Les jeunes et le mariage consanguin : Inadmissible !





Certaines familles imposent encore aujourd’hui leur loi en ce qui concerne le mariage de leurs enfants. Plusieurs couples, apparentés à une même famille, s’unissent sous les liens sacrés du mariage. Cela semble avoir des avantages et des inconvénients. Qu’en pensent justement les jeunes ?


 


Tunis-Le Quotidien


Le choix du conjoint est, a priori, une affaire individuelle. Mais, dans notre société comme dans d'autres, ce choix est moins libre qu'on ne l'imagine. Autrefois, le cousin avait le droit exclusif d’épouser sa cousine. La famille peut aller jusqu’à obliger les deux partenaires à se marier sans qu’ils n’aient le moindre penchant l’un pour l’autre. Cela est d’autant plus vrai chez les familles riches qui tiennent à garder le patrimoine familial à l’abri des «étrangers». Le mariage consanguin était également fréquent chez les familles nobles qui tiennent à ce que la descendance ait un sang bleu. Ces mœurs ne sont plus de mise de nos jours. De plus en plus de jeunes partenaires imposent aujourd’hui leur choix même si les parents ne sont pas totalement consentants. Les jeunes d’aujourd’hui savent pertinemment qu’un mariage consanguin représente des dangers en ce qui concerne la santé physique et mentale des futurs enfants qui encourent le risque d'une transmission de gènes pathogènes récessifs, tels que les gènes responsables des déficiences mentales. Par ailleurs, plusieurs jeunes ont du mal à prendre pour époux les cousins qu’ils ont longtemps considéré comme des frères ou sœurs. Certains vont même jusqu’à associer le mariage consanguin à des rapports quasi-incestueux. D’autres jeunes pensent qu’un mariage avec des cousins peut créer des tensions au sein de la famille et risque d’effriter les liens entre proches. Et entre les uns et les autres, une minorité de jeunes continue à croire que le mariage entre cousins a plus de chances de réussir dans la mesure où les deux partenaires se connaissent en profondeur.


Béchir, 27 ans, est foncièrement contre le mariage consanguin. Le jeune homme n’y voit aucun avantage. «La première raison qui me pousse à rejeter l’idée d’épouser une cousine est le risque que peuvent encourir les enfants. Et, franchement, c’est un risque que je ne suis pas du tout prêt à courir. En outre, même si les enfants naissent normaux, il y aura toujours d’autres problèmes. Si les deux partenaires ne s’entendent pas pour une raison ou une autre, cela va se répercuter sur les deux familles. Les parents de l’un et de l’autre vivront des tensions. Et si les choses dégénèrent, cela risque même de causer la rupture des liens. A mon avis, il est toujours meilleur de chercher son futur conjoint hors du cadre familial. Lorsqu’il s’agit d’une personne étrangère, les risques ne sont pas importants si les deux partenaires ne s’entendent pas», dit-il.


Aymen, étudiant, 22 ans, voit les choses d’une autre manière. Le jeune pense qu’un mariage consanguin est toujours plus sûr. Les éventualités de réussite peuvent être calculées à l’avance, selon le jeune homme. «Si j’écarte la possibilité d’avoir des enfants malades, je peux confirmer qu’un mariage avec une parente est sûrement meilleur. Je m’explique : Il est vraiment difficile de tomber sur un partenaire qui a un caractère, des convictions, des principes et une éducation proche des nôtres. Or, si j’épouse une cousine, il y a de fortes chances pour qu’il y ait plusieurs points communs entre nous. Je connais ma cousine, j’ai une idée sur sa manière de voir les choses, je sais ce dont elle est capable et elle aime déjà mes parents et ma famille. Ces choses ne sont pas du tout évidentes s’agissant d’une fille que je ne connais pas. Il est très probable qu’elle me leurre, qu’elle me cache des choses, qu’elle ait un passé louche ou qu’elle ait reçu une éducation très différente de la mienne. En outre, contrairement à ce que pensent certains, à chaque fois qu’il y aura un problème au sein du couple, la famille peut intervenir pour y remédier. Les parents de la fille aiment déjà l’époux puisque c’est leur neveu et vice-versa, donc ces interventions passeront de manière fluide sans que cela ne déborde les limites du respect et de l’amour. Certes, le risque d’avoir des enfants malades n’est pas négligeable, mais la médecine a fait des pas de géants dans ce domaine. Ce genre de problème peut être dépisté assez précocement et l’on peut toujours faire un avortement du fœtus qui porte des gènes pathogènes ! Certains découvrent même s’ils peuvent avoir des enfants normaux ou pas bien avant le mariage et depuis les examens prénuptiaux», dit-il.


Bilel, 18 ans, est complètement contre le mariage consanguin. «Lorsqu’on est petits, on nous apprend par tradition à considérer nos cousins et nos cousines comme nos propres frères et sœurs. Cela se grave dans notre mémoire et, du coup, l’on se sent incapable de regarder ces cousins comme des candidats au mariage. Cela peut même provoquer un choc émotionnel. En outre, il est difficile pour une tante ou un oncle de rester neutres s’il y a un problème avec son gendre ou sa bru qui est à la fois son neveu ou sa nièce. Ces beaux-parents, qui sont également nos proches, vont s’en prendre à nos parents en cas de problèmes au sein du couple. Et il est évident que cela retentira sur la relation des deux familles ! Il vaut mieux que l’on garde de bonnes relations avec nos proches. Le mariage de la descendance peut causer des tensions et des conflits. Cela dit, toutes ces choses restent gérables surtout si les deux partenaires trouvent un plan d’entente. Or, ce qui est vraiment fatal, c’est le risque d’avoir des enfants handicapés. Les malformations des fœtus sont très probables surtout pour les cousins germains. Si l’on ne pense pas à l’éventualité d’avoir des enfants malades, c’est que l’on est égoïste ! Cet enfant a le droit de naître en bonne santé. Si l’on sait d’avance qu’il y a un risque et qu’on s’entête à se marier, c’est que nous condamnons nos futurs enfants à vivre pour toujours avec une tare», dit-il.


Ahmed, 18 ans, est aussi contre le mariage consanguin. «D’abord, il m’est totalement inadmissible d’avoir des sentiments amoureux pour une cousine que j’ai toujours considérée comme ma propre sœur. Je croyais avoir réellement plusieurs sœurs lorsque j’étais enfant tellement mes cousines sont proches de moi. C’est lorsque j’ai grandi que j’ai compris qu’il s’agit de cousines. En outre, il m’est inacceptable de voir cette même parente comme une épouse alors que je l’ai toujours prise pour ma propre sœur et à qui j’ai peut-être donné des fessées et des gifles lorsqu’elle commettait une bêtise! Ce sont des raisons très suffisantes, à mon avis, pour refuser ce genre d’union. D’ailleurs, si l’on me propose d’épouser l’une d’entre-elles, ce serait exactement comme si l’on me propose d’épouser ma propre sœur ! C’est une chose que je refuserais catégoriquement. Je l’assimilerais à une relation incestueuse. Je la considère aussi catastrophique puisque les enfants qui en descendent risquent d’être trisomiques ou handicapés», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com