet également de m’occuper, de remplir mon temps et de me distraire. En effet, lorsque je suis absorbé par le jeu, j’oublie totalement le monde extérieur. Et puis, lorsque je suis énervé, je peux me défouler et me rabattre sur mon ordinateur. Je sais que c’est beaucoup de temps écoulé en vain. Je sais aussi que j’aurai pu en profiter pour faire tant d’autres choses. Mais je suis incapable de m’arrêter. C’est comme si je suis devenu réellement accro. Toutefois, certains en font tout un plat ! Et nombre de parents se montrent angoissés à l’idée de voir leur enfant se transformer en un être violent et dépendant. Mais, je pense que les attitudes violentes et les comportements « addictifs», ne sont pas inhérents aux jeux vidéo ! Ils peuvent révéler un déséquilibre antérieur, mais on ne peut pas accuser les jeux vidéo de les déclencher », dit-il.


Nader, 22 ans, passe quotidiennement six à sept heures à jouer. Si le jeune homme s’assoit devant son écran, rien ne peut le faire bouger. Il est incapable d’arrêter avant de gagner. « Le jeu vidéo est mon unique moyen de distraction. Cela me permet de changer d’air. Je charge des jeux à partir d’internet et je passe les jours qui suivent à essayer de relever le défi. Je ne peux d’ailleurs pas imaginer une seule journée sans jouer. C’est ma manière de respirer. De plus, cela me distrait et me fait oublier mes soucis. Les jeux vidéo, les consoles de jeu et les jeux interactifs ne sont pas dangereux dans la mesure où ils nous apprennent une certaine stratégie, ils nous inculquent une logique et nous poussent à devenir précis, méthodiques et patients. Contrairement à la télévision, les jeux vidéo sont récréatifs. Nous pouvons nous approprier les images, la main nous permet de jouer avec elles et d’en prendre possession. Je crois même que les jeux vidéo peuvent être bons pour le cerveau. Il s'agit généralement de jeux de rôles, en temps réel, dans lesquels on prend de nouvelles identités et nous entrons dans une réalité alternative », dit-il.


Haykel, 23 ans, se juge… indemne ! Le jeune homme pense même être chanceux de ne pas faire partie des accros. « Les élèves et les étudiants négligent souvent leurs travaux et les autres aspects de leur vie quotidienne lorsqu'ils s'immergent dans ces mondes virtuels. J’ai entendu dire que le succès des consoles de jeux auprès des jeunes est lié à la possibilité d’« agir sur l’écran », qui leur semble plus intéressante que le simple fait de regarder passivement la télévision. Toutefois, il faut dire que les jeunes n’ont parfois pas le choix. Dans certains cas, la console de jeux ou les jeux vidéo sont des substituts pour meubler un énorme temps vide. On n’a pas les moyens de se payer des loisirs. Or un jeu vidéo est téléchargeable gratuitement à partir d’internet. Le cas échéant, on ne va payer que le prix de la console ou d’un CD Rom. Raison pour laquelle, plusieurs jeunes se rabattent sur leur ordinateur. De toute façon, je n’ai jamais utilisé mon PC pour jouer. Et lorsque j’ai du temps libre, je préfère faire du sport, du footing ou même de la marche dans des espaces verts en plein air. C’est beaucoup plus sain pour ma santé physique et psychique », dit-il.


Mohamed Nafâa, 17 ans, est un accro. Il passe quatre à cinq heures quotidiennement devant sa console. « Je suis totalement accro et je préfère de loin l’interactivité du jeu que de rester devant le poste de télévision à consommer ce qu’on émet. Cela dit, même si j’éprouve un énorme plaisir à jouer, le jeu me met sur mes nerfs et je deviens parfois agressif et incontrôlable lorsque je n’arrive pas à gagner ou à passer à un « stage » plus élevé. D’ailleurs, je crois que les jeux vidéo sont une forme de jeu de pari parce qu’ils nous rendent vraiment dépendants et accros… à la seule différence que les jeux vidéo sont un pari sans un aspect financier», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com